En justifiant l’absence de Mohamed Diané et de Kassory Fofana parmi les bénéficiaires de la grâce présidentielle par l’existence de procédures judiciaires en cours, le ministre secrétaire général de la présidence, le général Amara Camara, a invoqué le respect de la Constitution. Un argument qui soulève pourtant une question embarrassante : comment expliquer alors la grâce accordée à Moussa Dadis Camara en mars 2024, alors que son procès en appel était attendu ?
La question semblait simple. La réponse du général Amara Camara, elle, se voulait sans équivoque. Interpellé lors d’une conférence de presse ce lundi 19 octobre 2026 sur l’absence de certains anciens dignitaires parmi les détenus graciés, notamment l’ancien ministre de la Défense Mohamed Diané et l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, le ministre a opposé un argument juridique : l’impossibilité de gracier une personne dont la condamnation n’est pas définitive.
Pour défendre cette position, il a longuement détaillé les étapes des recours judiciaires, de l’appel à la cassation, avant de conclure avec assurance : « La grâce n’est pas possible pour quelqu’un qui est en procédure, ce n’est pas possible. Les textes de la République de Guinée ne permettent pas de gracier quelqu’un qui est en justice procédure. »
Une affirmation catégorique, présentée comme une exigence constitutionnelle. Mais à force de vouloir fermer le débat, le ministre a peut-être ouvert une autre porte. Celle des précédents.
« Et Dadis, alors ? »
Car il existe un cas difficile à ignorer : celui de Moussa Dadis Camara, ancien chef de la junte militaire, condamné à vingt ans de prison pour sa responsabilité pénale dans les événements du 28 septembre 2009.
Le 28 mars 2024, le président Mamadi Doumbouya lui a accordé une grâce présidentielle, alors que la procédure d’appel liée à sa condamnation était encore attendue.
C’est précisément là que le raisonnement du général Amara Camara se heurte à une question de cohérence. Si une procédure judiciaire en cours constitue un obstacle absolu à la grâce, comment expliquer celle accordée à Dadis Camara ? Le principe invoqué aujourd’hui a-t-il été appliqué différemment hier ? Et si oui, sur quelle base juridique ?
Une question de droit, mais aussi de cohérence
Le général Amara Camara a rappelé que le pouvoir de grâce appartient au chef de l’État, dans les conditions prévues par la Constitution. Sur ce point, son argumentaire entendait souligner que le président ne peut s’affranchir des règles qui encadrent ses prérogatives.
Reste que l’invocation de la Constitution appelle une exigence élémentaire : celle de la cohérence dans son application. On ne peut pas présenter une règle comme une interdiction absolue sans expliquer comment un précédent apparemment contradictoire a pu se produire.
Le problème n’est donc pas seulement de savoir pourquoi Mohamed Diané ou Kassory Fofana n’ont pas bénéficié de la grâce présidentielle. Il est aussi de comprendre pourquoi le cas de Dadis Camara semble obéir à une logique différente. En matière de justice, les explications doivent être aussi solides que les principes invoqués.
Le ministre a-t-il oublié le précédent Dadis dans sa démonstration ? Ou considère-t-il que les deux situations relèvent de cadres juridiques différents ? En l’absence d’une clarification sur ce point, difficile de trancher entre ces hypothèses.
Une chose est certaine : le rappel des textes ne suffit pas toujours à dissiper les interrogations. Encore faut-il expliquer comment ils ont été appliqués dans les affaires précédentes.
Car lorsqu’un pouvoir invoque la Constitution pour justifier une décision, il doit aussi pouvoir expliquer les décisions antérieures qui semblent contredire son argument. Et dans cette affaire, le nom de Dadis Camara reste au cœur du débat.

