TPI de Dixinn : détenus depuis 2013 sans jugement, 29 prévenus réclament leur liberté

5 min de lecture
Me Houleymatou Bah, avocate au Barreau de Guinee

Le Tribunal de première instance de Dixinn a examiné, ce mercredi 17 juin 2026, une audience de référé-liberté concernant 29 détenus poursuivis pour diverses infractions, notamment des vols à main armée, des viols et des coups et blessures volontaires.

Parmi eux figurent 16 prévenus poursuivis en matière criminelle et 9 en matière correctionnelle. Tous sont détenus depuis plusieurs années à la Maison centrale de Conakry sans avoir été définitivement jugés.

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L’audience fait suite à une requête introduite par leurs avocats, appuyée par un procès-verbal de constat d’huissier dressé à la maison d’arrêt afin d’établir la présence des détenus et la durée de leur détention sans jugement.

À l’issue des débats, Me Houleymatou Bah a dénoncé ce qu’elle qualifie de « dysfonctionnement » de la justice. « Ce sont des gens qui sont restés au-delà du délai raisonnable en détention sans qu’ils ne soient situés sur leur sort. Donc, nous avons introduit une requête pour demander au président du tribunal, après qu’un huissier ait fait des PV de constat au niveau de la maison d’arrêt de Conakry, pour constater effectivement leur présence, mais qu’ils n’ont jamais bénéficié ou qu’ils ne sont jamais passés devant un juge pour être situés sur leur sort », a expliqué l’avocate.

Selon elle, cette démarche vise à faire respecter le droit fondamental d’être jugé dans un délai raisonnable. « Nous avons plaidé une requête au niveau du président du tribunal qui nous a autorisés à saisir le parquet pour que ces gens-là soient situés sur leur sort. C’est un référé-liberté qui a été fait aujourd’hui pour toutes ces personnes, en matière correctionnelle et criminelle, pour qu’elles soient libérées. Parce que c’est ce que la loi dit : quand une personne est détenue au-delà du délai raisonnable, elle doit être située sur son sort et mise en liberté », a-t-elle poursuivi.

L’avocate a indiqué que le tribunal avait entendu les différentes parties avant de mettre l’affaire en délibéré. « Le président a accédé à nos demandes et a écouté toutes les parties. Nous avons plaidé, le ministère public a requis et les dossiers ont été mis en délibéré pour décision devant être rendue au greffe le 26 juin », a-t-elle précisé.

Interrogée sur les conséquences d’une éventuelle remise en liberté des détenus, Me Houleymatou estime que cette procédure mettrait un terme aux poursuites. « Non, il n’y aura plus de procès, conformément à l’article préliminaire et aux articles 237 et suivants du Code de procédure pénale. Il s’agit ici de leur liberté. Il y a des gens qui sont détenus depuis 2013, vous vous imaginez, en détention préventive. La liberté est au-dessus de tout. Après cette audience, il n’y aura plus d’audience par rapport à ces infractions », a-t-elle affirmé.

Au cours des débats, la défense a également dénoncé les lenteurs dans le traitement des dossiers, tout en saluant la réactivité du parquet de Dixinn. « Oui, c’est un dysfonctionnement, mais de l’autre côté, nous saluons également la rapidité et la célérité que le parquet de Dixinn a mises en œuvre pour que ces dossiers-là soient plaidés aujourd’hui », a reconnu l’avocate.

Elle rappelle que certains prévenus sont en détention provisoire depuis plus d’une décennie. « Nous avons constaté que certains mandats de dépôt datent de 2013, d’autres de 2015, 2017, jusqu’à 2023. Pour des infractions qui varient également, de viols et de vols à main armée. Mais s’ils avaient été jugés dans le délai imparti par la loi, nous ne serions pas là aujourd’hui. C’est parce qu’il y a eu un dysfonctionnement dans la chaîne pénale que nous sommes aujourd’hui devant le tribunal pour exiger leur mise en liberté », a-t-elle conclu.

À l’issue de l’audience, le tribunal a clôturé les débats et renvoyé l’affaire au 26 juin 2026, date à laquelle sa décision sera rendue.