Au port de Kaporo, la saison des grandes pluies s’accompagne d’importantes difficultés pour les pêcheurs artisanaux. En cause : la prolifération d’une algue aquatique, communément appelé “Makalé” en Soussou, qui envahit les côtes et une partie des zones de pêche. Ce phénomène saisonnier perturbe fortement les activités en mer, réduit les prises, endommage les équipements et expose davantage les pêcheurs aux risques d’accident.
À cette situation s’ajoutent les vents violents qui soufflent en haute mer pendant cette période de l’année, rendant les sorties en pirogue particulièrement éprouvantes.
La rédaction de Guinee360.com s’est rendue, ce mercredi 12 août 2026, au port de Kaporo afin de recueillir les témoignages de plusieurs pêcheurs confrontés quotidiennement à cette réalité.

Pour Mohamed Camara, pêcheur artisanal, le « Makalé » représente aujourd’hui l’un des principaux obstacles à l’exercice de leur activité. « Nous rencontrons plusieurs difficultés pendant ces grandes pluies franchement. La principale difficulté à laquelle nous sommes confrontés, est cette qualité d’herbe qu’on appelle en sousou “Makalé”. Ça envahit toute la mer actuellement. À cela s’ajoute le vent violent qui souffle actuellement en profondeur de l’océan, qui rend également difficile les activités liées à la pêche », explique-t-il.
Selon lui, la présence de ces algues ne perturbe pas uniquement la pêche, mais affecte également la navigation. « Même la traversée en pirogue est très difficile. Parfois, dès que l’hélice du moteur de la pirogue touche l’herbe en question, on est obligé d’éteindre le moteur, enlever les algues, puis redémarrer à nouveau avant de continuer le trajet. Ensuite, si on lance le filet, pour retirer c’est tout à fait des problèmes. Nous n’arrivons plus à pêcher normalement. Même hier nos filets étaient déchirés. Ce sont ces filets qu’on est en train de réparer à présent. Nous ne savons pas vraiment d’où vient cette herbe. Elle ne pousse qu’à l’approche du mois d’août. »

Au-delà des pertes matérielles, les pêcheurs s’inquiètent surtout des risques encourus par les équipages. Mohamed Camara attire notamment l’attention sur le danger que représente l’accumulation des algues autour des filets. « Ce qui est plus inquiétant, quand ces algues reviennent les filets, elles peuvent rapidement entraîner des cas de noyades. »
Même constat chez Fodé Soumah, qui décrit des conditions de travail particulièrement éprouvantes pendant cette période. « Pendant ces grandes pluies, le vent violent qui souffle en milieu de l’océan nous fatigue. À cela s’ajoute cette herbe qu’on appelle “Makalé”, qui fait qu’on n’arrive plus à pêcher beaucoup pendant cette période. L’océan est envahi par cette herbe. Parfois on est obligé de sacrifier le filet en coupant la corde pour ne pas se noyer. Puisque si tu insistes pour retirer le filet, tu risques de rester noyer. On peut faire une heure, parfois deux heures, arrêté au même endroit pour enlever cette herbe des files. »
Le pêcheur souligne également l’insuffisance des équipements de sécurité, notamment des gilets de sauvetage, dont le nombre reste largement inférieur aux besoins des équipages. « Autres difficultés auxquelles nous sommes confrontés, c’est l’insuffisance des gilets de sauvetage. Nous sommes une équipe de sept à huit personnes, mais nous n’avons pas plus de trois gilets de sauvetage. Ça ne fait pas longtemps, il ya eu quatre morts en plein océan, lorsque cette herbe a causé la noyade d’une pirogue. »

De son côté, M’Bady Kaporo Camara déplore le manque de matériel de sécurité malgré les mécanismes d’accompagnement mis en place en faveur des pêcheurs artisanaux. Il appelle les autorités à renforcer leur soutien à la profession. « Nous souffrons pendant ces grandes pluies. L’Agence de la Navigation Maritime ( ANAM) accorde une subvention aux pêcheurs artisanaux, mais même les gilets de sauvetage nous ne bénéficions pas. Nous appelons le gouvernement à venir en aide aux pêcheurs artisanaux de Kaporo. »
Face à la prolifération du « Makalé », aux conditions météorologiques défavorables et au manque d’équipements adaptés, les pêcheurs artisanaux de Kaporo continuent d’exercer leur activité dans un contexte marqué par l’incertitude et l’insécurité.

