Deux ans après la disparition d’Oumar Sylla, dit Foniké Mengué, et de Mamadou Billo Bah, les familles des deux responsables du FNDC sont toujours sans nouvelles de leurs proches. Dans une déclaration conjointe publiée à l’occasion de ce triste anniversaire, Amnesty International Guinée, la Coordination des Organisations de Défense des Droits de l’Homme (CODDH) et le Réseau Ouest-Africain des Défenseurs des Droits Humains (ROADDH) dénoncent l’absence de résultats de l’enquête et appellent les autorités guinéennes à mener des investigations indépendantes, transparentes et impartiales afin d’établir la vérité et de traduire les responsables en justice.
« Les autorités guinéennes doivent révéler le sort de toutes les victimes d’enlèvements et de disparitions forcées, notamment celui des militants du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), Oumar Sylla, dit Foniké Mengué, et Mamadou Billo Bah, victimes de disparitions forcées il y a deux ans aujourd’hui. Amnesty International, la Coordination des Organisations de défense des droits de l’Homme (CODDH) de Guinée et le réseau ouest-africain des défenseurs des droits humains (ROADDH) appellent également les autorités à veiller à ce que les personnes soupçonnées d’être responsables d’enlèvements et de disparitions forcées soient traduites en justice et à ce que les victimes et leurs familles obtiennent vérité, justice et réparations»; lit-on dans la déclaration.
Les trois organisations rappellent que la disparition forcée constitue un crime au regard du droit international.
« Nous rappelons l’extrême gravité du crime de disparition forcée qu’aucune circonstance, même exceptionnelle, ne saurait justifier. Ces deux dernières années ont été terriblement douloureuses pour les familles d’Oumar Sylla et de Mamadou Billo Bah. Rien n’indique que les autorités guinéennes aient effectivement enquêté pour les retrouver, bien qu’elles aient annoncé l’ouverture d’une enquête. Nous exigeons que leur sort ou le lieu où ils se trouvent soit révélé, ainsi que celui de toutes les victimes de disparitions forcées en Guinée. »
Les organisations rappellent également la définition juridique de cette infraction.
« Selon le droit international, le crime de disparition forcée consiste en l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État, suivie du refus des autorités de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où se trouve la personne disparue. »
Elles insistent par ailleurs sur les conséquences particulièrement graves de cette pratique.
« Nous rappelons l’extrême gravité du crime de disparition forcée qu’aucune circonstance, même exceptionnelle, ne saurait justifier et qui entraîne un risque accru de torture, de mauvais traitements et d’exécutions extrajudiciaires », déclarent les organisations de défense des droits humains.
Revenant sur les circonstances des faits, elles rappellent que : « Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah ont été arrêtés le 9 juillet 2024 au domicile de ce dernier à Conakry. Ils auraient été emmenés par les forces spéciales sur l’archipel des îles de Loos pour y être interrogés et torturés, selon un troisième membre du FNDC enlevé avec eux puis libéré le lendemain. Les autorités ont nié les détenir. »
Le communiqué relaie également le témoignage de l’épouse de Mamadou Billo Bah.
« Les enfants ont écrit une lettre à leur père pour la fête des Pères. Ils disent qu’ils entendent sa voix dans le silence. Ils disent à quel point il leur manque, qu’ils l’attendent et que la vie est difficile sans lui. »
Les organisations dénoncent en outre la multiplication des enlèvements et des disparitions forcées visant des journalistes, des opposants politiques, des acteurs de la société civile ainsi que leurs proches.
« De nombreux journalistes, figures de l’opposition et militants de la société civile, ainsi que des membres de leurs familles, notamment des femmes et des enfants, ont été enlevés ou sont victimes de disparitions forcées en Guinée. Le 16 novembre 2025, des hommes armés ont pris pour cible la famille de l’artiste en exil Elie Kamano, enlevant cinq de ses proches, dont quatre mineurs. Le plus jeune des cinq personnes enlevées a depuis été libéré. »
Le communiqué revient également sur les préoccupations exprimées par les Nations unies.
« Le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a fait part, dans un communiqué, de ses préoccupations concernant ces cas de disparitions forcées présumées, avant d’être rejoint, en mai 2026, par le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées. À ce jour, on ignore toujours ce qu’ils sont devenus et où ils se trouvent. Dans sa déclaration, le HCDH a également évoqué d’autres cas présumés de disparitions forcées, notamment celui de l’ancien secrétaire général du ministère des Mines, Saadou Nimaga, enlevé le 17 octobre 2024 et dont on est toujours sans nouvelles. »
Le texte cite également plusieurs autres affaires qui ont marqué l’actualité récente.
« Mohamed Traoré, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats, a témoigné avoir subi des sévices après avoir été enlevé à son domicile dans la nuit du 20 au 21 juin 2025, avant d’être libéré quelques heures plus tard. Le 23 juin 2025, le procureur général avait annoncé l’ouverture d’une enquête. Le 19 février 2025, le coordinateur national du Forum des forces sociales de Guinée, Abdoul Sacko, a été enlevé puis retrouvé le même jour, selon ses avocats, torturé et abandonné en brousse. Le journaliste Habib Marouane Camara, responsable du média en ligne Le Révélateur 224, a été enlevé par des hommes en uniforme le 3 décembre 2024. Selon le parquet de Dixinn, qui avait annoncé l’ouverture d’une enquête, il s’agissait d’une “arrestation opérée sans ordres des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi”. Ses proches restent sans nouvelles jusqu’à ce jour. »
Amnesty International, la CODDH et le ROADDH réitèrent leur appel aux autorités guinéennes.
« Nous exprimons notre plus vive inquiétude face à la multiplication des enlèvements et des disparitions forcées, y compris d’enfants. Nous appelons les autorités guinéennes à mener des enquêtes promptes, indépendantes et transparentes sur ces affaires et à veiller à ce que leurs auteurs répondent de leurs actes devant la justice. Nous les appelons également à ratifier sans réserve la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées et à mettre la législation nationale en conformité avec ses dispositions. Les autorités guinéennes s’y sont engagées lors du quatrième cycle de l’Examen périodique universel, en août 2025. »

