La Guinée, à l’instar des autres pays africains, célèbre ce 10 août la Journée africaine de l’état civil, de l’enregistrement des faits d’état civil et des statistiques de l’état civil. Instituée par l’Union africaine, cette journée vise à sensibiliser les populations et les décideurs sur l’importance de l’enregistrement systématique des naissances, des mariages et des décès.
L’édition de cette année est placée sous le thème : « La nouvelle décennie CRVS 2027-2036 : consolider les acquis de l’APAI-CRVS et garantir l’avenir de l’état civil et des statistiques de l’état civil en Afrique grâce à l’intégration, à la décentralisation et à la digitalisation ».
La célébration a été coorganisée par les communes de Ratoma, Lambanyi et Sonfonia, avec la participation de plusieurs acteurs impliqués dans le système d’état civil. « L’état civil est le premier lien entre le citoyen et l’administration »
S’exprimant au nom des trois communes, Amadou Konia Camara, officier délégué de l’état civil de la commune de Ratoma, a rappelé l’importance de cette journée, qui constitue selon lui bien plus qu’une simple célébration. « Cette journée est certes une occasion de célébrer l’état civil, mais elle constitue surtout une opportunité de rappeler son importance. L’état civil est le premier lien entre le citoyen et l’administration. Il donne une identité à la personne, établit son existence juridique et permet à l’État de mieux connaître sa population afin de planifier son développement. Chaque naissance enregistrée est une identité reconnue. Chaque mariage enregistré est une situation familiale officialisée. Chaque décès enregistré permet à l’État de disposer de données fiables. »
Selon l’officier délégué, les collectivités locales ont enregistré des avancées dans le rapprochement des services d’état civil avec les populations.
Il cite notamment l’amélioration de l’accueil et de l’orientation des usagers, le renforcement de l’enregistrement des faits d’état civil, la délivrance des actes aux citoyens ainsi que les actions de sensibilisation. « Au niveau de nos différentes communes, nous sommes fiers des efforts accomplis par les services de l’état civil pour rapprocher l’administration des populations. Malgré les difficultés auxquelles nous sommes confrontés au quotidien, plusieurs réalisations méritent d’être soulignées : l’amélioration de l’accueil et de l’orientation des usagers, le renforcement de l’enregistrement des faits d’état civil, la délivrance des actes aux citoyens ainsi que la sensibilisation des populations.»
Cette sensibilisation, précise-t-il, est menée notamment avec les présidents des conseils de quartiers et les leaders religieux afin d’encourager les populations à déclarer les naissances, les mariages et les décès.
Pour Amadou Konia Camara, la collaboration entre l’État, les collectivités locales et les différents acteurs de l’état civil demeure essentielle pour améliorer l’accès des citoyens aux services. « Ces progrès révèlent un aspect fondamental : lorsque l’État, les collectivités locales et les acteurs de l’état civil travaillent dans la même direction, le citoyen est le premier bénéficiaire. Cependant, nous devons également reconnaître que beaucoup reste à faire. Des enfants naissent encore sans être déclarés dans les délais. Des mariages restent non officialisés et certains décès ne sont pas déclarés.»
À ces difficultés s’ajoutent le manque d’information et certaines contraintes matérielles qui continuent de limiter l’accès de certaines populations aux services d’état civil. “Le manque d’information ou certaines contraintes matérielles constituent encore des obstacles à l’accès universel à l’état civil. C’est pourquoi nous devons poursuivre nos efforts avec détermination afin que chaque citoyen puisse disposer de documents fiables et que personne ne soit laissé à la marge du système universel de l’état civil.”
L’officier délégué a également profité de cette journée pour attirer l’attention sur les conditions de travail des agents de l’état civil, qu’il considère comme la cheville ouvrière du système. « Nous ne pouvons parler de l’administration et de la performance de l’état civil sans parler de ceux qui, chaque jour, sont chargés de faire fonctionner ce système. Le service de l’état civil est un service au contact permanent de la population, souvent dans des conditions difficiles. Les agents accueillent les citoyens, enregistrent les déclarations, établissent les actes, vérifient les informations, assurent la conservation des documents et répondent quotidiennement aux nombreuses sollicitations des usagers.»
Il a ainsi lancé un appel aux autorités compétentes afin que des mesures concrètes soient progressivement prises pour soutenir les agents de l’état civil. « C’est pourquoi, nous lançons un appel aux autorités compétentes afin que des mesures concrètes puissent progressivement être prises en faveur de ces hommes et femmes qui constituent la cheville ouvrière de notre système d’état civil.»
S’adressant à ses collègues, il a également appelé à davantage d’engagement dans l’exercice de leurs missions. « Derrière chaque acte que nous établissons, il y a une vie, une famille et un avenir. Cette journée constitue pour nous une journée d’engagement : engagement à mieux servir, engagement à mieux accueillir les usagers, engagement à renforcer la qualité des données, engagement à lutter contre les erreurs, les fautes et les irrégularités. Mais surtout, engagement à soutenir inlassablement toutes les initiatives de nos autorités.»
Prenant la parole à son tour, Kemoko Dioubaté, directeur général de l’Office national de l’état civil et de l’identifiant (ONECI), a insisté sur la nécessité de renforcer le lien entre les services de santé, l’état civil et les systèmes statistiques.
Selon lui, l’enregistrement des faits d’état civil doit s’inscrire dans une chaîne permettant de faire circuler efficacement l’information entre les différents services concernés. « Lorsqu’une naissance est déclarée dans un établissement de santé, l’information doit pouvoir parvenir au système d’état civil. Nous devons encourager les parents à accomplir cette démarche. Il en est de même pour les mariages. Un mariage célébré doit être officialisé et enregistré à l’état civil. Et il en est également des décès. Les décès doivent être déclarés.»
Pour le directeur général de l’ONECI, l’enregistrement des décès constitue également un enjeu important pour le système sanitaire, notamment pour mieux comprendre les causes de mortalité et améliorer les politiques de santé. « En le faisant, cela nous permettra de connaître les causes de mortalité, mais aussi permettra au système sanitaire d’identifier les problèmes, d’améliorer la prise en charge des patients et d’éviter, autant que possible, que certaines causes de mortalité se répètent. Elles sont également indispensables à la planification. Car pas de planification sans statistiques fiables.»
Kemoko Dioubaté estime ainsi que la maîtrise de l’état civil constitue une condition indispensable à la production de statistiques fiables et à une planification efficace des politiques publiques. « La planification dépend des statistiques. Si vous voulez parler de statistiques, il faut parler d’état civil. Aucun État ne peut maîtriser sa population s’il ne maîtrise pas son état civil. L’état civil est le point de rencontre entre l’État et sa population. L’État doit donc maîtriser son état civil pour pouvoir parler de statistiques et de planification.»
Dans cette perspective, l’état civil apparaît comme un outil central de planification du développement, notamment au niveau local. « Si nous voulons réaliser les projets de développement local, construire des hôpitaux, des écoles et d’autres infrastructures, il faut que la planification soit fondée sur des données fiables. Lorsque les statistiques sont fausses ou incomplètes, la planification passe à côté des réalités de la population.»

