Le ministre de l’Hydraulique, des hydrocarbures et de l’assainissement, Aboubacar Camara, a animé une conférence de presse ce lundi 8 juin 2026 au cours de laquelle il a fait le point sur plusieurs actions engagées par son département. Face aux défis liés à l’insalubrité, le ministre a insisté sur la nécessité d’un changement profond des comportements, estimant que la problématique dépasse largement la seule question de l’assainissement.
Abordant les mesures prises par le gouvernement, Aboubacar Camara a annoncé l’accélération du processus de recrutement de 5 000 nouveaux agents destinés à renforcer les opérations d’assainissement sur l’ensemble du territoire national. « À la suite d’une réunion avec le Chef de l’État, des instructions ont été données au ministère du Travail et de la Fonction publique, en collaboration avec notre département et le ministère du Budget, afin d’accélérer le recrutement de 5 000 agents », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette initiative s’inscrit dans une volonté des autorités de revenir aux valeurs fondamentales du civisme et de la responsabilité collective. « L’une des grandes annonces du Chef de l’État a été de dire qu’il faut revenir aux fondamentaux. Quel que soit l’investissement réalisé, quelle que soit la mise en œuvre du programme Simandou, si nous ne parvenons pas à éduquer notre population et à faire comprendre à chacun que le seul bien commun que nous partageons, c’est la Guinée, alors les choses seront compliquées », a-t-il affirmé.
Le ministre a rappelé que des motos et des primes ont déjà été accordées à certains agents afin de renforcer leur capacité d’intervention. Toutefois, il estime que la lutte contre l’insalubrité ne saurait se limiter à des actions matérielles. « Il ne s’agit pas seulement de lutter contre l’insalubrité, mais aussi d’instaurer une discipline citoyenne sur l’ensemble du territoire. L’appel d’offres est en cours de finalisation et ces agents seront prochainement déployés afin de nous permettre de revenir à ces fondamentaux », a-t-il expliqué.
Au cours de son intervention, Aboubacar Camara a également évoqué l’état de certaines infrastructures sanitaires dans les établissements publics, notamment les écoles et les hôpitaux. « J’ai visité les latrines de certains établissements scolaires. Ce que l’on y voit est difficile à expliquer. Il en est de même dans certains hôpitaux publics. Quand vous évaluez l’état de certaines latrines, vous vous demandez comment nous avons pu en arriver là », a-t-il regretté.
Pour le ministre, la dégradation du cadre de vie observée dans plusieurs localités du pays est avant tout le reflet d’un déficit de civisme. « Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas simplement un problème d’assainissement. Cela va bien au-delà. C’est avant tout une question de comportement. Pendant des décennies, nous avons laissé faire. La question du civisme a été progressivement abandonnée », a-t-il soutenu.
Évoquant la situation de la décharge de Dar Es-Salam et les métiers liés à la gestion des déchets, Aboubacar Camara a dénoncé la stigmatisation dont sont encore victimes certains agents d’assainissement en Guinée.
Le ministre a notamment raconté le cas d’un travailleur rejeté par sa propre famille en raison de son activité professionnelle. « Moi, je connais une famille qui a rejeté l’un de ses fils parce qu’il est devenu éboueur », a-t-il confié.
Comparant cette réalité à celle de plusieurs pays développés, il a plaidé pour une meilleure reconnaissance de ces métiers qu’il considère comme essentiels à la protection de la santé publique. « Pourtant, dans les pays développés, qui constituent aujourd’hui des modèles en matière d’assainissement, l’accès à ce métier est encadré et peut même nécessiter des tests psychologiques. Être éboueur en France est plus difficile qu’être médecin. Parce que l’éboueur est celui qui assure la sécurité sanitaire de la population », a-t-il déclaré.
Poursuivant son argumentaire, le ministre a insisté sur la responsabilité stratégique de ces agents dans la préservation de l’environnement et la prévention des risques sanitaires. « Si ceux qui accomplissent ce travail ne sont ni considérés ni conscients de leur responsabilité, ils peuvent ramasser des déchets et les déverser dans un fleuve ou une rivière, contaminant ainsi l’environnement et mettant en danger la santé des populations », a-t-il averti.
À travers cette sortie, Aboubacar Camara a ainsi lancé un appel à une mobilisation collective en faveur de l’assainissement, soulignant que les investissements publics ne pourront produire les résultats escomptés sans un changement durable des comportements citoyens.

