La troisième édition du Prix littéraire des lycéens de Guinée a été lancée à Conakry. Pendant plusieurs mois, 160 élèves de neuf établissements scolaires vont lire cinq romans d’auteurs guinéens, avant de désigner leur favori en avril 2027. Au-delà du prix décerné à l’un des écrivains, l’initiative entend surtout donner le goût de la lecture aux jeunes et les amener à porter un regard critique sur les œuvres.
La cérémonie s’est tenue en présence d’écrivains, d’enseignants, de lycéens et de plusieurs acteurs de la chaîne du livre.
De novembre 2026 à avril 2027, les participants auront le temps de découvrir les œuvres, d’en discuter avec leurs professeurs et de confronter leurs points de vue. Au terme de cette année de lecture, ils voteront pour le roman qui les aura le plus marqués.
L’enjeu dépasse toutefois la désignation d’un lauréat. Pour les organisateurs, il s’agit aussi de rapprocher les jeunes de la littérature guinéenne contemporaine et de faire du livre un compagnon de réflexion et d’apprentissage.
Cette année, cinq œuvres ont été retenues pour le prix. Des univers différents, des histoires qui interrogent la société et des auteurs qui auront l’occasion de faire découvrir leurs textes à un public souvent éloigné de la littérature contemporaine.
La sélection réunit :
Les En-saignements du Bled de Maxim Sabin Dopavogui ;
L’Incurable Abîme d’un devoir moral de Mohamed Amine Conté ;
Terre et Mer de Mariam Dalanda Diallo ;
L’Abîme de la passion de Nantenin Camara Barry ;
Le Poids du regard d’Ibrahima Sorel Sidibé.
Ces cinq romans seront au centre des échanges entre les élèves et leurs enseignants. Une occasion pour les jeunes lecteurs de découvrir des écritures différentes, mais aussi de se confronter à des sujets qui touchent à leur quotidien et à la société dans laquelle ils évoluent.
Le fonctionnement du prix repose sur une idée simple : confier aux lycéens le soin de désigner eux-mêmes le meilleur roman. Ils sont 160 à participer à cette édition. Tout au long de l’année, ils liront les cinq ouvrages, les étudieront en classe et partageront leurs impressions avant le vote final.
« C’est un prix qui est décerné par un jury de 160 lycéens qui vont lire cinq romans d’auteurs guinéens pendant l’année. Ils vont les lire, les étudier avec leurs professeurs et, au mois d’avril, on va procéder au vote pour qu’ils choisissent le roman préféré », explique Marie-Paule Huet, coordinatrice du Prix littéraire des lycéens de Guinée.
L’auteur du livre qui remportera le plus de suffrages recevra une récompense d’au moins 10 millions de francs guinéens. Le montant pourrait être revu à la hausse si les partenaires décident de renforcer leur contribution.
Mais pour Marie-Paule Huet, l’argent ne constitue pas la principale finalité du prix. Ce qui compte avant tout, c’est ce que les élèves retirent de cette expérience.
« Notre but, c’est de faire lire des élèves, de les mettre en relation directe avec la littérature guinéenne actuelle », souligne-t-elle.
Au fil des éditions, la coordinatrice observe également une évolution dans la qualité des manuscrits proposés. Les auteurs, estime-t-elle, améliorent leurs textes, tandis que les éditeurs se montrent peut-être plus exigeants dans leurs choix.
La sélection de cette année se distingue aussi par la diversité des thèmes abordés. Certaines œuvres s’intéressent à des réalités sociales rarement évoquées dans les livres destinés aux jeunes lecteurs.
L’inceste, le handicap et le regard porté sur les personnes en situation de handicap figurent parmi les sujets retenus. Les relations amoureuses et les mariages interethniques sont également présents dans les romans.
Marie-Paule Huet insiste sur l’intérêt de ces thématiques, notamment celles qui restent peu explorées dans la littérature guinéenne.
« Il y en a un qui aborde le problème de l’inceste, c’est un problème qui est très rarement traité. Le problème du handicap dans Le Poids du regard, c’est aussi un problème peu fréquent en littérature, alors que c’est un problème social important en Guinée. »
Pour la coordinatrice, cette diversité permet aux élèves d’aborder des questions parfois difficiles, mais nécessaires. Elle contribue aussi à leur faire découvrir une littérature qui parle de leur environnement, de leurs préoccupations et des réalités sociales du pays.
Cette édition réunit neuf établissements scolaires. Un nombre que les organisateurs espèrent voir augmenter dans les prochaines années, même si la mobilisation des ressources financières reste un défi.
Cette année, certains établissements ont accepté de prendre en charge leur propre participation. Des sponsors sont également intervenus pour compléter les financements et permettre au prix de se poursuivre.
« On espère venir à un plus grand nombre d’établissements », affirme Marie-Paule Huet.
Elle voit dans l’engagement des écoles un signe encourageant. Pour elle, les efforts consentis par les établissements témoignent de l’intérêt pédagogique de cette initiative.
« Si les établissements scolaires acceptent d’investir, de faire un énorme sacrifice pour financer le prix, c’est parce qu’il y a une plus-value à leur éducation et à leur système éducatif. »
Les écrivains, eux aussi, tirent profit de cette aventure. Leurs ouvrages sont lus par 160 lycéens, ce qui leur assure une visibilité auprès d’un public jeune. Pour certains auteurs, cette rencontre avec les lecteurs peut également contribuer à faire connaître leurs livres bien au-delà du cadre du concours.
Au lancement de cette troisième édition, Bernard Pévé Béavogui, directeur général du Centre de lecture publique et d’animation culturelle (CELPAC), a rappelé que la lecture reste un enjeu majeur pour l’avenir du pays.
Dans son discours, il a évoqué un paradoxe : alors que les livres et les publications se multiplient, le temps consacré à la lecture, à la compréhension et à la réflexion semble diminuer.
« Lire, c’est nourrir son intelligence, enrichir son esprit et affiner son jugement. C’est devenir un homme ou une femme cultivé capable de comprendre, d’analyser, de questionner, de dialoguer et de mettre son savoir au service des autres », a-t-il déclaré.
Pour le responsable du CELPAC, le prix ne doit pas être réduit à une compétition entre cinq romans. L’ambition est plus large : encourager les jeunes à lire, à développer leur esprit critique et à se construire une opinion personnelle.
S’adressant aux élèves, il les a invités à ne pas se contenter d’une lecture passive, mais à questionner les textes et à confronter leurs idées. « Lisez. Interrogez le texte. Discutez. Comparez. Laissez-vous surprendre. »
Dans son intervention, Bernard Pévé Béavogui a également insisté sur la place du livre dans la formation citoyenne. La lecture, a-t-il rappelé, est une école de liberté, de tolérance, de mémoire et de responsabilité.
La tenue de cette troisième édition repose sur la mobilisation de plusieurs établissements scolaires, bibliothèques, partenaires institutionnels et acteurs culturels.
Pour le CELPAC, cet engagement est essentiel afin de rapprocher le livre des jeunes et de renforcer la place de la lecture dans le système éducatif guinéen.
Les prochains mois seront donc consacrés à la lecture, aux échanges et aux débats autour des cinq romans sélectionnés. En avril 2027, les 160 lycéens rendront leur verdict.
Un choix qui permettra de distinguer un auteur, mais aussi de mesurer l’intérêt d’une initiative qui place les jeunes au cœur de la vie littéraire guinéenne. Car, au-delà du lauréat, le véritable pari reste celui de faire naître une génération de lecteurs capables de comprendre, de questionner et de penser par eux-mêmes.

