Adopté le 11 juillet 2003 par l’Union africaine, le Protocole de Maputo constitue l’un des principaux instruments juridiques du continent en matière de protection et de promotion des droits des femmes. Le texte engage notamment les États à lutter contre les mutilations génitales féminines et les autres pratiques préjudiciables aux femmes.
Il consacre également plusieurs droits liés à l’éducation, à la santé, à l’accès aux opportunités économiques, au mariage, à la succession et à la justice, avec une place particulière accordée à la santé sexuelle et reproductive.
Près de vingt ans après son entrée en vigueur, un défi demeure cependant : traduire ces engagements dans les législations, les politiques publiques et, surtout, dans la vie quotidienne des femmes.
C’est autour de cette question qu’une table ronde de haut niveau s’est tenue ce mercredi 7 octobre 2016 à Conakry. La rencontre a réuni plusieurs acteurs autour de la ratification, de la domestication et de la mise en œuvre effective du Protocole de Maputo dans les pays francophones d’Afrique.
À cette occasion, la ministre de la Femme, de la Famille et de la Solidarité, Aminata Kaba, a insisté sur les obstacles qui continuent de limiter l’effectivité des droits des femmes. « Nous demeurons conscients que d’importants défis persistent. Les inégalités structurelles, les pesanteurs socioculturelles, l’accès limité des femmes aux opportunités économiques, ainsi que la persistance des violences basées sur le genre continuent de freiner la pleine réalisation des droits consacrés par le protocole de Maputo », a-t-elle déclaré.
Face à ces difficultés, la ministre plaide pour une mobilisation qui dépasse les seuls pouvoirs publics. L’objectif est de réunir autour de la même table les institutions africaines, les Nations unies, les partenaires au développement, les experts et les organisations de la société civile. « Nous souhaitons réunir les décideurs publics, les institutions africaines, les Nations unies, les partenaires au développement, les experts et les organisations de la société civile autour d’un dialogue ouvert, constructif et orienté vers l’action », a-t-elle expliqué.
Les échanges doivent permettre de mesurer les avancées enregistrées, mais aussi de mettre en lumière les blocages qui subsistent. Plusieurs priorités sont au cœur des discussions : la lutte contre les mutilations génitales féminines, la santé sexuelle et reproductive, la participation des femmes aux processus de prise de décision, leur autonomisation économique ainsi que la protection sociale.
Pour la Guinée, l’enjeu est désormais de transformer les discussions en résultats mesurables. La rencontre de Conakry est ainsi présentée comme une étape destinée à renforcer la coopération et les mécanismes permettant d’accélérer l’application du protocole dans l’espace francophone africain. « Notre ambition est que cette rencontre de Conakry débouche sur des engagements concrets, des partenariats renforcés et des mécanismes de suivi permettant d’accélérer l’application effective du protocole de Maputo dans l’ensemble de l’espace francophone africain », a indiqué Aminata Kaba.
Parmi les résultats attendus figure la Déclaration de Conakry. Celle-ci doit, selon la ministre, traduire une volonté commune d’aller au-delà des engagements juridiques et de faire de ces droits une réalité tangible pour les femmes et les filles. Elle devra notamment « refléter non seulement un engagement juridique, mais une réalité vécue par chaque femme et chaque fille d’Afrique ».

