Face à la montée des discours hostiles aux ressortissants guinéens au Sénégal, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, appelle à préserver les relations historiques entre les deux pays et à ne pas céder aux discours de division.
Lors d’une rencontre consacrée à la lutte contre la xénophobie, il a notamment dénoncé la tendance à présenter les étrangers comme responsables des difficultés auxquelles sont confrontés certains pays africains. Évoquant la présence des Guinéens au Sénégal, il a également contesté les chiffres parfois avancés sur leur nombre. « Au Sénégal, on parle d’un million, de deux millions, voire de trois millions d’étrangers. On donne l’impression qu’ils ont pris Dakar, qu’ils ont déjà entièrement occupé le pays et qu’ils vont maintenant partir à l’assaut du reste du Sénégal », a-t-il dénoncé, avant de préciser : « Les statistiques parlent d’environ 218 000 étrangers guinéens au Sénégal. »
Pour l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise, la présence guinéenne au Sénégal s’inscrit dans une histoire ancienne, marquée par des liens familiaux et humains entre les deux populations. « Il est vrai que certains étaient là depuis très longtemps, qu’ils se sont assimilés et qu’ils sont aujourd’hui sénégalais à part entière. Moi-même, j’ai ma famille en Guinée. Cela montre à quel point les liens entre la Guinée et le Sénégal sont anciens », a-t-il souligné.
Cette proximité historique rend, selon lui, particulièrement préoccupants les discours susceptibles d’alimenter les tensions entre les deux peuples. « La Guinée et le Sénégal sont des pays jumeaux. Nous sommes profondément liés par l’histoire, par les familles et par les peuples », a-t-il déclaré, regrettant que des considérations politiques puissent contribuer à fragiliser cette relation.
Cheikh Tidiane Gadio appelle ainsi les populations des deux pays à se démarquer des discours xénophobes et chauvinistes. « Nous avons saboté notre unité et notre intégration. Maintenant, nous voyons apparaître des discours de xénophobie, de chauvinisme, avec des Sénégalais contre des Guinéens, des Guinéens contre des Sénégalais, etc. Ça ne passe pas. Ça ne doit pas passer », a-t-il martelé.
L’ancien ministre sénégalais a particulièrement exhorté les Sénégalais à ne pas considérer certains discours comme l’expression de l’opinion générale. « Je lance donc un appel aux Sénégalais : ne tombez pas dans le piège. Ne tombez pas dans le piège de ces ultra-minorités qui prétendent parler au nom du peuple sénégalais », a-t-il déclaré.
Il a également appelé la Guinée à ne pas donner une place disproportionnée aux discours radicaux dans l’espace public. « De la même manière, il est regrettable de voir que des individus qui ne représentent qu’une infime minorité de la population guinéenne occupent autant d’espace dans l’opinion et dans les médias », a-t-il ajouté.
Pour Cheikh Tidiane Gadio, les deux pays doivent plutôt préserver leur coopération et leur dynamique d’intégration régionale. « Nos populations vivent ensemble depuis des siècles. Personne ne doit pouvoir briser cette unité », a-t-il insisté.
Selon l’ancien ministre, les tensions et les discours hostiles entre populations africaines ne peuvent que fragiliser davantage le continent. « J’ai le sentiment que c’est un coup porté à l’Afrique », a-t-il conclu.

