Condamné à la peine de mort par la justice mauritanienne pour « complicité de meurtre », Amara Camara est détenu depuis 2008 à la prison de Bir Oum Greine, en Mauritanie. Selon sa famille, le ressortissant guinéen continue de clamer son innocence et affirme n’avoir aucun lien avec le meurtre pour lequel il a été condamné. Ses proches sollicitent désormais l’intervention du président Mamadi Doumbouya pour obtenir son transfèrement en Guinée et, au-delà, attirer l’attention des autorités sur ce qu’ils considèrent comme une situation judiciaire et humanitaire préoccupante.
L’affaire remonte au mois de juillet 2008. Selon Lamine Camara, frère d’Amara Camara, celui-ci avait quitté la Guinée avec l’espoir de rejoindre l’Europe. Son parcours l’aurait conduit en Mauritanie, où il serait arrivé à Nouakchott.
À la gare routière de la capitale mauritanienne, il aurait fait la connaissance d’un autre ressortissant guinéen, Oumar Sidibé, installé depuis plusieurs années dans le pays. Celui-ci lui aurait proposé de l’héberger.
Mais, selon le récit de la famille, Oumar Sidibé aurait quitté précipitamment les lieux dès le lendemain, laissant Amara Camara seul dans la maison. C’est dans ces circonstances que le jeune Guinéen aurait été interpellé par les services de sécurité mauritaniens.
L’affaire concernait le meurtre d’une ressortissante française âgée de 60 ans, commis le 10 juillet 2008.
D’après la famille d’Amara Camara, les autorités mauritaniennes l’auraient considéré comme lié au principal suspect, notamment en raison de sa présence dans le logement de celui-ci au moment de son interpellation.
Amara Camara a finalement été condamné à la peine de mort pour « complicité de meurtre ». Depuis son incarcération, ses proches affirment qu’il n’a cessé de clamer son innocence. Selon Lamine Camara, le dossier aurait également attiré l’attention de la Fondation Sahel, une organisation mauritanienne engagée dans la défense des droits humains. La famille affirme que l’organisation aurait entrepris, dès le 25 avril 2021, des démarches auprès du consulat de Guinée à Nouakchott en vue d’obtenir l’extraction ou le transfèrement du détenu.
Malgré ces démarches, les proches d’Amara Camara disent ne toujours pas avoir obtenu une issue favorable.
Face à cette situation, la famille a décidé d’interpeller directement le président de la République. Ce vendredi 4 septembre 2026, Lamine Camara, frère aîné du détenu, a livré un plaidoyer devant la presse pour demander l’intervention du chef de l’État. « Je me permets de vous écrire pour vous soumettre un cas qui touche à la fois à la justice et à la compassion, celui de mon frère Amara Camara, un compatriote qui croupit depuis 18 ans dans les prisons mauritaniennes. Monsieur le président, vous avez récemment fait preuve de clémence de grâce présidentielle, et vous avez réaffirmé votre engagement à ce qu’aucun Guinéen ne soit abandonné à l’étranger. Votre gouvernement négocie d’ailleurs activement son transfèrement pour qu’il puisse purger sa peine en Guinée. Mais, la situation de mon frère Amara Camara est bien plus grave et bien plus complexe », a-t-il déclaré.

Pour les proches du détenu, l’intervention du président Mamadi Doumbouya ne devrait pas se limiter à faciliter son éventuel transfèrement. Ils espèrent également qu’elle permettra de réexaminer la situation d’un homme qu’ils considèrent comme injustement condamné. « Il clame son innocence. Il purge une lourde peine pour un meurtre qu’il n’aurait pas commis. Son seul tort semble être d’avoir été hébergé par le véritable auteur présumé, un compatriote Guinéen qui a pris la fuite. Il est dans une situation de détresse absolue. Seul. Sans famille en Mauritanie, il est emprisonné depuis 2008 pour un crime dont il se dit innocent. La famille, désespérée, ne demande qu’à le revoir en Guinée », a plaidé Lamine Camara.
La famille assure toutefois ne pas chercher à remettre en cause la justice mauritanienne. « Je ne me permets pas de remettre en cause la justice mauritanienne. Mais je vous implore, au nom de la dignité humaine et de la compassion, d’user de votre autorité morale et de vos prérogatives pour lui offrir une porte de sortie », a-t-il ajouté.
Dans son plaidoyer, le frère d’Amara Camara demande au chef de l’État de faire de ce dossier une priorité humanitaire et d’intensifier les démarches diplomatiques engagées. « Cette demande n’est pas une ingérence. Les démarches diplomatiques sont en cours. Il s’agit désormais de les amplifier et de les accélérer. De les mener avec toute la force de votre conviction, pour que la voix de ce Guinéen, qui crie son innocence depuis une cellule mauritanienne soit enfin entendue », a-t-il déclaré.
Lamine Camara insiste également sur la nécessité, selon lui, de distinguer la protection d’un ressortissant guinéen de toute volonté d’interférer dans les affaires judiciaires d’un État souverain. « Mais elle doit tout à celui qui, peut-être innocent, attend depuis si longtemps la justice. Le rapatrier en Guinée serait un geste fort, un acte de foi en la justice qui s’applique à tous les hommes, même les plus oubliés. Faites de ce dossier une affaire personnelle. Que cette main tendue que vous avez promise à tous les fils de Guinée aille chercher Amara Camara dans l’ombre de sa prison. C’est un geste pour sa vie, mais aussi pour l’âme de notre nation », a-t-il lancé.

