Budget 2026 : où iront les 67 925 milliards GNF de l’État ? Les arbitrages qui interpellent

18 min de lecture

Après l’adoption du volet recettes le 31 octobre dernier, l’Assemblée nationale a adopté, ce samedi 7 novembre 2026, le volet dépenses de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026. Le budget de l’État est désormais porté à 67 925,87 milliards de francs guinéens, soit une hausse de 5,83 % par rapport aux prévisions initiales. Derrière cette augmentation, un fait retient particulièrement l’attention, les dépenses courantes progressent fortement, tandis que les investissements publics reculent. Le soutien aux prix du carburant, les charges de fonctionnement et le report de certains projets expliquent une bonne partie de ces arbitrages.

La révision du budget 2026 intervient dans un contexte où le gouvernement doit adapter ses prévisions à l’évolution de la situation économique et aux contraintes rencontrées dans l’exécution des dépenses publiques. Le texte adopté par les députés revoit ainsi à la hausse le montant global des dépenses de l’État, qui passe de 64 181,37 milliards à 67 925,87 milliards GNF. Cela représente une augmentation de 3 744,50 milliards GNF, soit 5,83 %.

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Cette révision doit être lue en parallèle avec le volet recettes adopté le 31 octobre. Celui-ci porte les recettes prévisionnelles de l’État à 60 064,47 milliards GNF, contre 55 858,10 milliards dans la loi de finances initiale, soit une progression de 7,53 %.

Autrement dit, l’État prévoit de mobiliser davantage de ressources, mais aussi de dépenser davantage. La question centrale est donc celle de la répartition de ces dépenses. Quelle part sera consacrée au fonctionnement de l’administration, quelle part ira aux investissements et quels secteurs bénéficieront des crédits supplémentaires ?

Les dépenses courantes augmentent de plus de 6 400 milliards GNF

Le premier changement important concerne les dépenses courantes, c’est-à-dire les dépenses nécessaires au fonctionnement quotidien de l’État. Elles regroupent notamment les salaires des agents publics, les achats de biens et services, les transferts et le paiement des intérêts de la dette.

Dans la LFR 2026, ces dépenses atteignent 41 954,40 milliards GNF, contre 35 537,06 milliards dans le budget initial. L’augmentation est de 6 417,33 milliards GNF, soit 18,06 %.

Cette progression signifie qu’une part plus importante des ressources publiques sera consacrée aux charges de fonctionnement et aux autres dépenses courantes. Elle s’explique notamment par la révision des transferts de l’État, les dépenses liées aux produits pétroliers et certaines charges qui n’avaient pas été suffisamment prises en compte dans le budget initial.

La facture du soutien au prix du carburant pèse lourd

L’un des principaux facteurs de cette hausse est le soutien de l’État aux prix des produits pétroliers. Pour maintenir le prix du litre de carburant à 12 000 GNF à la pompe, le gouvernement a inscrit 4 576,7 milliards GNF correspondant aux pertes de recettes consenties par l’État.

À cette somme s’ajoute une provision de 913 milliards GNF destinée à financer le mécanisme de stabilisation des prix des hydrocarbures.

Au total, ces deux lignes représentent 5 489,7 milliards GNF mobilisés pour soutenir les prix des produits pétroliers.

Concrètement, cela signifie que l’État renonce à une partie de ses recettes et prévoit une enveloppe supplémentaire pour éviter que les variations des prix des hydrocarbures ne se répercutent directement sur les consommateurs. Cette politique vise à préserver le pouvoir d’achat des ménages et à limiter les effets d’une hausse des prix du carburant sur le transport et les activités économiques.

Mais ce soutien a un coût pour les finances publiques : les ressources mobilisées à cet effet ne peuvent pas être utilisées simultanément pour financer d’autres priorités, comme les routes, les écoles, les hôpitaux ou l’approvisionnement en eau.

Les transferts augmentent ainsi à 15 828,31 milliards GNF, contre 9 486,90 milliards initialement, soit une progression de 6 341,41 milliards GNF (+66,84 %). Outre le soutien aux hydrocarbures, cette hausse intègre notamment 564,94 milliards GNF de transferts en faveur des chambres d’agriculture et de commerce, ainsi que d’autres prélèvements et frais liés à certains mécanismes administratifs et commerciaux.

Salaires, primes et dépenses électorales

Les dépenses de personnel sont également revues à la hausse. Elles passent de 12 501,92 milliards à 12 629,84 milliards GNF, soit une augmentation de 127,92 milliards (+1,02 %).

Selon les explications fournies dans le document budgétaire, cette évolution tient notamment à l’inscription de 250 milliards GNF de primes de performance en faveur de la Direction générale des impôts (DGI) et à la prise en charge de 939 nouveaux agents de police recrutés à partir du mois d’août.

Les dépenses de biens et services augmentent, elles aussi, de 876,26 milliards GNF, pour atteindre 9 659,67 milliards GNF, contre 8 783,40 milliards initialement. Cette hausse s’explique principalement par l’intégration de 367,15 milliards GNF correspondant au reliquat des charges liées à l’organisation des élections législatives et communales.

En revanche, les charges financières de la dette diminuent. Elles sont ramenées à 3 836,58 milliards GNF, contre 4 764,84 milliards dans le budget initial, soit une baisse de 928,26 milliards (-19,48 %).

Le gouvernement explique cette diminution par l’actualisation des intérêts à payer aux créanciers, aussi bien pour la dette intérieure que pour la dette extérieure. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une réduction du stock total de la dette publique, mais d’une révision des montants d’intérêts prévus pour l’exercice.

Les investissements publics reculent de 2 655 milliards GNF

Alors que les dépenses courantes augmentent de plus de 6 400 milliards GNF, les dépenses d’investissement connaissent une évolution inverse.

Elles passent de 26 218,07 milliards GNF dans la loi de finances initiale à 23 562,27 milliards GNF dans le budget rectificatif. Cela représente une diminution de 2 655,80 milliards GNF, soit une baisse de 10,13 %.

Le gouvernement justifie cette réduction par le report à 2027 du démarrage de certains projets qui ne seraient pas encore suffisamment préparés pour être exécutés dans de bonnes conditions.

En termes simples, certains travaux et projets initialement programmés pour 2026 sont repoussés à l’année prochaine. Cette décision réduit les crédits d’investissement disponibles cette année, même si les projets concernés ne sont pas nécessairement abandonnés.

Les investissements sont répartis en deux grandes catégories :

20 015,98 milliards GNF pour les investissements liés aux projets, soit 84,95 % de l’enveloppe ;

3 546,28 milliards GNF pour les investissements hors projets, soit 15,05 %.

Les investissements liés aux projets doivent être financés à 45,78 % par les ressources intérieures et à 43,22 % par les ressources extérieures, selon la répartition présentée dans le document.

Routes, écoles, hôpitaux et véhicules officiels

Dans les investissements hors projets, plusieurs dépenses sont identifiées.

Le Fonds d’entretien routier bénéficie de 1 451,02 milliards GNF. L’État prévoit également 225 milliards GNF pour l’acquisition de bâtiments et de mobiliers scolaires au profit de l’enseignement pré-universitaire.

Pour améliorer la mobilité des populations, 40 milliards GNF sont prévus pour poursuivre l’acquisition de bus. Le secteur sanitaire bénéficie, pour sa part, de 132,35 milliards GNF destinés à l’achat de mobiliers sanitaires.

Le document prévoit aussi 284,70 milliards GNF pour des prises de participation de l’État.

Un autre poste mérite une attention particulière : 196 milliards GNF sont inscrits pour compléter les frais d’acquisition de véhicules destinés aux députés, aux maires, aux sénateurs et aux présidents des institutions constitutionnelles.

Cette dépense intervient alors que les investissements publics globaux sont réduits de plus de 2 655 milliards GNF. Son inscription dans le budget pose donc une question légitime de priorité et de transparence dans l’utilisation des ressources publiques : les citoyens doivent pouvoir connaître les conditions de ces acquisitions et les bénéficiaires concernés.

Les fonds destinés aux collectivités

Les budgets d’affectation spéciale (BAS), qui regroupent des fonds destinés à des missions particulières, sont légèrement revus à la baisse. Leur enveloppe passe de 2 426,24 milliards à 2 409,20 milliards GNF, soit une diminution de 17,04 milliards (-0,70 %).

Mais tous les fonds ne connaissent pas la même évolution.

Le Fonds national de développement local (FNDL), destiné notamment à soutenir le développement des collectivités, voit son budget diminuer de 56,95 milliards GNF. Il passe de 1 171,39 milliards à 1 114,44 milliards GNF, soit une baisse de 4,86 %.

À l’inverse, le Fonds de développement des communes de Conakry (FODECCON) bénéficie d’une augmentation de 58,90 milliards GNF. Son enveloppe atteint 708,26 milliards GNF, contre 649,37 milliards initialement, soit une progression de 9,07 %.

Le Fonds d’investissement minier (FIM) recule de 18,98 milliards GNF, pour s’établir à 371,48 milliards GNF, contre 390,46 milliards dans le budget initial.

Quant au Fonds commun de l’éducation (FCE), son enveloppe reste inchangée à 215,02 milliards GNF.

Ces chiffres montrent que les révisions budgétaires ne touchent pas tous les secteurs de la même manière. Certaines enveloppes augmentent, tandis que d’autres diminuent, avec des conséquences possibles sur les capacités de financement des collectivités et des services concernés.

Volet recettes : plus de 60 064 milliards GNF attendus

Pour comprendre l’équilibre de cette loi de finances rectificative, il faut revenir au volet recettes adopté le 31 octobre 2026.

Les recettes prévisionnelles de l’État sont désormais évaluées à 60 064,47 milliards GNF, contre 55 858,10 milliards dans la loi de finances initiale. Cela représente une hausse de 4 206,37 milliards GNF, soit 7,53 %.

Les recettes fiscales constituent la principale source de financement du budget. Elles sont attendues à 52 795,68 milliards GNF, en hausse de 8,39 %.

Les recettes non fiscales et autres ressources sont évaluées à 2 916,82 milliards GNF, tandis que les dons sont estimés à 1 952,40 milliards GNF.

Cette hausse des recettes attendues intervient cependant dans un contexte où les députés ont attiré l’attention sur les pertes de ressources liées aux exonérations fiscales et aux insuffisances dans le recouvrement de certaines recettes administratives.

Plus de 15 666 milliards GNF de dépenses fiscales recensées

L’un des points sensibles examinés par la commission des Finances concerne les exonérations fiscales, notamment celles accordées dans le secteur minier.

Les dépenses fiscales correspondent aux recettes auxquelles l’État renonce lorsqu’il accorde des exonérations ou des avantages fiscaux à certaines entreprises. Il ne s’agit pas d’argent directement dépensé par le Trésor, mais de taxes que l’État aurait pu percevoir et qu’il décide de ne pas réclamer, totalement ou partiellement.

Selon les données présentées aux députés, les dépenses fiscales douanières sont estimées à 11 793 milliards GNF pour l’année 2025, alors que les recettes fiscales douanières collectées sur la même année s’élèvent à 24 500 milliards GNF.

Pour les neuf premiers mois de 2026, les dépenses fiscales enregistrées par la Direction générale des impôts sont évaluées à 3 873 milliards GNF.

L’addition de ces deux montants donne plus de 15 666 milliards GNF. Toutefois, cette somme doit être interprétée avec prudence : elle rapproche les dépenses fiscales douanières de toute l’année 2025 et celles de la DGI sur seulement neuf mois de 2026. Elle ne constitue donc pas un total annuel homogène.

La commission des Finances a également relevé que, selon un rapport antérieur du CNT portant sur l’année 2023, seulement 10 mesures fiscales sur 128 étaient à l’origine de 67 % des pertes définitives de recettes liées aux dépenses fiscales, soit 2 329,2 milliards GNF.

Ces avantages concernent principalement les dispositions du Code minier et du Code des investissements, notamment en matière de TVA, d’impôt sur les sociétés et de droits de douane.

Face à cette situation, les députés recommandent notamment de mieux encadrer les exonérations, de réviser les dispositions légales concernées, de ne pas renouveler certains avantages fiscaux qui ne respecteraient pas les textes en vigueur et d’exiger des bénéficiaires des régimes dérogatoires qu’ils déposent régulièrement leurs déclarations fiscales.

L’objectif affiché est de limiter les pertes de recettes et de permettre à l’État de mobiliser davantage de ressources pour financer les services publics.

Un déficit de 7 861 milliards GNF, soit 2,01 % du PIB

Au terme de la révision des recettes et des dépenses, le budget 2026 demeure déficitaire.

Avec 60 064,47 milliards GNF de recettes prévisionnelles face à 67 925,87 milliards GNF de dépenses, l’écart s’établit à 7 861,40 milliards GNF.

Ce déficit représente 2,01 % du produit intérieur brut (PIB), contre 2,07 % dans la loi de finances initiale.

Le déficit budgétaire correspond à la différence entre ce que l’État prévoit de dépenser et ce qu’il prévoit de mobiliser comme recettes. Lorsque les dépenses dépassent les recettes, l’État doit trouver des moyens de financer cet écart, notamment par l’emprunt ou d’autres ressources de financement.

La légère amélioration du ratio du déficit, de 2,07 % à 2,01 % du PIB, ne signifie donc pas que le budget est à l’équilibre. Le besoin de financement reste important.

Un budget plus élevé, mais des choix à surveiller

Au-delà des montants, la LFR 2026 met en évidence plusieurs arbitrages budgétaires. L’État augmente sensiblement ses dépenses courantes, notamment pour soutenir les prix des hydrocarbures, financer certaines charges administratives et prendre en compte des dépenses qui n’étaient pas inscrites dans le budget initial.

Dans le même temps, il réduit les crédits d’investissement, en justifiant cette décision par le report de certains projets à 2027. Des enveloppes sont néanmoins maintenues pour l’entretien routier, les équipements scolaires, les infrastructures sanitaires et le transport public.

Le volet recettes soulève, de son côté, la question de la capacité de l’État à récupérer les ressources auxquelles il renonce à travers les exonérations fiscales et à mieux encadrer les prélèvements administratifs.

Le principal enjeu de cette loi de finances rectificative est donc double : mobiliser effectivement les recettes annoncées et garantir que les dépenses supplémentaires répondent à des priorités clairement identifiées. Pour les citoyens, l’adoption du budget ne constitue que la première étape. Il faudra désormais suivre son exécution : les recettes seront-elles réellement collectées ? Les investissements reportés seront-ils effectivement lancés en 2027 ? Les dépenses prévues pour les routes, les écoles, les hôpitaux et les transports se traduiront-elles par des réalisations visibles ?

C’est à ces résultats concrets que les Guinéens pourront mesurer l’impact de ce budget rectificatif sur leur quotidien.