Le ministre de l’Assainissement, de l’hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a mis en lumière les lourdes conséquences environnementales et sanitaires de l’exploitation de la décharge de Dar es Salaam pendant près de trois décennies. Il s’exprimait ce lundi 2 novembre 2026, à Conakry, lors du lancement officiel du projet de réhabilitation environnementale du site, présidé par le Premier ministre, Bah Oury. À cette occasion, il a présenté les principales composantes des travaux, qui prévoient notamment la stabilisation du massif de déchets, le traitement des gaz et l’aménagement d’un parc urbain. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de financement pour inscrire les efforts d’assainissement dans la durée.
Pendant près de trois décennies, la décharge de Dar es Salaam a accueilli des quantités considérables de déchets, avec des conséquences importantes sur l’environnement et la santé des populations riveraines. Selon les données présentées par le ministre, plus de neuf millions de mètres cubes de déchets, soit environ 7,2 millions de tonnes, s’y sont accumulés sur une superficie annoncée de plus de 280 hectares.
Cette accumulation a entraîné, selon lui, le rejet d’environ 250 000 tonnes de méthane dans l’atmosphère, correspondant à près de six millions de tonnes d’équivalent CO₂. À cela s’ajoutent les lixiviats, ces liquides issus de la décomposition des déchets, qui se sont infiltrés sans traitement vers les cours d’eau et le littoral.
Au-delà de la pollution environnementale, le ministre a insisté sur les conséquences sanitaires pour les habitants des quartiers environnants. Fumées, incendies, émissions de gaz, prolifération de mouches et de rongeurs ont durablement affecté le cadre de vie des populations.
S’appuyant sur les estimations de ses services et les références de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avec l’appui du ministère de la Santé, Aboubacar Camara a évoqué plusieurs risques sanitaires, notamment des maladies respiratoires et chroniques, des cas de faible poids à la naissance ainsi que les problèmes de santé rencontrés par les personnes qui récupéraient quotidiennement les déchets sur le site.
Face à cette situation, le ministre estime que la fermeture de la décharge constitue une étape déterminante dans les efforts d’assainissement de la capitale. « Dar es Salaam était devenue une honte nationale, il faut le dire. Quels que soient les efforts consentis pour assainir Conakry, tant que cette décharge demeurait ouverte, rien n’avait d’impact. Sa fermeture n’est donc pas une réussite parmi d’autres, elle est la condition de toutes les autres », a-t-il déclaré.
Pour Aboubacar Camara, la fermeture du site marque ainsi un tournant dans la lutte contre l’insalubrité à Conakry. Il a salué la décision des autorités, estimant qu’elle permet de mettre fin à une source majeure de pollution et d’exposition des populations à des risques sanitaires.
Un projet de réhabilitation et de transformation du site
Le projet dont les travaux ont été officiellement lancés ce lundi prévoit plusieurs interventions techniques destinées à sécuriser durablement l’ancienne décharge. Il s’agit notamment de stabiliser le massif de déchets, de procéder à sa couverture par couches successives, d’installer un système de drainage et de mettre en place un dispositif de captage et de traitement des gaz.
Ces opérations doivent contribuer à réduire les risques d’éboulement, d’incendie et de nouvelles pollutions. Mais le projet ne se limite pas à la sécurisation du site. Il prévoit également son réaménagement en un parc urbain végétalisé, ouvert au public. « Pour la première fois, le Conakryka pourra dire à sa famille qu’un week-end, nous allons nous promener et prendre de l’air au parc de Dar es Salaam », a annoncé le ministre.
L’ambition est de faire disparaître progressivement l’image de cette montagne de déchets au profit d’un espace vert, susceptible d’offrir aux habitants un nouveau cadre de détente et de loisirs. Une transformation qui pourrait également contribuer à améliorer l’image de Conakry auprès des visiteurs.
Dans la réalisation de ce projet, Aboubacar Camara a salué l’engagement de Winning International Group qui assure le financement et la réalisation des travaux. Il a également souligné le rôle du conseiller du président de la République, Ousmane Doumbouya, dans les échanges entre les autorités et l’entreprise, ainsi que l’implication des ministères des Finances et de l’Environnement.
Le ministre a, par ailleurs, remercié les partenaires techniques et financiers, pour leur accompagnement du secteur de l’assainissement.
Un financement durable pour renforcer les efforts d’assainissement
Si la réhabilitation de Dar es Salam constitue une avancée importante, le ministre a toutefois prévenu que ce chantier ne suffira pas à résoudre, à lui seul, les problèmes d’insalubrité auxquels la Guinée reste confrontée.
Il a notamment insisté sur la nécessité de mettre en place un mécanisme de financement pérenne pour assurer le fonctionnement de toute la chaîne de gestion des déchets, de la pré-collecte à la valorisation, en passant par la collecte, le transport et le tri. « Chaque maillon a un coût permanent que, malheureusement, le budget national ne peut porter seul », a-t-il expliqué.
Parmi les mécanismes envisagés figurent le principe du pollueur-payeur, l’instauration d’une contribution de salubrité, la mise en place d’une réglementation adaptée et le développement de partenariats public-privé.
Pour Aboubacar Camara, ces différents leviers sont indispensables pour consolider les efforts engagés et éviter que des situations similaires à celle de Dar es Salam ne se reproduisent dans les régions et les préfectures du pays.
Il a enfin appelé à une attention particulière dans le suivi des travaux, la maîtrise des risques et la préservation des résultats, afin que la réhabilitation du site se traduise par une amélioration durable du cadre de vie des populations.

