Réformes des finances publiques : la Guinée prépare sa stratégie 2026-2030

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La ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a lancé, ce mercredi 21 octobre 2026 à Conakry, les travaux de l’atelier de validation du nouveau Programme de réformes des finances publiques (PREFIP) 2026-2030.

Prévu sur deux jours, cet atelier doit permettre aux participants d’examiner et de valider trois documents stratégiques : le document de stratégie, le plan d’action et le dispositif de suivi-évaluation. La clôture des travaux est prévue ce jeudi 22 octobre.

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La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, dont Cellou Baldé, ministre des Sports, Fassou Théa, ministre de l’Environnement et du Développement durable, ainsi que la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Des représentants des administrations publiques, des institutions concernées et des partenaires techniques et financiers prennent également part à cette rencontre organisée par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget.

L’atelier intervient dans un contexte marqué par la volonté des autorités guinéennes de consolider les réformes engagées depuis plus d’une décennie et de renforcer l’efficacité de la gestion des ressources publiques. Il s’inscrit également dans les ambitions de transformation économique portées par le programme Simandou 2040, qui place la mobilisation des ressources nationales, la transparence budgétaire et la qualité des investissements au cœur des enjeux de développement.

Dans son intervention, Mamadou Barry, secrétaire exécutif de la Cellule technique de suivi des programmes et des réformes des finances publiques (CTSP), a rappelé que l’élaboration du PREFIP 2026-2030 fait suite à l’évaluation PFA++ de 2024, qui a permis de mesurer les progrès accomplis et d’identifier les insuffisances persistantes dans la gestion des finances publiques.

Depuis l’adoption de la loi organique relative aux lois de finances en 2012 et du règlement général de gestion budgétaire et de la comptabilité publique en 2013, la Guinée a engagé plusieurs cycles de réformes. Ceux-ci ont notamment contribué à moderniser le cadre budgétaire, à renforcer les procédures d’exécution des dépenses, à améliorer la gestion de la trésorerie et à amorcer la digitalisation des administrations fiscales et douanières.

Toutefois, l’évaluation PFA++ de 2024 a également relevé des difficultés persistantes, notamment une crédibilité budgétaire insuffisante, des écarts entre les prévisions et les réalisations ainsi que des lacunes dans la qualité de certaines données financières. « C’est sur ce diagnostic que repose l’élaboration du nouveau PREFIP », a expliqué Mamadou Barry.

Selon lui, le document soumis à validation est le fruit d’un processus participatif engagé en mai 2026. Celui-ci comprend notamment des consultations avec les structures nationales, l’examen des diagnostics disponibles et un atelier de co-construction organisé les 28 et 29 juillet derniers. Cette rencontre avait réuni plus de 70 participants répartis en six groupes thématiques chargés d’examiner les actions envisagées.

Le nouveau programme s’articule autour de cinq axes stratégiques, déclinés en 17 programmes et plus d’une centaine d’actions. Il prévoit notamment la poursuite de la digitalisation de la chaîne des dépenses publiques, le développement du budget-programme, la comptabilité patrimoniale et la budgétisation sensible au climat.

Sa mise en œuvre doit s’appuyer sur un plan d’action quinquennal, des plans triennaux glissants, des plans opérationnels annuels et un dispositif de suivi-évaluation fondé sur des indicateurs de performance. Les participants doivent également examiner une plateforme électronique destinée au suivi des réformes et identifier les mesures nécessaires à leur mise en œuvre effective, avant l’adoption formelle du programme par le gouvernement.

Partenaire du gouvernement guinéen à travers le programme AMRIC, l’Union européenne a également pris part à la cérémonie d’ouverture. Son représentant, Paulo Barroso Simoes, a salué le partenariat entre Conakry et Bruxelles, tout en soulignant l’importance de cette étape dans le processus de réforme des finances publiques.

Selon lui, les travaux doivent notamment permettre de formuler des recommandations opérationnelles pour la suite du processus.

Le représentant de l’Union européenne a également réaffirmé la disponibilité de son institution à accompagner la Guinée dans ses efforts de modernisation de la gestion publique. « Ce nouveau programme vient à une période charnière dans le développement économique et social de la Guinée avec l’objectif de Simandou 2040, et surtout de l’ambition qui est la vôtre, d’asseoir l’exigence d’une utilisation transparente et efficace de ces nouvelles ressources, en réponse aux besoins des Guinéens », a-t-il déclaré.

Pour le diplomate, le nouveau cadre stratégique doit contribuer à mieux orienter les réformes et à renforcer les capacités de financement du développement grâce à une gestion plus rigoureuse des ressources publiques. « Ce nouveau plan stratégique de réforme des finances publiques vient donc à point nommé. Car, il viendra soutenir une vision à travers des objectifs clairement définis, avec une gestion vertueuse des finances publiques, base d’une gestion saine des ressources et particulièrement, dans le cadre de la réforme des finances publiques, notamment sur le volet de la mobilisation des ressources intérieures pour accroître les capacités de financement des besoins de développement de votre pays », a-t-il ajouté.

Prenant la parole à l’ouverture de l’atelier, Mariama Ciré Sylla a inscrit cette nouvelle feuille de route dans les ambitions de transformation économique du pays. Pour elle, le programme Simandou 2040 constitue une occasion d’accélérer l’industrialisation, de développer les infrastructures, de diversifier l’économie et de créer des emplois.

La ministre a également rappelé plusieurs avancées enregistrées dans la modernisation de la gestion des finances publiques, notamment la digitalisation des procédures fiscales, douanières et de trésorerie, ainsi que l’assainissement de la gestion du personnel de l’État. Elle a notamment évoqué les économies de plus de 246 milliards de francs guinéens attribuées au fichier unique de gestion administrative et de la solde.

Sur le plan international, elle a rappelé que la Guinée a obtenu, en septembre 2025, sa première notation souveraine auprès de Standard & Poor’s. En mars 2026, l’agence a confirmé cette notation tout en faisant évoluer la perspective de stable à positive, selon les éléments présentés par la ministre.
Pour les cinq prochaines années, Mariama Ciré Sylla a mis en avant deux priorités : accroître la mobilisation des ressources nationales et améliorer la qualité de la dépense publique.

La première passe notamment par l’élargissement de l’assiette fiscale, la réduction des pertes de recettes, la rationalisation des exonérations et une meilleure valorisation des ressources minières et du patrimoine public.

La seconde repose sur une programmation budgétaire crédible, une meilleure préparation des projets d’investissement et une exécution rigoureuse des dépenses. « La performance, c’est que chaque franc dépensé change concrètement des choses dans la vie des Guinéens », a-t-elle souligné.

La ministre a également insisté sur la nécessité de définir des responsabilités précises, des échéances et des indicateurs de performance, tout en mettant en place des mécanismes permettant de résoudre rapidement les blocages. Elle souhaite que les réformes prioritaires produisent des résultats tangibles, notamment dans la mobilisation des recettes, la digitalisation, la qualité des investissements publics et la maîtrise des dépenses.

La mise en œuvre du PREFIP reposera sur un dispositif de gouvernance comprenant un comité de pilotage présidé par la ministre, un comité technique dont le secrétariat sera assuré par la CTSP et des groupes d’appui chargés d’accompagner les réformes. Les administrations publiques, les institutions de contrôle, les partenaires techniques et financiers, la société civile et le secteur privé sont également appelés à contribuer à cette démarche.

En conclusion, Mariama Ciré Sylla a rappelé que l’efficacité du programme devra se mesurer à ses effets concrets sur la population. « Nos concitoyens ne nous jugeront pas sur un plan ou sur un nombre de textes approuvés, ou des réunions organisées. Ils nous jugeront à la qualité des services publics, à l’exécution des projets, aux emplois créés, à l’amélioration concrète de leurs conditions de vie », a-t-elle affirmé.

La clôture de l’atelier est prévue ce jeudi 22 octobre. Les travaux doivent permettre de finaliser les documents stratégiques et de convenir des prochaines étapes avant leur adoption formelle par le gouvernement.