Guinée : Dr Safiatou Diallo prend la tête de l’Association des historiens

12 min de lecture

L’Association des historiens de Guinée (AHG) ouvre une nouvelle page de son histoire. Réunis ce mercredi 14 octobre 2026 à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, des enseignants-chercheurs, des spécialistes de l’histoire et des membres fondateurs ont tenu le premier grand congrès de l’organisation. Au menu : la révision des statuts et du règlement intérieur, mais surtout la mise en place d’un nouveau bureau exécutif, désormais présidé par Dr Safiatou Diallo pour un mandat de trois ans.

Au-delà du renouvellement de ses instances, ce rendez-vous a permis aux historiens de se retrouver autour d’une ambition commune : donner un nouvel élan à leur association, renforcer les liens entre les chercheurs et faire davantage rayonner la recherche historique guinéenne.

- SMS NEWS -
SMS ALERTE - Mini Landing Page

📱 SMS ALERTE

L'actualité en direct sur votre mobile

🎉

3 JOURS GRATUITS

🎁

Profitez de nos actualités sans engagement

COMMENCER MON ESSAI GRATUIT
⚡
Actus Express
📱
Par SMS
🌐
Sans Internet

Les représentants de plusieurs universités ont pris part aux concertations qui ont abouti à la formation d’un bureau présenté comme consensuel. Une étape importante pour une communauté scientifique appelée à mieux s’organiser, à multiplier les travaux de recherche et à contribuer davantage à la connaissance de l’histoire du pays.

À la tête de l’AHG, Dr Safiatou Diallo sera épaulée par Dr Fodé Bangaly Keïta, de l’Université de Kindia, nommé vice-président, et Dr Bourema Kaba, de l’Université de Kankan, désigné secrétaire général.

Les universités sont également représentées à travers plusieurs points focaux : Dr Mamadi Bamba pour l’Université de Sonfonia, Dr Lamine Mansaré pour Kindia et Dr Mohamed Sacko pour Kankan.

Le professeur Mamadou Dindé Diallo, de l’Université de Kankan, prend en charge les publications et les revues scientifiques, avec l’appui de Balla Moussa Keïta, de l’Université de Sonfonia. L’organisation des manifestations scientifiques et culturelles revient à Dr Faya Moïse Sandouno, assisté de Thierno Amidou Diallo.

Baklé Doré est chargé de l’information et de la communication, tandis que Dr Fatoumata Bamba, de l’Université de Kankan, occupe le poste de trésorière.

Cette nouvelle équipe devra désormais donner corps aux ambitions affichées pendant le congrès. Parmi les priorités figurent la relance des activités scientifiques, une meilleure diffusion des travaux des chercheurs et le développement de collaborations entre les historiens guinéens et leurs collègues étrangers.

Dr Safiatou et son équipe

Visiblement émue au moment de prendre la parole, la nouvelle présidente a d’abord remercié ses collègues pour la confiance placée en elle. Mais derrière l’émotion, son discours a surtout été celui d’une universitaire consciente de l’ampleur de la tâche.
« Cette confiance m’honore, mais vous comprenez qu’elle m’engage aussi et surtout. Elle nous engage collectivement à faire de notre association un espace de réflexion scientifique, de solidarité professionnelle, de transmission de savoirs et de contributions au développement de notre pays », a-t-elle déclaré.

Pour Dr Safiatou Diallo, l’histoire de la Guinée est une richesse qui mérite d’être davantage étudiée, documentée et transmise. Des royaumes et empires précoloniaux aux résistances à la conquête coloniale, en passant par les luttes pour l’indépendance et les transformations de la société contemporaine, le passé du pays offre, selon elle, un vaste champ de recherche.
Encore faut-il pouvoir en préserver les traces.

La présidente a ainsi attiré l’attention sur la fragilité des archives, la dispersion de documents essentiels et les difficultés d’accès à certaines sources. Elle a également évoqué la disparition progressive des témoins, dont les récits constituent une part importante de la mémoire collective.

À ces problèmes s’ajoutent le manque de moyens pour la recherche, la diffusion encore limitée de certains travaux scientifiques et la nécessité de renforcer les échanges avec les chercheurs étrangers.

Face à ces défis, la nouvelle présidente entend privilégier « l’écoute, la collégialité et la transparence ». Elle reconnaît que trois années ne suffiront pas à résoudre toutes les difficultés, mais estime que ce mandat peut permettre d’engager des actions concrètes et de poser des bases solides pour l’avenir de l’association.

Son ambition est de faire de l’AHG une institution reconnue pour la qualité de ses recherches, son indépendance intellectuelle et sa contribution au développement scientifique du pays.

Dans son intervention, elle a également tenu à saluer le travail de l’ancien président, le professeur Aly Gilbert Iffono, qui a dirigé l’association pendant plusieurs années avant de passer le relais à une nouvelle génération. Elle a enfin exprimé sa reconnaissance à Dr Fodé Bangaly Keïta, dont l’initiative a contribué à la tenue de cette rencontre.

Prenant la parole à son tour, le professeur Sidi Maladho Baldé n’a pas caché sa satisfaction devant le résultat des concertations. Compte tenu de la diversité des parcours, des spécialités et des universités représentées, il dit avoir été agréablement surpris par la capacité des participants à parvenir à un accord.
« Ce que vous avez accompli aujourd’hui entrera désormais dans les annales de l’histoire de la Guinée », a-t-il affirmé.

Pour lui, la mise en place d’un cadre commun était devenue nécessaire. Les historiens guinéens avaient besoin d’un espace où se retrouver, échanger leurs expériences et confronter leurs approches. Il a donc salué la création de ce nouveau cadre de travail et jugé judicieux le choix des membres du bureau.

Mais son intervention a rapidement dépassé la question de l’organisation de l’association. Le professeur a surtout voulu rappeler aux nouveaux responsables ce qui, à ses yeux, constitue le cœur du métier d’historien : la rigueur, l’analyse des faits et le refus des interprétations sans fondement.

Dans un contexte où les événements du passé sont parfois commentés sans véritable démarche scientifique, il a mis en garde contre la multiplication des affirmations gratuites et des récits approximatifs.
« L’historien, c’est celui qui se base sur les faits. […] Nous, nous cherchons la vérité des faits », a-t-il insisté.

Pour illustrer son propos, il a évoqué Soundjata Keïta et la bataille de Kirina, invitant les chercheurs à ne pas se contenter de raconter les événements, mais à en interroger les causes, les motivations et les conséquences. Comprendre le passé suppose, selon lui, de replacer chaque fait dans son contexte pour mieux saisir les évolutions politiques, sociales et culturelles.
L’historien ne doit donc pas se limiter à transmettre un récit. Il lui revient de questionner les sources, de confronter les témoignages et de produire une connaissance rigoureuse, capable d’éclairer les débats du présent.

Le professeur Sidi Maladho Baldé a également insisté sur un autre enjeu : la publication des travaux scientifiques. Pour lui, la recherche ne peut véritablement porter ses fruits si ses résultats restent confinés aux bureaux des chercheurs ou aux cercles universitaires.
« L’historien qui ne publie pas n’est pas historien », a-t-il lancé, sous les applaudissements de l’assistance.

Le message est sans détour. Les historiens guinéens doivent écrire, publier et confronter leurs travaux à ceux de leurs collègues. Ils doivent aussi prendre part aux colloques et aux rencontres scientifiques, en Guinée comme à l’étranger, afin de faire connaître leurs recherches et de renforcer leur présence dans les débats scientifiques.

De Kindia à Forécariah, de Dakar à Abidjan, le professeur les a encouragés à saisir toutes les occasions de présenter leurs travaux et de nouer des collaborations.

Il a également rappelé que la diversité des spécialités doit être une force pour l’association, et non un motif de division. Les chercheurs ont tout à gagner à travailler ensemble, à partager leurs compétences et à construire des projets communs.
« Complétez-vous, n’abandonnez personne ! Allez ensemble ! », a-t-il exhorté.

Derrière cet appel à l’unité se dessine une conviction : une association scientifique ne peut progresser durablement si certains de ses membres restent à l’écart. La solidarité, l’inclusion et la complémentarité doivent, selon lui, guider le fonctionnement de l’AHG.
L’autre préoccupation exprimée par le professeur Sidi Maladho Baldé concerne la transmission des savoirs. Il a évoqué la disparition de plusieurs universitaires qui ont formé des générations d’historiens guinéens, soulignant l’urgence de préserver leur héritage intellectuel.

À ses yeux, la nouvelle génération a désormais une responsabilité particulière : poursuivre le travail de ses aînés, consolider les acquis et donner une nouvelle impulsion à la recherche historique.

Il a notamment plaidé pour la structuration et le rayonnement de ce qu’il appelle « l’école de Conakry », qu’il souhaite voir mieux organisée et davantage présente dans l’espace scientifique sous-régional.

Son message s’adresse aussi aux jeunes chercheurs qui, après des formations en Guinée ou à l’étranger, sont appelés à faire leurs preuves par la qualité de leurs travaux et leur engagement dans la recherche.
« Vous êtes franchement des combattants sur qui nous comptons. Vous faites notre fierté », a-t-il déclaré, exprimant sa confiance dans la capacité de cette nouvelle génération à prendre le relais.

Avec ce premier grand congrès et la mise en place d’un nouveau bureau, l’Association des historiens de Guinée dispose d’un cadre renouvelé pour poursuivre ses missions. La préservation des archives, le développement de la recherche, la multiplication des publications et le renforcement des échanges scientifiques figurent parmi les principaux chantiers qui attendent ses responsables.

Mais le véritable test commence maintenant. Pour Dr Safiatou Diallo et son équipe, il s’agira de faire vivre le consensus obtenu lors du congrès et de le traduire en résultats concrets.

L’enjeu dépasse le seul fonctionnement de l’association. Il touche à la manière dont la Guinée documente son passé, protège sa mémoire et transmet son histoire aux générations futures. C’est aussi sur ce terrain que la nouvelle équipe sera attendue.