La forte perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz fait peser de nouvelles incertitudes sur les approvisionnements énergétiques et l’évolution des prix du pétrole. Face à cette situation, Emmanuel Macron multiplie les consultations avec les dirigeants des pays du Golfe. Objectif affiché : contribuer au rétablissement de la navigation dans ce passage stratégique et limiter les répercussions de la crise sur les prix à la pompe en France.
« Quand le pétrole est sous pression, les prix à la pompe grimpent. Je sais ce que cela représente pour les Français », a déclaré Emmanuel Macron mercredi 16 septembre, alors que la circulation maritime reste fortement perturbée dans le détroit d’Ormuz.
Le chef de l’État affirme avoir échangé avec le Premier ministre irakien, le prince héritier d’Arabie saoudite et l’émir du Qatar. Pour Paris, l’une des priorités consiste à rétablir la liberté de navigation dans ce détroit situé entre l’Iran et Oman, considéré comme un point de passage majeur pour les exportations d’hydrocarbures.
« La priorité : rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, artère vitale pour le passage du pétrole, protéger les infrastructures énergétiques de nos partenaires et sécuriser la production », affirme Emmanuel Macron.
Ormuz, un passage stratégique pour le pétrole mondial
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux points de passage des hydrocarbures dans le monde. Selon l’Energy Information Administration (EIA), environ 20,9 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitaient chaque jour au premier semestre 2025, représentant une part considérable du commerce maritime mondial de pétrole.
Mais le trafic s’est fortement contracté en 2026. Selon les données de l’EIA, les volumes de pétrole transitant par Ormuz seraient tombés à environ 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre plus de 21 millions quelques mois auparavant.
La baisse de la circulation s’est également confirmée ces derniers jours. Selon Reuters, seuls quatre navires ont franchi le détroit mardi 15 septembre, contre une moyenne de 18 passages quotidiens au cours des dix jours précédents. Aucun très grand pétrolier ni méthanier ne figurait parmi ces navires.
Une forte diminution du trafic à Ormuz ne signifie toutefois pas que le pétrole disparaît immédiatement du marché mondial. Le principal risque concerne la capacité des producteurs du Golfe à acheminer leurs cargaisons vers les marchés internationaux.
Lorsque l’offre disponible se resserre ou que les marchés anticipent des difficultés d’approvisionnement, les cours du pétrole peuvent être soumis à des pressions haussières. À cette hausse potentielle peuvent s’ajouter l’augmentation des coûts de transport et d’assurance, ainsi que les dépenses liées à d’éventuels itinéraires de substitution.
Pour la France, une progression durable du prix du brut peut se répercuter sur les carburants, mais également sur les coûts du transport et de la production. Elle peut, par effet de chaîne, contribuer à renchérir certains biens et services.
C’est cette pression sur les prix que le président français cherche à contenir. L’enjeu est donc moins de faire directement baisser les prix que d’éviter qu’une perturbation prolongée des approvisionnements ne provoque une nouvelle hausse à la pompe.
Paris cherche aussi des voies alternatives
Face à cette situation, la France entend parallèlement réduire sa dépendance à l’égard de cette voie maritime stratégique.
« Nous travaillons aussi à ouvrir des routes alternatives pour réduire notre dépendance à ce passage stratégique et pour sécuriser nos approvisionnements », explique Emmanuel Macron.
L’objectif affiché est double : contribuer au rétablissement de la circulation dans le détroit tout en diversifiant les voies d’acheminement du pétrole. Ces solutions ne permettent toutefois pas nécessairement de remplacer rapidement les volumes qui transitent habituellement par Ormuz.
La recherche d’itinéraires alternatifs apparaît ainsi comme un moyen de limiter l’exposition des approvisionnements européens à une éventuelle perturbation prolongée. Elle ne constitue pas pour autant un remplacement simple et immédiat du détroit.
Bab el-Mandeb, un autre point de tension
À plusieurs milliers de kilomètres d’Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb, au large du Yémen, constitue un autre point stratégique du commerce maritime mondial.
Les attaques menées par les Houthis contre des navires en mer Rouge ont déjà conduit de nombreux armateurs à modifier leurs itinéraires. Le contournement de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance allonge considérablement les trajets et entraîne des coûts supplémentaires en carburant, en assurance et en fret.
La situation présente toutefois une différence importante avec celle d’Ormuz. Le trafic maritime passant par Bab el-Mandeb peut être détourné autour de l’Afrique, au prix de trajets plus longs et plus coûteux. Pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe normalement acheminées par Ormuz, les possibilités de substitution sont beaucoup plus limitées.
Les deux détroits représentent donc des enjeux différents, même s’ils se trouvent au cœur d’une même problématique : la sécurisation des routes maritimes et des approvisionnements énergétiques.
Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est à la fois énergétique, économique et géopolitique : contribuer à réduire les tensions, sécuriser les approvisionnements et limiter la pression exercée sur les prix à la pompe.

