À Foulamadina, dans la commune de Sonfonia, le bruit des marteaux résonne au rythme des étincelles jaillissant des postes à souder. Dans cet atelier de chaudronnerie, où le travail du métal est traditionnellement exercé par des hommes, deux jeunes filles se distinguent par leur détermination.
Âgées de 15 et 16 ans, Madeleine Kolié et Christine Bolamou ont fait le choix d’apprendre la soudure, un métier encore largement perçu comme réservé aux hommes. Leur ambition est claire : maîtriser ce savoir-faire pour devenir entrepreneures et créer, un jour, leur propre atelier.
La chaudronnerie, qui consiste à façonner et assembler des pièces métalliques en acier, en aluminium ou en cuivre afin de fabriquer divers équipements, demeure un secteur où les femmes sont encore peu représentées. Malgré les stéréotypes, les deux apprenties entendent démontrer que la compétence n’a pas de genre.
Pour Madeleine Kolié, la soudure est avant tout une vocation. Concentrée sur son poste de travail, elle évoque les raisons qui l’ont conduite vers cette profession. « Ce qui m’a donné envie, c’est parce que j’aime ce travail. Ça me plaît, c’est pour cela que j’ai choisi ce métier et je me sens bien à l’aise. »
Avant d’intégrer cet atelier, la jeune fille avait tenté à trois reprises l’examen d’entrée en 7ᵉ année, sans succès. Cette expérience l’a amenée à envisager une autre voie. « J’étais à l’école, j’ai fait l’examen d’entrée en 7ᵉ année à trois reprises sans succès. C’est ainsi que j’ai décidé de me lancer dans ce métier. Je le pratique depuis fin 2023 et ça m’intéresse vraiment. »

Son apprentissage est toutefois marqué par des contraintes quotidiennes. Chaque jour, Madeleine effectue le trajet entre Samataran et Foulamadina, tout en faisant face aux exigences physiques de la profession. « Les difficultés, je les rencontre. Je quitte Samataran chaque jour pour venir à Foulamadina. Parfois, quand je rentre, j’ai des maux de tête, mes yeux me font mal. Il y a des jours où je me sens aussi mal. Mais avec tout ça, je prends courage. »
Malgré ces difficultés, elle garde le regard tourné vers l’avenir. « Quand j’aurai terminé d’apprendre ce métier, je vais ouvrir mon propre atelier si Dieu me donne le courage. »
Elle lance également un appel aux jeunes filles qui hésitent encore à franchir le pas. « Je veux qu’elles nous rejoignent ici pour qu’on puisse travailler ensemble. Le métier de la soudure est bon. Même si c’est difficile, si tu prends courage, Dieu va t’aider. »
Faire face aux préjugés

À quelques mètres de là, Christine Bolamou poursuit sa formation avec la même détermination. Son parcours est cependant jalonné de remarques parfois décourageantes.
Elle raconte les réactions auxquelles elle est confrontée. « Il arrive parfois que les gens se moquent de nous. Même hier, une dame est venue nous dire : “Ce travail-là, c’est pour vous fatiguer seulement. Ce métier n’est pas fait pour les filles. Ce sont les garçons qui aiment pratiquer ce métier.” »
Des critiques qui n’entament pas sa motivation. « Comme je sais que ça m’intéresse, j’ai décidé de choisir ce métier. Même si les gens se moquent de nous, ce n’est pas mon problème. C’est le travail qui m’intéresse. »

Après avoir quitté l’école à la suite de la 7ᵉ année, Christine a décidé de suivre sa propre voie, malgré les réticences initiales de son père. « L’école ne m’intéressait pas vraiment. Au début, mon père ne voulait pas que je fasse ce métier. Mais vu que ça m’intéresse beaucoup, j’ai décidé de le choisir. Je veux montrer aux autres filles qu’elles peuvent aussi pratiquer ce travail. »
Avec le temps, le soutien familial s’est renforcé. Son père accompagne désormais pleinement son apprentissage. « Mon père a accepté. Il a acheté tous les matériels nécessaires : des lunettes de sécurité, un casque, des vêtements et tout le nécessaire pour m’encourager à pratiquer ce métier. »
Le rêve d’un atelier dirigé par des femmes
Au-delà de leur formation, Madeleine et Christine nourrissent la même ambition : créer leur propre entreprise. Christine imagine même concrétiser ce projet aux côtés de son amie. « Je rêve beaucoup de créer mon propre atelier. C’est la prière de tous les jours. Je peux déjà souder des portes, couper des tuyaux, mélanger tout. Je me débrouille pas mal. »
Puis elle ajoute : « Je rêve aussi d’ouvrir et de travailler dans le même atelier que ma copine Madeleine Kolié. Nous demandons aux autorités et aux personnes de bonne volonté de nous encourager et de nous aider, si possible, à ouvrir nos propres ateliers. »
Un maître d’apprentissage confiant
Dans l’atelier, leur maître d’apprentissage, Ahissou Benoît, observe avec satisfaction les progrès de ses élèves. Le chaudronnier béninois encadre actuellement 18 apprentis, parmi lesquels figurent Madeleine et Christine. Il salue leur implication et leur évolution. « J’ai 18 apprentis dont deux jeunes filles. Mais vraiment, je leur fais confiance et je les encourage à poursuivre le travail. Elles commencent vraiment à comprendre. À votre arrivée déjà, elles étaient en train de travailler. »
À Foulamadina, au milieu des bruits métalliques et des gerbes d’étincelles, Madeleine Kolié et Christine Bolamou tracent progressivement leur chemin dans un univers où les femmes restent encore peu nombreuses. À travers leur engagement, elles remettent en question les stéréotypes liés aux métiers techniques et démontrent que la passion, la persévérance et le savoir-faire peuvent ouvrir la voie à une nouvelle génération de femmes dans la chaudronnerie.

