En octobre 2003, le Guide suprême de la Révolution islamique iranienne, l’Ayatollah Ali Khamenei, a évoqué le rôle joué par Ahmed Sékou Touré dans les efforts de médiation visant à mettre fin à la guerre Iran-Irak (1980-1988), également appelée en Iran « la guerre imposée ». Lors d’un discours adressé aux étudiants iraniens, le dirigeant iranien a cité l’ancien président guinéen parmi les personnalités ayant participé aux initiatives diplomatiques engagées pour tenter de trouver une issue au conflit déclenché par le régime baasiste de Saddam Hussein.
Selon un document de l’Agence de presse de la République islamique d’Iran (IRNA), consulté par Guinee360, l’implication d’Ahmed Sékou Touré intervient dans le contexte de l’offensive lancée en 1980 par l’Irak contre l’Iran. Alors que l’armée irakienne faisait face à d’importantes difficultés sur plusieurs fronts, Saddam Hussein aurait cherché une voie diplomatique pour mettre fin aux revers militaires enregistrés par ses forces.
Dans cette perspective, le président irakien aurait dépêché un émissaire spécial en Guinée, porteur de propositions écrites destinées à Ahmed Sékou Touré. Celui-ci dirigeait alors une mission islamique de paix composée de neuf membres, chargée d’œuvrer à une médiation entre les deux pays en guerre.
L’IRNA rappelle également qu’en 1982, lors d’un déplacement à Paris, en France, Ahmed Sékou Touré avait lui-même évoqué son rôle dans cette médiation. À cette occasion, il s’était présenté comme président du Comité islamique de paix de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), une structure engagée dans les tentatives de règlement du conflit irano-irakien.

Le 4 mars 1981 marque une étape importante de cette mission diplomatique. Ahmed Sékou Touré, alors chef de la délégation de médiation, arrive à Téhéran où il rencontre l’Imam Rouhollah Khomeiny, figure centrale de la Révolution islamique iranienne. D’après l’agence iranienne, le président guinéen participe également à une prière collective dirigée par Khomeiny, en présence de plusieurs dirigeants et hauts responsables de pays musulmans.

« Certes, à cause des idées expansionnistes du régime Saddam et les ingérences des puissances impérialistes, la mission de médiation de Sékou Touré n’a pas pu être réalisée. Mais de toute façon, le rôle joué par le président guinéen dans les négociations de paix au cours de la guerre imposée (1980-1988) est un point-clé dans l’histoire des relations irano-africaines », a précisé l’IRNA.
Cette précision apporte un éclairage sur une controverse récente concernant cette médiation. Elle contredit notamment les déclarations de l’ancien ministre guinéen de la Sécurité, Madifing Diané, qui avait affirmé que la médiation d’Ahmed Sékou Touré avait abouti à la résolution du conflit Iran – Irak.
Au-delà de cette controverse, cet épisode témoigne de l’activisme diplomatique d’Ahmed Sékou Touré sur la scène internationale durant les années 1980, notamment dans le cadre des initiatives africaines et islamiques visant à favoriser une résolution pacifique du conflit Iran-Irak.
Voici les propos du Guide de la Révolution islamique sur les détails de cet entretien historique :
« Au cours des premières années de ma présidence, Ahmed Sékou Touré, le président de la Guinée – qui était une remarquable personnalité révolutionnaire, respectable, savante et politique en Afrique et qui était respecté en Europe et dans le monde entier – s’est rendu en Iran et lors de la rencontre avec moi , il a dit qu’il n’était pas surpris de l’invasion de l’Iran par l’Irak après la Révolution. C’est parce qu’à en juger par l’expérience, l’une des choses que les puissances arrogantes font contre la majorité des pays indépendants est qu’ils utilisent la pression militaire pour les empêcher d’atteindre les objectifs et les valeurs qu’ils se sont fixés en engageant leurs ressources financières et humaines dans une guerre. C’était le plan que l’ennemi avait préparé contre nous.
Les Américains et leur actuel secrétaire à la Défense, qui ne cesse de dire des bêtises contre la République islamique tous les jours, faisaient partie de ceux qui coopéraient étroitement avec Saddam Hussein, la même personne qu’ils tentent de capturer ces jours-ci. Ils lui fournissaient un soutien scientifique ainsi que des armes et des renseignements pour pouvoir vaincre l’Iran, mais ils n’ont pas réussi. Je dirais que tant que vous resterez vigilants et tant que nos responsables gouvernementaux se sentiront responsables dans le vrai sens du terme, l’Amérique et les autres superpuissances ne pourront en aucune façon nuire au peuple et au gouvernement iraniens. », a déclaré l’Ayatollah Khamenei le 14 octobre 2003 à propos de sa rencontre avec le président guinéen.

