Guerre Iran-Irak : Madifing Diané dévoile les coulisses de la médiation menée par Sékou Touré

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Devant des invités réunis à Conakry pour une cérémonie d’hommage au Guide suprême iranien Ali Khamenei, l’ancien ministre de la Sécurité, Madifing Diané, a levé le voile sur le rôle diplomatique joué par la Guinée pendant la guerre Iran-Irak. Il raconte les démarches entreprises par Ahmed Sékou Touré, les missions successives entre Téhéran et Bagdad et les efforts déployés pour favoriser une issue négociée au conflit. Guinee360 publie son témoignage dans son intégralité.

“Cette histoire est une page que la jeunesse guinéenne devrait retenir. Durant cette période, la délégation guinéenne s’est rendue à neuf reprises en Iran et a rencontré neuf fois Saddam Hussein dans le cadre des négociations de paix. Les discussions butaient alors sur trois conditions posées par l’Iran : la reconnaissance par l’Irak de son statut d’agresseur, l’acceptation de sa responsabilité dans le déclenchement de la guerre et la réparation des préjudices humains et matériels subis par la République islamique.

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Après de longues démarches pour rapprocher les positions des deux camps, une rencontre décisive eut lieu en 1983 au palais présidentiel de Bagdad.

À l’issue des échanges, Saddam Hussein déclara à Ahmed Sékou Touré qu’il accepterait toute proposition de règlement approuvée par la République islamique d’Iran. À la tombée de la nuit, le président irakien demanda ensuite à son homologue guinéen de diriger la prière du Maghreb avant d’inviter la délégation à passer la nuit sur place.

Le lendemain, la délégation fut reçue par l’imam Rouhollah Khomeini. Devant les principaux dignitaires iraniens, Ahmed Sékou Touré rappela que les peuples d’Afrique subsaharienne pratiquaient leurs propres religions avant l’arrivée de l’islam. Si ces peuples avaient embrassé cette religion, expliqua-t-il, c’était avant tout parce qu’ils avaient entendu un principe fondamental : « Tous les musulmans sont des frères. »

Partant de ce principe, Ahmed Sékou Touré souligna que la délégation guinéenne parcourait depuis près de trois ans les deux capitales pour tenter de réconcilier deux peuples musulmans. Il s’interrogea sur la difficulté de mettre fin à une guerre opposant deux nations partageant la même foi, alors que le message transmis depuis des siècles prônait précisément la fraternité entre musulmans.

Les quinze dignitaires présents, sept à la droite et sept à la gauche de l’imam Khomeini, répondirent successivement avoir entendu ce message. L’imam Khomeini conclut la rencontre en annonçant que la réponse de l’Iran serait communiquée à la délégation guinéenne.

Cette médiation demeure l’une des plus grandes pages de la diplomatie guinéenne. Il considère que cette guerre, malgré sa violence, a pu être arrêtée grâce au dialogue mené par un petit pays musulman dirigé par Ahmed Sékou Touré, sans qu’un accord de paix formel ne soit signé.”