Hépatite B en Guinée : transmission, symptômes, risques et moyens de prévention, selon Dr Édouard Tolno

15 min de lecture

Souvent silencieuses mais potentiellement mortelles, les hépatites virales continuent de faire des ravages à travers le monde et constituent un véritable défi de santé publique en Guinée. Modes de transmission, symptômes, risques de complications, dépistage, traitement et prévention : dans cet entretien accordé à Guinee360, le Dr Édouard Tolno, médecin généraliste au Centre médical communal de Ratoma, décrypte cette maladie qui touche le foie et appelle à une vigilance accrue face à l’hépatite B, la forme la plus répandue et la plus dangereuse dans le pays.

Guinee360 : C’est quoi l’hépatite?

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Dr Édouard Tolno : L’hépatite c’est l’inflammation aiguë ou chronique des cellules du foie. Quand nous rentrons maintenant dans le cadre des hépatites virales, c’est l’inflammation aiguë ou chronique des cellules du foie, provoquée par des virus classés par ordre alphabétique qu’on appelle A, B, C, D, E.

Et pourquoi ce classement par ordre alphabétique?

Cela dépend de la découverte de ces virus. Les premiers cas de virus ont été découverts dans les années 70, notamment le virus A et B, alors que les autres types de virus, notamment C et E, ont été découverts dans les années 90. Spécifiquement, dans le cadre des hépatites virales, c’est l’inflammation aiguë ou chronique des cellules du foie causée par des virus qu’on appelle le virus A, B, C. C’est pour cela qu’on parle d’hépatite virale A, B, C, D et E.

Pourquoi l’hépatite est considérée comme étant un problème de santé publique ?

C’est parce que c’est des maladies actuellement qui sont très fréquentes de par le monde. L’année dernière, l’OMS a estimé que près de 2 milliards de personnes étaient infectées à travers le monde. Ensuite, il concerne par exemple l’hépatite B. Parmi ces 2 milliards, il y a près de 254 millions de personnes qui développent la forme chronique, qui étaient des porteurs chroniques ayant participé à la dissémination du virus A à travers le monde. Sur les 254 millions de personnes, près de 1,1 million de personnes en sont décédées par leurs complications. Pour le cas de l’hépatite C, près de 71 millions de personnes en sont des porteurs chroniques dont près de 400 000 en sont décédées. Donc, rien qu’à travers ces chiffres, on voit ici que l’hépatite virale doit être considérée comme un réel problème de santé publique.

Comment contracte-t-on l’hépatite ?

La contamination dépend du type d’hépatite et s’établit à deux niveaux : soit par voie oro-fécale, soit par contact direct avec une personne infectée. Les hépatites A et E se transmettent par voie oro-fécale, notamment par l’eau sale, l’eau contaminée ou des aliments contaminés. L’hépatite E est principalement liée à l’eau contaminée, ce qui en fait des maladies d’origine fécale. En revanche, les hépatites B, C et D ne suivent pas ce mode de transmission. Elles se transmettent par le sang, les rapports sexuels ou de la mère à l’enfant. L’hépatite B peut être contractée lors des rapports sexuels, des transfusions sanguines, par des objets contaminés comme les rasoirs ou les seringues, ou encore lors de pratiques comme les tatouages, les scarifications ou l’usage d’instruments non stérilisés. La transmission mère-enfant peut survenir pendant la grossesse, l’accouchement ou l’allaitement.

L’hépatite C se transmet essentiellement par voie sanguine, notamment à travers les seringues non stériles, la toxicomanie intraveineuse, les tatouages ou les produits sanguins non traités. Les transmissions sexuelle et mère-enfant existent mais restent très rares. L’hépatite D, quant à elle, est un virus satellite de l’hépatite B et suit les mêmes modes de transmission.

Quelle est la forme la plus grave et la plus fréquente en Guinée ?

La forme la plus fréquente et la plus grave est l’hépatite virale B. Elle est largement répandue dans le monde selon les données de l’OMS et particulièrement présente en Guinée. Elle est également très dangereuse car elle est environ 100 fois plus contagieuse que le VIH.

Quels sont les premiers symptômes de l’hépatite ?

Les symptômes sont généralement les mêmes pour tous les types d’hépatite. Ils ressemblent à un syndrome grippal avec fièvre, frissons, courbatures, douleurs articulaires, fatigue et perte d’appétit. On peut aussi observer des maux de tête, des vertiges, des vomissements et des douleurs abdominales. À la phase aiguë, un ictère apparaît, appelé jaunisse, caractérisé par une coloration jaune des yeux et parfois de la peau. (…) Le diagnostic est difficile car les symptômes ressemblent à ceux du paludisme ou d’une grippe, ce qui entraîne parfois des erreurs diagnostiques. De plus, les signes cliniques sont similaires pour toutes les hépatites virales, la différence se faisant surtout par l’évolution de la maladie.

Quelles hépatites deviennent chroniques ?

Les hépatites A et E ne deviennent jamais chroniques et guérissent généralement de façon spontanée. En revanche, les hépatites B, C et D peuvent évoluer vers une forme chronique après une phase aiguë d’environ six mois. Cette évolution peut durer plusieurs années et conduire à des complications graves comme la cirrhose ou le cancer du foie.

Quelles sont les conséquences de l’hépatite ?

L’hépatite peut entraîner des conséquences importantes sur le plan socio-économique, car le malade ne peut plus exercer ses activités normales. Sur le plan médical, les formes chroniques des hépatites B, C et D peuvent évoluer vers la cirrhose ou le cancer du foie, nécessitant parfois une greffe hépatique, qui reste complexe, coûteuse et difficile d’accès.

Quels sont les risques chez la femme enceinte ?

Chez la femme enceinte, l’hépatite virale peut provoquer des complications graves comme les fausses couches, les accouchements prématurés ou des problèmes chez le nouveau-né. L’enfant peut également être exposé au virus lors de la grossesse, de l’accouchement ou après la naissance.

Pourquoi le qualifie-t-on l’hépatite d’une maladie silencieuse ?

On peut contracter le virus et qu’on soit un porteur sain. On a le virus en soi, on ne développe aucun signe. Et cela peut se produire en plusieurs mois, voire même plusieurs années. Deuxièmement, même si on développait les signes, étant donné que nous sommes en zone d’endémie, parce que malheureusement, c’est une maladie qui est plus fréquente dans les pays tropicaux, le malade va commencer à développer les signes. Les médecins vont penser à tout sauf à l’hépatite. Donc, ils vont penser à d’autres maladies. Ce n’est que plus tard quand les signes persistent ou sont récurrents qu’ils vont penser à un problème d’hépatite virale.

Quels examens médicaux permettent de détecter une hépatite ?

Quand nous suspectons une hépatite virale, c’est un bilan sanguin que nous demandons. C’est une prise de sang. Nous demandons la sérologie virale. C’est cette sérologie qui va nous permettre de savoir le type d’hépatite. On peut demander d’autres examens pour voir s’il n’y a pas d’autres complications. Surtout quand il y a l’ictère (communément appelé “jaunisse”, est un signe clinique caractérisé par une coloration jaunâtre de la peau, des muqueuses et du blanc des yeux), on peut demander la bilirubine totale, directe ou indirecte. Quand nous suspectons un cancer du foie, on peut demander l’alpha-foetoprotéine. À titre d’imagerie, on peut demander l’échographie du foie. On peut aller même jusqu’au scanner, si cela s’impose.

La Guinée dispose-t-elle aujourd’hui des équipements nécessaires pour diagnostiquer correctement cette maladie ?

Effectivement, pour le diagnostic de l’hépatite virale, c’est assez simple. Il s’agit d’une prise de sang qui permet de déterminer s’il s’agit d’une hépatite B ou d’une hépatite C, qui sont les formes les plus graves. Mais la simple présence du virus dans le sang ne suffit pas. Il faut aller plus loin, car avant de mettre un patient sous traitement, il est indispensable de connaître la charge virale. En effet, la prise en charge dépend de plusieurs protocoles : certains patients sont traités, d’autres non. Lorsque la charge virale est faible, on peut laisser l’organisme lui-même contrôler l’infection, surtout si le patient est immunocompétent. Son système immunitaire peut alors développer des anticorps spécifiques capables de maîtriser le virus. En revanche, lorsque la charge virale est élevée, un traitement est nécessaire. Pour déterminer cette charge virale, des examens spécifiques sont requis, notamment ceux permettant d’analyser l’ADN du virus de l’hépatite B. Aujourd’hui, certains laboratoires réalisent ces analyses sur place. Tous les laboratoires ne sont pas équipés pour effectuer le diagnostic complet de l’hépatite B ou C, mais la charge virale peut être mesurée localement. Ainsi, il n’est plus nécessaire d’envoyer les patients à l’étranger pour connaître la charge virale ou mettre en place un traitement : ces examens sont désormais disponibles sur place.

Existe-t-il un traitement efficace contre l’hépatite?

La réponse se trouve à deux niveaux. Au premier niveau, il n’y a pas de médicament spécifique contre le virus, quel que soit le type de virus. De l’hépatite A jusqu’au niveau de l’hépatite E. Le traitement est symptomatique avant tout. Le second niveau, l’hépatite virale B et C, qui sont les plus dangereuses, il existe des médicaments qu’on appelle des ARV, des antirétroviraux. C’est tout pour le cas de l’hépatite B. Il y a des médicaments qu’on appelle, par exemple, la technophobie ou l’anté cavité qu’on peut donner aux malades. Mais il faut préciser que ce traitement à la longue peut donner une guérison fonctionnelle. Je mets ça entre guillemets. Il peut arriver un moment où le malade, après plusieurs mois ou plusieurs années d’utilisation des médicaments, il arrive qu’on trouve que la charge virale est indétectable. Mais ça ne veut pas dire qu’il s’est débarrassé de la maladie. Le virus va toujours rester quelque part. Même si la charge virale et le virus sont indétectables, si vous attendez quelques mois, trois ou six mois après, vous allez voir que le virus revient encore, c’est une maladie qu’on doit surveiller. Quand l’hépatite virale B est aiguë, il y a beaucoup de personnes qui peuvent éliminer le virus et empêcher d’évoluer vers la phase de chronicité. Mais une fois qu’ils sont à la phase chronique, il est très difficile de s’en débarrasser. Maintenant, ce n’est pas le cas avec l’hépatite C. L’hépatite C aussi, à la phase aiguë, la personne peut se débarrasser du virus.

Mais quand elle est à la phase chronique, selon la statistique, 45 % des malades peuvent être traités. Parce qu’il y a les antiviraux à action directe qu’on peut donner, par exemple le Ledipasvir et le Sofosbuvir. C’est des médicaments qu’on peut donner à ces malades pour pouvoir traiter l’hépatite virale C. Au bout de 3 mois de traitement, entre 8 et 12 semaines, le malade peut être complètement traité. Dans 55 % des cas, ça rejoint le cadre de l’hépatite virale B. Donc ça veut dire qu’on ne peut pas guérir complètement de l’hépatite. En général, on ne peut pas guérir complètement de l’hépatite virale.

Parce que tu parles du traitement, il faut aussi parler de prévention. Il y a des vaccins qui existent qui peuvent nous permettre de nous promener afin de ne pas contracter, par exemple, le virus de l’hépatite A ou de l’hépatite B. Parce que les vaccins existent pour ces deux types de virus. L’hépatite virale A et le virus B. Mais le virus C et E, ça n’existe pas. Le vaccin pour l’hépatite B est valable pour l’hépatite D. Parce qu’il est toujours dit que l’hépatite D est un satellite du virus B. S’il y a un vaccin pour l’hépatite B, le même vaccin est valable pour l’hépatite D. Donc, pour l’hépatite A aussi, il y a le vaccin. Mais pour l’hépatite C, jusqu’à date, il n’y a pas de vaccin. Maintenant, pour l’hépatite E aussi, c’est à peu près la même chose.