La famille judiciaire guinéenne a présenté, ce jeudi 15 janvier 2026, ses vœux de Nouvel An au ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. La cérémonie s’est déroulée à la Cour d’appel de Conakry, en présence des principaux acteurs du système judiciaire.
Au-delà du caractère protocolaire, la rencontre a offert aux professionnels du droit l’occasion d’exposer leurs préoccupations, de formuler des revendications et de soumettre des recommandations destinées à améliorer le fonctionnement de l’appareil judiciaire.
S’exprimant au nom des greffiers, Mamadou Forè Oularé, président de l’Association des greffiers de Guinée, a rappelé le rôle central mais souvent discret des greffiers et secrétaires de greffe dans l’administration de la justice. Il a réaffirmé leur attachement au service public judiciaire, à la stabilité institutionnelle et au respect des principes républicains.
“Nous n’aspirons ni à l’escalade ni au blocage. Nous privilégions un dialogue franc, structuré et apaisé. La grève, lorsqu’elle est évoquée, ne constitue jamais une fin en soi ; elle demeure un ultime recours, exercé dans la légalité et avec un sens élevé de la responsabilité”, a-t-il déclaré. Il a appelé à l’ouverture d’une “nouvelle dynamique de collaboration” avec le ministère, afin d’améliorer les conditions de travail, les rémunérations et le fonctionnement global de la justice, au bénéfice des justiciables.
De son côté, Alpha Saliou Barry, secrétaire exécutif du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), a pointé plusieurs dysfonctionnements institutionnels. Il a notamment dénoncé des nominations, affectations et mutations de magistrats opérées par décret sans que l’avis conforme du CSM ne soit systématiquement sollicité, en violation des textes en vigueur.
Il a également déploré que “les décisions disciplinaires rendues par le Conseil ne soient pas toujours prises en compte dans la gestion des carrières”, une situation qui, selon lui, affaiblit l’autorité morale et institutionnelle de l’organe. À ces manquements s’ajoute la réduction de moitié du budget du CSM en 2025, compromettant la tenue régulière de ses sessions et son fonctionnement normal. Le Conseil recommande notamment “le respect strict de son avis conforme, la prise en compte effective de ses décisions et la revalorisation de sa subvention”.
En réponse, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Yaya Kaïraba Kaba, a assuré avoir pleinement pris en compte les préoccupations et recommandations exprimées par la famille judiciaire. “Les textes seront appliqués dans le strict respect de leur esprit et de leur lettre, dans une démarche de concertation et de collaboration institutionnelle”, a-t-il affirmé.
Le garde des Sceaux a précisé que le renforcement de la formation des magistrats et des greffiers, l’exécution effective des décisions de justice et la lutte contre la corruption figurent parmi les priorités de son département pour l’année 2026. Il a enfin insisté sur la volonté du gouvernement de conduire les réformes “ni contre vous ni sans vous, mais avec vous”, dans un cadre de dialogue institutionnalisé et loyal.

