Face à la multiplication des plaintes liées à la vente de carburant de mauvaise qualité en Guinée, l’Union des Consommateurs de Guinée (UCG) a récemment tiré la sonnette d’alarme. Des usagers affirment avoir subi d’importants dommages mécaniques après s’être approvisionnés dans certaines stations-service, relançant une problématique récurrente qui touche directement le quotidien des consommateurs. Dans cet entretien accordé à Guinée360, le président de l’UCG et membre de l’Organisation africaine des Consommateurs (OAC), Ousmane Keita, revient sur l’origine des alertes reçues, l’évolution de la liste des stations mises en cause et les causes potentielles de cette situation. Il évoque notamment des dysfonctionnements possibles dans la chaîne de transport et de distribution du carburant.
Guinée360 : Vous avez récemment publié un communiqué mettant en cause certaines stations-service pour la vente de carburant impropre à la consommation. Pouvez-vous nous apporter des précisions sur cette information ?
Ousmane Keita : Tout d’abord, je tiens à remercier votre équipe pour l’occasion qu’elle nous donne de pouvoir nous exprimer sur ce sujet qui relève d’une problématique qui touche le quotidien des Guinéens. C’est à travers votre canal que nous pourrons nous faire entendre par des milliers de Guinéens sur toute l’étendue du territoire. Nous avons été contactés par un consommateur qui s’était plaint d’une situation d’essence qui lui aurait été vendue avec du carburant mélangé à de l’eau et qui, au bout du compte, a endommagé son moteur. Par la suite, c’est-à-dire deux jours après, nous avons reçu des plaintes de deux autres consommateurs, et ainsi de suite.
Vous avez évoqué huit stations concernées. Cette liste a-t-elle évolué depuis la publication du communiqué ?
Oui, la liste a évolué, même si les plaintes ont commencé à se faire rares.
Ce n’est pas la première fois que des alertes sont lancées sur la mauvaise qualité du carburant en Guinée. Selon vous, pourquoi ce problème persiste-t-il ?
Effectivement, nous avons en souvenir qu’il y avait un moment où beaucoup de véhicules, de bateaux et des motos avaient été touchés par du carburant de mauvaise qualité servi au niveau des stations d’essence. Jusqu’à ce jour, nous estimons que nous avons affaire aux stations-services qui sont en fait nos interlocuteurs directs. Et c’est à ces stations de nous donner des explications. C’est elles qui nous fournissent, pas la SONAP. Jusqu’à ce jour, elles n’ont donné aucune information publique, sauf erreur de notre part. Je puis vous confirmer que cela sera fait dans les plus brefs délais, vu que nous y travaillons jusqu’à ce jour.
Avez-vous identifié les causes profondes de cette situation ?
Nous avons rencontré, le lundi après-midi, une équipe de la Direction de la SONAP avec qui nous avons eu une séance de travail. Voici ci-dessous les raisons qui ont été évoquées officiellement par la SONAP. À ce jour, il n’y a pas de dépôt, comme nous le savons. Le carburant est donc déchargé directement dans les camions qui, à leur tour, transportent l’essence jusqu’à destination finale. C’est donc à ce niveau que le problème se pose, c’est-à-dire entre les camions de transport et le distributeur (c’est-à-dire les stations d’essence).
Tenez, dans nos échanges francs et directs, la SONAP nous a expliqué pourquoi nous avions, par moments, des interruptions momentanées dans la desserte de carburant au niveau des stations. À ce niveau, la Direction de la SONAP nous a expliqué que, vu la congestion du port, il leur arrive de débrancher les bateaux de carburant pour laisser la place à d’autres navires. Vu que l’essence est livrée directement du bateau vers les camions-citernes, cette interruption crée, en tout état de cause, des ruptures au niveau de la distribution. C’est pour cette raison que les consommateurs rencontrent, à certains moments, des interruptions dans la distribution d’essence. En gros, ce n’est pas à cause d’un manque d’essence sur l’étendue du territoire.
Avez-vous échangé avec les autorités compétentes à ce sujet ? Si oui, quels ont été les points abordés lors de ces échanges?
Le lundi 29 passé, nous avons effectivement rencontré les autorités de la SONAP qui nous ont dit avoir pris la pleine mesure de la situation et des actions sont prises pour contrôler les stations identifiées par les consommateurs. Dès après ces contrôles, des mesures seront prises.
Quelles garanties vous ont-elles apportées face à cette problématique ?
La SONAP nous a toutefois rassurés que le stock de carburant en sa possession est de qualité, vu qu’elle soumet son stock au contrôle de la SGS qui, à son tour, valide la qualité du produit avant sa mise sur le marché. Et il faut signaler que la SGS est reconnue à l’international et a une expertise avérée en matière de contrôle.
Quelles solutions concrètes envisagez-vous pour mettre un terme à cette situation ?
Nous avons décidé, de commun accord avec la SONAP, d’accepter de nous laisser la porte ouverte pour des rencontres périodiques pour remonter directement les informations du terrain pour une prise en main rapide de nos préoccupations. Nous ferons un compte rendu périodique avec l’ensemble des consommateurs sur nos échanges avec la SONAP. Encore une fois, nous appelons les consommateurs au calme et à la sérénité. Cette rencontre avec la SONAP nous a vraiment montré qu’elle a pris nos préoccupations en compte.
