La Guinée entend accélérer le développement de sa filière avicole afin de réduire sa dépendance aux importations de viande de volaille. À l’occasion de la présentation officielle de la Stratégie nationale de développement de la filière avicole, le ministre de l’Élevage, Félix Lamah, a appelé l’État, les investisseurs ainsi que les partenaires techniques et financiers à unir leurs efforts pour concrétiser cette ambition.
Dans son allocution, le ministre a estimé que le pays se trouvait à « un tournant majeur » pour l’avenir de la filière. Selon lui, la Guinée a engagé « la refondation d’un secteur vital pour l’avenir de la République de Guinée » à travers une stratégie de développement de la filière avicole à l’horizon 2035, adossée à la refondation du Fonds national de développement de l’élevage (FONDEL).
Malgré un potentiel jugé important, Félix Lamah a déploré la forte dépendance du pays vis-à-vis des importations de volaille. « 95 % de notre viande de poulet provient d’importations congelées alors que nos éleveurs croulent sous les pressions sanitaires et le coût de l’aliment », a-t-il regretté. Selon lui, la Guinée importe chaque année plus de 70 000 tonnes de volailles congelées, principalement en provenance d’Europe, du Brésil et des États-Unis. Une situation qui, d’après le ministre, fragilise les producteurs locaux et freine la création d’emplois dans le secteur.
Face à ce constat, le ministre a plaidé pour la mise en œuvre de mesures de protection en faveur de la filière nationale. « La protection progressive de notre filière avicole nationale ne constitue pas une fermeture économique ou un repli protectionniste stérile. C’est une politique agro-industrielle nationale, stratégique, légitime et indispensable », a-t-il affirmé. Il a également rappelé que « tous les grands pays qui disposent aujourd’hui d’une industrie avicole forte ont, à une étape de leur histoire économique, mis en place des mécanismes temporaires de protection. »
Félix Lamah s’est par ailleurs montré optimiste quant aux perspectives de développement du secteur. « La Guinée est prête. Nos investisseurs nationaux sont engagés. Notre main-d’œuvre est jeune. Nos capacités zootechniques sont en nette amélioration », a-t-il déclaré. L’objectif, a-t-il ajouté, est non seulement de répondre à la demande nationale, mais aussi de positionner la production guinéenne sur les marchés de la sous-région, notamment en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée-Bissau.
Afin de garantir des débouchés à la production nationale, le ministre a invité les administrations publiques, les entreprises privées ainsi que les établissements hôteliers à privilégier le poulet produit localement. « Produire localement et réduire significativement les importations, atteindre l’autosuffisance avicole à l’horizon 2030… soutenir nos champions locaux par des mesures de protection et d’incitation à la consommation des produits avicoles locaux », a-t-il plaidé.
Dans cette même dynamique, Félix Lamah a insisté sur la nécessité de donner l’exemple au sommet de l’État. « Désormais, à la présidence de la République, ne sont commandés que du poulet local ici. Qu’à la primature, que nous ne retrouvions plus dans nos assiettes du poulet importé, que dans nos cantines, dans nos hôtels, qu’il y ait du poulet local, produit localement par nos aviculteurs locaux. »
À travers cette stratégie, les autorités ambitionnent de renforcer la souveraineté alimentaire du pays, de stimuler les investissements dans la filière avicole et de créer davantage d’emplois tout en réduisant progressivement la facture des importations de volailles.

