La guerre au Yémen a depuis longtemps dépassé ses propres frontières. Mais selon une étude publiée le 24 août 2026 par la Century Foundation, les Houthis ont franchi un nouveau cap : faire de leur bastion yéménite une rampe de lancement pour étendre leur emprise vers la mer Rouge et la Corne de l’Afrique. Au centre de ce projet d’expansion se trouve une main-d’œuvre particulièrement vulnérable : les milliers de migrants africains qui traversent le pays.
Dans leur rapport intitulé “From Spoke to Hub: The Houthis in Africa”, les chercheurs Peter Salisbury, Nadwa Al-Dawsari et Jay Bahadur décrivent une mécanique bien rodée. Depuis le début des années 2020, le mouvement rebelle exploite l’une des routes migratoires les plus empruntées au monde, celle qui relie l’Afrique de l’Est aux monarchies du Golfe. En prenant le contrôle des réseaux de passeurs, les Houthis ont rapidement transformé la communauté africaine installée à Sanaa en un véritable bassin de recrutement.
Sur place, la méthode s’appuie sur la cooptation. Le groupe rebelle sollicite des chefs communautaires africains, les aqils, pour repérer de jeunes migrants arabophones. La promesse est simple : de l’aide matérielle (nourriture, gaz de cuisine) et la possibilité de faire venir leurs proches. Après six semaines d’endoctrinement et de formation militaire, ces recrues intègrent l’appareil houthi.
Une fois formés, les profils se diversifient. Certains sont envoyés directement sur le front, tandis que d’autres prennent les commandes de réseaux de contrebande, notamment de stupéfiants vers la frontière saoudienne, sous la protection des cadres du mouvement. Comme le confirme le témoignage d’un ancien responsable communautaire de Sanaa cité par les chercheurs : « Beaucoup de ces Africains sont aujourd’hui devenus des rouages essentiels du système houthi. »
Mais le volet le plus audacieux reste le renseignement. Une partie de ces recrues est renvoyée dans son pays d’origine avec une double mission : infiltrer les milieux locaux pour collecter des informations et recruter de nouveaux profils. Le réseau migratoire s’inverse alors, devenant un canal d’infiltration vers le continent africain.
Jusqu’ici considérés comme de simples affiliés de l’« Axe de la résistance » parrainé par Téhéran, les Houthis cherchent clairement à s’imposer comme un hub autonome dans le golfe d’Aden. Bien que les auteurs du rapport restent prudents quant à l’ampleur exacte de ces connexions, le constat reste sans appel : les flux migratoires de la mer Rouge ne sont plus seulement une crise humanitaire, mais une arme de projection politique et militaire.

