Accusés de violation de l’espace aérien guinéen, d’atterrissage non autorisé sur le territoire national et d’atteinte à la défense nationale, le Brésilien Mendoca Gama Reins Kelton ainsi que les Américains Fabio Nicola Espinal Nunez et Bradley Scott Schlenkers ont comparu ce mercredi 20 mai 2026 devant le Tribunal de première instance de Mafanco.
Les faits remontent à la nuit du 29 au 30 décembre 2025, au lendemain de l’élection présidentielle en Guinée. Les prévenus voyageaient à bord d’un aéronef privé en provenance de l’étranger lorsqu’ils ont survolé puis atterri à Conakry. Selon leurs déclarations à la barre, cette escale avait uniquement pour objectif de ravitailler l’appareil en carburant avant de poursuivre le voyage vers Dubaï.
À la barre, l’entrepreneur agricole Gama Reins, résidant au Suriname, en Amérique du Sud, a affirmé n’avoir joué aucun rôle dans le pilotage de l’appareil. « Je ne suis pas pilote. J’étais juste un simple passager en compagnie de ma famille et je ne connais pas trop le code de l’aviation civile guinéenne. Ils ont autorisé mes deux amis à atterrir parce qu’ils communiquaient avec les autorités aéroportuaires », a-t-il expliqué.
Le prévenu soutient que l’avion n’avait pas pour destination finale la Guinée. « On n’est pas venu en Guinée pour rester. On a juste atterri pour prendre du carburant et repartir. L’objectif, c’était de passer deux nuits puis de continuer sur Dubaï. Nous avons reçu une autorisation verbale », a-t-il insisté.
Interrogé par le parquet sur les conditions dans lesquelles cette autorisation aurait été obtenue, Gama Reins a répondu : « J’étais présent parce que le pilote avait activé le haut-parleur avec la tour de contrôle pour nous autoriser à atterrir. »
À la question de savoir si Conakry figurait dans leur itinéraire, le prévenu a affirmé que l’escale était prévue dans le plan de vol. « Conakry était prévu pour une escale. Le plan de vol a été donné par l’aviation civile », a-t-il déclaré.
Il reconnaît toutefois ignorer certaines procédures administratives liées à l’atterrissage. « Le plan de vol ou la société qui a loué l’avion devait envoyer la demande au pays pour approbation. Le plan de vol a été approuvé par la Guinée, sinon nous n’aurions pas atterri », a-t-il indiqué avant d’ajouter : « L’avion ne pouvait pas faire 14 heures de vol. On est descendus parce qu’on devait prendre du carburant et se reposer avant de repartir. »
Très affaibli, Bradley Scott Schlenkers a sollicité la clémence du tribunal. « Je demande qu’on nous libère pour me permettre de me traiter. Mes enfants ont perdu l’année. Pensez à ma santé s’il vous plaît Monsieur le juge », a-t-il plaidé.
De son côté, Fabio Nicola Espinal Nunez, de double nationalité dominicaine et américaine, a lui aussi nié toute violation de l’espace aérien guinéen. « Avant l’atterrissage, on avait déjà le plan de vol et nous avons été autorisés à nous poser sur le sol guinéen », a-t-il relaté, tout en décrivant une arrivée particulièrement tendue à l’aéroport de Conakry.
« Quand on a atterri, on a vu un contingent d’hommes de sécurité pointant les armes dans notre direction. Ils ont fouillé l’intérieur de l’avion trois fois avec des chiens de sécurité. Après les fouilles, ils n’ont rien trouvé dans l’avion », a-t-il déclaré.
Fabio Nicola Espinal Nunez soutient également n’avoir jamais entendu parler d’un numéro spécifique d’atterrissage. « Personnellement, je n’ai jamais entendu qu’il fallait un numéro d’atterrissage. Dans tous les aéroports, il est obligatoire de demander la permission à la tour de contrôle avant d’atterrir », a-t-il expliqué.
Selon lui, la Guinée figurait bien dans leur itinéraire aérien. « Moi, je ne suis qu’un simple copilote. Je me focalise juste sur ce que me dit ma hiérarchie et la Guinée faisait partie de notre plan de vol », a-t-il ajouté.
Le troisième prévenu, également pilote, Bradley Scott Schlenkers, a détaillé les circonstances du voyage vers Dubaï. « Avant le départ, le plan de vol était déjà établi. Monsieur m’a dit qu’il voulait aller à Dubaï, mais je lui ai expliqué qu’on ne pouvait pas y aller directement et qu’il fallait trouver un pays pour prendre du carburant », a-t-il déclaré.
Il affirme que toutes les formalités avaient été accomplies avant le décollage. « Le jour suivant, nous sommes allés à l’aéroport. Ils ont préparé tous les détails, y compris le plan de vol. Une fois sur le territoire guinéen, nous avons demandé l’autorisation d’atterrir. La tour de contrôle nous a demandé si nous avions un numéro d’autorisation d’atterrissage. J’étais surpris parce que dans aucun aéroport on ne m’avait demandé cela », a-t-il expliqué.
Le prévenu affirme que, quelques minutes plus tard, les autorités aéroportuaires lui ont donné le feu vert. « Après quatre minutes d’attente, ils nous ont autorisés à atterrir en nous donnant une direction à suivre. Avant d’atterrir, j’ai demandé deux fois si nous étions autorisés à nous poser. S’ils nous avaient dit non, nous serions partis vers un autre pays », a-t-il soutenu.
Il a également évoqué le dispositif sécuritaire déployé après l’atterrissage. « Une fois au sol, nous avons vu un contingent d’hommes armés. Ils ont fouillé tout l’avion », a-t-il déclaré.
Face aux déclarations des prévenus, le ministère public a insisté sur la nécessité d’éclaircir les procédures aériennes appliquées dans cette affaire. « Nous parlons ici d’une violation aérienne. Nous avons besoin de spécialistes pour déterminer s’il y a effectivement eu violation », a déclaré le procureur, avant de demander la comparution d’un agent de la tour de contrôle.
Une demande rejetée par le juge. « L’audition d’autres personnes n’est pas nécessaire. Le débat est clos. Place aux réquisitoires et aux plaidoiries », a tranché le président du tribunal.
Dans ses réquisitions, le ministère public a rappelé que la Guinée est signataire de la Convention de Chicago de 1944 relative à l’aviation civile. « La Guinée n’est pas un pays isolé », a soutenu le parquet.
Le procureur a demandé au tribunal de retenir les trois prévenus « dans les liens de la prévention de violation de l’espace aérien » et de les condamner à « un an d’emprisonnement et au paiement de deux millions de francs guinéens chacun ».
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont dénoncé les conditions de l’interpellation de leurs clients. « Ils ont été arrêtés de manière spectaculaire, avec des armes braquées sur eux à leur descente d’avion. Ce procès ne fait pas la fierté de la Guinée », a déclaré l’un des avocats de la défense.
Les conseils ont plaidé la relaxe pure et simple des trois prévenus et demandé « la levée des mesures prises contre l’aéronef », « la restitution des cautions déjà versées » ainsi que « le retour des documents de voyage des prévenus ».
L’affaire a été renvoyée au vendredi 22 mai pour la suite de la procédure.

