Sous le soleil encore clément de la matinée, le marché du bois de Bonfi s’anime comme chaque jour. Entre les piles de planches, les voix des femmes résonnent, mêlées à l’odeur du bois fraîchement scié et à celle du labeur quotidien. Ce mardi 20 janvier 2026, soit 72 heures après l’investiture du président Mamadi Doumbouya, ces commerçantes, piliers de la filière locale, ont tenu à réagir à l’annonce d’un mandat présidentiel dédié aux femmes.
Sur place, l’espoir est réel, mais il s’accompagne d’attentes précises. Pour Fatou Sylla, vendeuse de bois, la priorité reste l’éducation. À ses yeux, aucun développement durable n’est possible sans une école stable et fonctionnelle. « La première des choses que nous demandons au président, c’est de faire de l’éducation une priorité. Nous ne voulons plus de grèves qui perturbent les cours, comme cela a été le cas récemment. Nos enfants doivent étudier dans de bonnes conditions pour devenir les futurs cadres de ce pays », plaide-t-elle.
Elle interpelle également l’État sur la régulation de la filière bois, principale source de revenus pour ces femmes. « Les prix changent tout le temps, sans raisons valables. Il faut que ce secteur soit réglementé », ajoute-t-elle.
Un peu plus loin, Tenin Samoura, elle aussi commerçante, partage ce mélange d’espoir et d’exigence. Si elle se réjouit de voir Mamadi Doumbouya à la tête du pays, elle attend désormais des actes concrets. « Puisqu’il a dédié son mandat aux femmes, qu’il pense d’abord à l’éducation de nos enfants. Nous faisons des efforts pour les scolariser, mais sans l’implication de l’État, ce ne sera pas suffisant », explique-t-elle. Elle dénonce par ailleurs les nombreuses tracasseries administratives dans la filière. « Même avec tous les papiers en règle, nos véhicules sont souvent bloqués. Les frais augmentent chaque jour et cela nous fatigue énormément. »
Assise sur une planche, le regard marqué par les années d’expérience, Koumba Diawara livre un témoignage empreint d’émotion. « Notre travail consiste à chercher du bois et à le vendre pour nourrir nos familles », confie-t-elle. Femme âgée, elle dit avoir traversé plusieurs régimes, de Sékou Touré à Alpha Condé, avant celui de Mamadi Doumbouya. « Ce président, nous l’aimons. Qu’il continue son bon travail », affirme-t-elle, tout en appelant à davantage de compassion envers les femmes.
Elle décrit un quotidien devenu de plus en plus difficile : « Le stock que nous achetions à 500 000 francs est aujourd’hui à 1 million. Après l’achat, le transport et les frais de scie, le bénéfice par planche ne dépasse parfois pas 30 à 50 000 francs, juste de quoi acheter les condiments. »
Entre loyers à payer et enfants diplômés mais sans emploi, la charge est lourde. Koumba Diawara lance également un appel à l’apaisement. « Que Dieu guide le président vers des personnes capables d’apporter la paix en Guinée. Qu’il fasse ce que la majorité du peuple souhaite », conclut-elle.
Au nom de l’ensemble des vendeuses, Mbalia Conté, présidente des femmes vendeuses de bois de Bonfi, formule une doléance claire. « Nous demandons au président Mamadi Doumbouya de nous aider à obtenir des fonds de commerce pour développer nos activités. Nous souhaitons aussi que nos enfants puissent bénéficier des opportunités d’emploi, notamment dans le projet Simandou », plaide-t-elle.
À Bonfi, ces femmes disent avoir entendu le message du chef de l’État. Désormais, elles attendent que la promesse d’un mandat dédié aux femmes se traduise par des mesures concrètes, capables d’alléger leur quotidien et d’offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

