Les audiences correctionnelles se sont ouvertes ce mardi 19 mai 2026 devant le tribunal de première instance de Kaloum, à Conakry. Six dossiers figuraient au rôle du jour, dont celui opposant les prévenus Fodé Keïta et Mamadou Samba Diallo à la Banque Islamique de Guinée et à Ecobank Guinée, pour des faits qualifiés de “Faux et usage de faux, vol et complicité.”
Selon les éléments du dossier, Fodé Keïta, détenu depuis septembre 2025, est poursuivi par la Banque Islamique de Guinée et Ecobank Guinée pour avoir, en collaboration présumée avec d’autres acteurs, falsifié des pièces d’identité ainsi que des chèques au nom de certains clients. Ces documents auraient servi à effectuer des retraits frauduleux estimés à 180 millions de francs guinéens sur leurs comptes.
Concernant Mamadou Samba Diallo, ancien directeur adjoint de l’agence BIG de Madina, il comparaît libre. Il lui est reproché des faits de complicité alléguée par son ancien employeur.
À l’audience, la comparution d’Ibrahima Sory Youla, juriste senior et représentant d’Ecobank Guinée, a été contestée par Me Sylla, avocat de la Banque Islamique de Guinée. Celui-ci a sollicité du tribunal que cette comparution soit déclarée irrecevable. La présidente du tribunal a fait droit à cette demande, en application de l’article 2, alinéa 2, de la loi L014 encadrant la profession d’avocat en République de Guinée.
Poursuivant ses observations, Me Sylla a rappelé la reconnaissance des faits déjà intervenue lors d’une précédente audience. “Des lors que les faits sont suffisamment reconnus par le coupable Fodé Keïta et le complice Mamadou Samba Diallo ( ex directeur adjoint de la Banque Islamique de Matoto), nous demandons à ce que les 180 millions soustraits de façon frauduleuses à la Banque Islamique soient payés ainsi que les dommages et intérêts à hauteur de 100 millions.”
Dans ses réquisitions, le ministère public est revenu sur le mode opératoire présumé, notamment l’usage d’une fausse identité par Fodé Keïta. “Monsieur Fodé Keïta s’est fait passer pour Aboubacar Kondé, Kondé avec la lettre K, à travers une autre carte d’identité pour réussir son opération. Oui, il y a faux et usage de faux, la vérité a été altérée sur la carte d’identité. Il y a également faux en écritures de banque. Même au niveau des signatures, il y avait des problèmes.”
Le parquet a également évoqué l’implication présumée de Mamadou Samba Diallo. “Quant à Mamadou Samba Diallo, il a facilité la commission de cette infraction, c’est pourquoi il est poursuivi à cause sa participation à l’opération.”
S’appuyant sur ces éléments, le ministère public a requis deux ans d’emprisonnement contre les deux prévenus, assortis du paiement de dommages et intérêts au profit des parties civiles.
La défense de Mamadou Samba Diallo a, pour sa part, sollicité la relaxe pure et simple de son client. “On nous a fait croire ici que mon client a reçu 10 millions. Il n’a même pas mangé même 2 millions dans cette affaire. Il ne faut pas l’accuser à tort. Il est allé lui-même à la recherche de Fodé Keïta, jusqu’à le retrouver dans les locaux de la Direction générale de la police nationale, un jour. C’est ainsi qu’il a appelé les agents. Comment se peut-il qu’il soit condamné à 2 ans de prison ? Je vous demande madame la présidente de le renvoyer des fins de la poursuite.”
De son côté, Fodé Keïta, principal accusé, avait déjà reconnu les faits lors des précédentes audiences. À la barre, il a exprimé des regrets. “Je plaide la Banque Islamique de Guinée, ainsi que Ecobank de me pardonner. J’ai cinq enfants à nourrir aujourd’hui”, a-t-il déclaré, visiblement désemparé.
Mamadou Samba Diallo a également pris la parole pour sa défense. “L’erreur est humaine. Aujourd’hui, je reste à la disposition de la justice.”, a-t-il ajouté.
Le tribunal a renvoyé le délibéré au 16 juin 2026.

