Le procès pour abus de confiance et émission de chèques sans provision visant Me François Fana Bangoura, notaire, dans le litige qui l’oppose à Mohamed Lamine Soumah, s’est poursuivi ce lundi 18 mai 2026 devant le tribunal de première instance de Kaloum. L’audience, consacrée à la phase des questions, a été marquée par des échanges nourris entre les parties.
Dès l’ouverture, la parole a été donnée à la partie civile, représentée par Me Lansana Condé, qui a interrogé le mis en cause dans le cadre de la procédure. À la question de savoir si Mohamed Lamine Soumah lui avait effectivement remis plus de 6 milliards de francs guinéens pour l’acquisition d’un bien immobilier, l’accusé a catégoriquement nié : “Non, il m’a rien donné”, ajoutant que ses “preuves se trouvent à la DPJ”.
Interrogé sur d’éventuelles preuves de menaces émanant du plaignant, Me François Fana Bangoura a indiqué : “Elles sont dans mon téléphone. Il m’a envoyé des messages vocaux, suivies des menaces. Pour me dire : je suis avec les journalistes, ou encore j’arrive au département.”
La partie civile a ensuite enchaîné : “Est-ce que monsieur Soumah a la possibilité d’exécuter un mandat d’arrêt ?” L’accusé a répondu : “Il me faisait savoir qu’il était avec des agents ou encore des journalistes.”
À une question du parquet sur la portée des engagements signés, Me François Fana Bangoura a reconnu : “Oui je reconnais.”
La procureure Djènè Cissé a poursuivi : “vous maintenez que vous étiez sous la pression ?”, ce à quoi le notaire a répondu par l’affirmative.
À la barre, le plaignant Mohamed Lamine Soumah a présenté huit chèques bancaires qu’il affirme n’avoir jamais été provisionnés : “Il m’a donné plusieurs chèques sans provision. Une fois, devant la Sky Banque, les gendarmes ont menacé de m’arrêter, puisque chaque fois c’était la même chose.”
Interrogé sur les raisons pour lesquelles il aurait confié plus de 6 milliards GNF au notaire, il a expliqué : “Puisque je lui faisais vraiment confiance, surtout en sa qualité de notaire.”
Revenant sur les accusations de menaces, la procureure a interrogé le plaignant, qui a répondu : “Je ne l’ai pas menacé.” L’avocat de la défense, Me Facinet Soumah, a alors demandé : “A quel moment vous êtes venu voir Me François Fana muni d’un mandat d’arrêt?” Réponse du plaignant : “Je ne lui ai menacé avec aucun mandat d’arrêt.”
La défense a poursuivi : “Pourquoi vous avez laissé les banques classiques pour lui confier tout ce montant là ?” Le plaignant a répété : “Puisque je lui prenais pour un frère et ensuite, je lui faisais confiance surtout en sa qualité de notaire.”
Revenant sur les supposées menaces ayant conduit à la signature des actes d’engagement, la défense a sollicité des explications. Le plaignant a déclaré : “Quand je dis que je pars voir un procureur, ou que je pars au département, cela n’engage que moi. Le dernier message que je lui ai envoyé, je lui ai dit venez au tribunal.”
La partie civile a réagi aussitôt : “Que monsieur Soumah soit muni d’un mandat d’arrêt ou non, est-ce qu’il constitue une menace ? Parce qu’il n’est ni gendarme, ni un élément des forces spéciales.”
En réplique, la défense a lu des échanges WhatsApp entre les deux hommes, citant notamment : “Venez me voir à la maison” ou encore “Je suis avec le procureur”, qu’elle considère comme des éléments démontrant les pressions ayant conduit à la signature des engagements.
À l’issue des débats, l’affaire a été renvoyée au 8 juin 2026 à la demande de la défense, afin de permettre la production de nouvelles pièces.

