Orpaillage clandestin à Siguiri : Conakry défie Bamako et Ouagadougou et assume sa fermeté

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Alors que les autorités maliennes évoquent une catastrophe humaine à la frontière avec la Guinée et que le gouvernement burkinabè fait état de « blessés par balles parmi ses ressortissants ayant quitté Siguiri », Conakry campe sur ses positions. Le gouvernement guinéen assume sa décision de mettre fin à l’orpaillage clandestin, invoquant la nécessité de protéger l’environnement, tout en réaffirmant son attachement au panafricanisme et à la solidarité entre pays africains.

Face aux accusations d’expulsions massives d’orpailleurs étrangers, majoritairement burkinabè, après l’interdiction de l’exploitation clandestine de l’or dans la région de Siguiri, le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a tenu à clarifier la position de son pays.

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« Le panafricanisme dont on parle tant aujourd’hui sous des couleurs différentes est une et unique. Et le Président de la République de Guinée, son excellence le général Mamadi Doumbouya, le résume si bien pratiquement, en tant que soldat, il sait le dire de façon pratique. Il dit : « Le panafricanisme pour moi, c’est que je suis avec tous les pays africains. Celui qui attaque un pays africain, m’attaque et attaque la Guinée. » Clair et net », a-t-il déclaré.

Pour illustrer cet engagement, le chef de la diplomatie guinéenne est revenu sur la période où le Mali faisait face aux sanctions de la CEDEAO. Il a notamment rappelé le refus de Conakry de participer à l’isolement économique et financier de son voisin.

« Lorsque la CEDEAO avait pris à la gorge le frère du Mali pour asphyxier ce pays frère, économiquement, financièrement, socialement, politiquement, l’arme fondamentale qui a été utilisée, c’était de fermer, d’enfermer même ce pays. La Guinée, par la voix du Président Doumbouya, a dit : « Il n’est même pas question de poser ce problème en Guinée parce que la Guinée n’y pense pas, et je ne le ferai pas. » Il ne l’a pas fait, la Guinée ne l’a pas fait », a-t-il rappelé.

Mais sur la question de l’orpaillage clandestin, le discours du ministre se fait beaucoup plus ferme. Morissanda Kouyaté défend une décision qu’il présente comme une nécessité face aux dégâts environnementaux provoqués par cette activité, particulièrement dans la région de Siguiri.

« Du cyanure déversé pour chercher de l’or. Des machines que vous avez vues pour faire la déforestation, tout enlever, juste même dans les villes. Les animaux vous les avez vus. Combien de personnes sont hospitalisées à cause du cyanure ? (…) Nous allons nous battre pour respecter les normes environnementales avec le plus grand projet minier [Simandou], et des exploitants de l’orpaillage sauvage, que j’appelle sauvages, vont venir déséquilibrer cet effort du gouvernement, du peuple de Guinée et du Président de la République en allant détruire la forêt, en allant détruire nos eaux, en allant obstruer nos rivières. »

Le ministre a également évoqué les propos d’un jeune ressortissant burkinabè diffusés sur les réseaux sociaux. Une déclaration qu’il présente comme révélatrice, selon lui, de l’état d’esprit de certains acteurs de l’exploitation clandestine.

« Parce que nous n’accepterons jamais que la Guinée soit détruite. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Des clandestins, ils ne sont même plus de clandestins, employons les mots. Non, nous ne prenons pas, ne répétons pas, ce ne sont pas des clandestins. Vous avez vu les… vous avez vu l’image d’un jeune qui a dit : « Nous, on est venu pour creuser ici, détruire la terre de la Guinée, prendre ce qu’on a à prendre et aller construire chez nous. » Il n’est pas clandestin. Il l’a dit sur Facebook et TikTok. Et ceux-là n’ont pas de nationalité, ce sont des individus. »

Sans citer directement le président burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, Morissanda Kouyaté a ensuite rappelé que la lutte contre l’orpaillage sauvage ne concernait pas uniquement la Guinée. Il s’est appuyé sur des déclarations du dirigeant burkinabè pour défendre la légitimité de la décision prise par Conakry.

« Mais nous ne sommes pas le seul pays à interdire l’orpaillage sauvage. Un chef d’État africain l’a bien décrit. Il a dit que l’orpaillage sauvage, non seulement obstrue les cours d’eau, ferme les routes, dégrade l’environnement et pire, bouche les trous et même les ambulances ne peuvent pas passer. Les malades qui sont dedans meurent. Un chef d’État l’a dit. Alors, qui peut nous comprendre plus que ça ? »

Le chef de la diplomatie guinéenne a également révélé que plusieurs centaines d’étrangers avaient été interpellés lors d’opérations menées au début de l’année 2026 contre l’exploitation aurifère clandestine. Parmi eux figuraient notamment des ressortissants chinois, burkinabè et maliens.

« La première vague que nous avons eu ici, 249 Chinois qui ont été arrêtés pour cette exploitation sauvage, 409 Burkinabè, 66 Maliens. des Burkinabè, des Ivoiriens, des Togolais, des Ghanéens, des Nigérians, des Béninois, des Vietnamiens, des Indiens, des Léonais, des Camerounais, qui participent à la destruction de la nature de façon incontrôlée. Ils ont été arrêtés », a-t-il indiqué.

Morissanda Kouyaté a toutefois précisé que les personnes interpellées avaient été poursuivies avant d’être finalement libérées et remises à leurs représentants diplomatiques, sur instruction du chef de l’État. Une décision qu’il présente comme une manifestation de la solidarité africaine défendue par les autorités guinéennes.

« Bon, on leur a dit : « Nous sommes des frères, ils sont sous le coup des infractions, mais la fraternité, l’africanité de la Guinée est au-dessus de toutes les lois. Prenez-les, ce sont nos frères, ce sont nos sœurs, ils sont partis. » Il n’y a rien. Juillet, parce qu’ils sont là, permanemment. Juin, juillet. Maintenant, on est août, septembre. Septembre, ceux qui ont été renvoyés paisiblement, non poursuivis, c’est comme s’ils étaient allés chercher d’autres. Ils ont réenvahi Siguiri et la Guinée. Ils sont venus par centaines et par milliers. Ils ont recommencé parce qu’ils ont confondu le panafricanisme président, le panafricanisme de la Guinée, ils l’ont confondu à la faiblesse. Ils ont cru que nous étions un pays faible. »

À travers cette sortie, Conakry entend ainsi dissocier deux questions : son attachement à la solidarité entre États africains et sa volonté de faire respecter les règles sur son territoire. Pour les autorités guinéennes, le panafricanisme ne saurait justifier la poursuite d’activités minières illégales au détriment de l’environnement et des populations locales. Une ligne de fermeté qui intervient alors que les tensions autour du départ des orpailleurs étrangers continuent d’alimenter les échanges entre Conakry, Bamako et Ouagadougou.