Interdiction de l’orpaillage à Siguiri : réaction du président de l’association des Burkinabè de Guinée

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L’interdiction de l’orpaillage illégal dans la région de Siguiri continue de susciter des réactions, notamment au sein de la communauté burkinabè vivant en Guinée. Sur les réseaux sociaux, certaines voix dénoncent une possible stigmatisation des ressortissants burkinabè et évoquent même une chasse aux étrangers. Face à ces inquiétudes, Roland Jean Didier Lankoandé, président de l’Association des ressortissants burkinabè vivant en Guinée, appelle à s’en tenir aux décisions officielles des autorités guinéennes et à ne pas céder aux rumeurs. Dans un entretien accordé à Guinée360, il insiste sur le respect des lois du pays et récuse toute interprétation faisant état d’une chasse aux étrangers. Il évoque également la nécessité d’accompagner les jeunes concernés par cette interdiction afin de leur permettre de regagner dignement leurs villages.

Guinée360 : Les autorités guinéennes ont décidé d’interdire l’orpaillage illégal dans la région de Siguiri. Quelle est votre réaction, en tant que représentant de la communauté burkinabè vivant en Guinée ?

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Roland Jean Didier Lankoandé : Je ne peux pas réagir à une décision de l’État. Même un pays tiers ne peut pas venir contester ce que la Guinée décide. La Guinée est un pays indépendant. Elle prend ses décisions de manière souveraine.

Certains estiment que cette mesure vise particulièrement les ressortissants burkinabè qui travaillent dans le secteur de l’orpaillage. Avez-vous reçu des témoignages de membres de votre association qui se sentiraient directement concernés ?

Ce qui est officiel, c’est que l’orpaillage artisanal est interdit. Il n’y a pas de commentaire particulier à faire. Quand une activité est interdite, cela signifie que même les Guinéens ne peuvent plus l’exercer. D’ailleurs, hier, des Guinéens ont été sanctionnés pour avoir cautionné ou laissé faire certaines pratiques. Alors, qu’est-ce que je peux dire de plus ? S’il y a des Burkinabè concernés, on ne peut rien dire : c’est la loi. Toute personne qui vit dans un pays, que ce soit dans son propre pays ou à l’étranger, doit respecter les lois de ce pays.

Contrairement à certaines interprétations relayées sur les réseaux sociaux, estimez-vous qu’il n’y a pas lieu de parler de ciblage des ressortissants burkinabè ?

Vous-même, vous parlez des réseaux sociaux. Chacun y dit ce qu’il veut. Nous, nous nous en tenons à ce qui est officiel. Officiellement, personne n’a dit que les étrangers étaient chassés. On a dit que l’orpaillage était interdit. Si tu fais de l’orpaillage, va exercer une activité légale. Si on te dit que c’est interdit, mets-toi en règle. Si tu veux exploiter l’or, va chercher ton permis et viens exploiter. Personne ne va t’en empêcher. Vous savez, on ne peut pas suivre tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Si nous devions prendre au sérieux toutes les informations qui y circulent, cela voudrait dire qu’on ne pourrait plus vivre. Parfois, les gens annoncent même qu’il y a un tremblement de terre à Conakry, alors qu’il n’y en a pas. Que voulez-vous qu’on fasse ? Chacun dit ce qu’il veut.

Certaines réactions évoquent un principe de réciprocité et dénoncent une prétendue chasse aux ressortissants burkinabè vivant en Guinée. Quel message souhaitez-vous adresser à vos compatriotes, aussi bien en Guinée qu’au Burkina Faso ?

Moi, je n’ai pas entendu les gens parler de réciprocité. Peut-être que cela a été dit, mais, encore une fois, ce sont les réseaux sociaux. Chacun peut dire ce qu’il veut. Mais si vous avez lu le communiqué du gouvernement du Burkina Faso, vous constaterez qu’il a été clair. Il a demandé aux populations de ne pas se fier aux rumeurs et à la désinformation. Moi, je ne peux pas prendre des rumeurs et des informations non vérifiées pour argent comptant. Ensuite, je suis responsable d’une association et également responsable d’entreprise. Je ne peux pas me mettre à fouiner dans ces histoires de réseaux sociaux.

Selon l’ambassade du Burkina Faso à Bamako, environ 45 000 Burkinabè vivent en Guinée, dont une majorité travaillerait dans le secteur de l’orpaillage. Cette interdiction aura donc nécessairement des répercussions sur une partie de vos compatriotes. Pouvez-vous néanmoins affirmer qu’il ne s’agit pas d’une mesure dirigée contre les Burkinabè ?

Le communiqué du gouvernement n’a mentionné aucune nationalité. Il n’a parlé ni des Guinéens ni des ressortissants d’autres pays. Il n’y a donc pas de chasse aux sorcières. Par ailleurs, des étrangers vivent à Siguiri sans être orpailleurs et travaillent dans d’autres secteurs. On ne leur a jamais rien dit. Moi, je ne peux pas parler de ce que je ne connais pas directement. Je suis dans un environnement où je connais beaucoup de personnes, et je connais également toutes ces régions jusqu’à Balandougou. Pourtant, personne ne m’a appelé pour me dire : « Pourquoi ceci ? Pourquoi cela ? » Donc, si tu n’es pas dans l’orpaillage, tu n’es pas concerné.

Face aux conséquences de cette interdiction, quelles démarches votre association a-t-elle entreprises pour accompagner les ressortissants burkinabè concernés ?

La seule chose que nous pouvons faire, puisque nous sommes des êtres humains et des Africains, c’est de leur donner un coup de main pour qu’ils puissent rentrer. Dans cette situation, il y a beaucoup de jeunes, notamment des gamins, qui sont concernés. Moi-même, je suis contre le travail des enfants. Quand vous regardez la situation, vous constatez que la majeure partie de ces jeunes ont abandonné l’école. Dans nos villages, les écoles sont vides parce que tous les enfants sont partis dans ces activités. La seule chose que nous pouvons faire, c’est les aider à rentrer dignement dans leurs villages respectifs. Il n’y a pas de négociation à mener.

Quel message souhaitez-vous adresser à ceux qui continuent de présenter cette interdiction comme une chasse aux Burkinabè ou, plus largement, aux étrangers vivant en Guinée ?

Ce n’est pas à moi de le dire. Le gouvernement lui-même n’a même pas prononcé le mot « étranger ». Il a simplement dit que c’était interdit. L’orpaillage en Guinée est interdit. On n’a prononcé ni le mot « Guinéen », ni celui d’« étranger », de « Burkinabè » ou de « Malien ». Tout le monde sait que, dans ce secteur, il y a plusieurs nationalités. Mais peut-être que les Burkinabè sont les plus nombreux. C’est tout. Les réseaux sociaux véhiculent souvent des informations erronées qui peuvent créer des tensions entre les citoyens, aussi bien en Guinée qu’au Burkina Faso.

En votre qualité de président de l’Association des ressortissants burkinabè vivant en Guinée, quel appel lancez-vous aux jeunes concernés par cette interdiction ?

Le message que j’ai à leur adresser, c’est de ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ne sont pas le lieu où il faut aller chercher l’information. Tout ce qui s’y dit n’est pas forcément fiable. Si vous regardez bien, la plupart de ceux qui parlent beaucoup sur ces plateformes ne sont pas des personnes auxquelles on peut faire confiance. Il faut donc que les jeunes fassent attention et sachent faire la part des choses. Tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux ne mérite pas d’être pris au sérieux.