Le ministre guinéen de l’Industrie et du Commerce, Aboubacar Kourouma, a porté la voix du Groupe africain, ce lundi 2 novembre 2026, à l’ouverture de la 42ᵉ session ministérielle du Comité permanent pour la coopération économique et commerciale (COMCEC) de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), à Istanbul, en Türkiye. Devant les délégations des pays membres, il a présenté cinq propositions visant à faciliter le financement des exportations africaines et à renforcer les échanges commerciaux.
S’exprimant au nom du Groupe africain, le ministre guinéen a d’abord transmis les salutations du président Mamadi Doumbouya à son homologue turc, Recep Tayyip Erdoğan, président du COMCEC. Il a réaffirmé l’attachement de la Guinée aux principes de solidarité et de prospérité partagée qui fondent l’OCI.
Dans son intervention, Aboubacar Kourouma a attiré l’attention sur les difficultés auxquelles sont confrontées les économies africaines, dans un contexte international marqué notamment par la montée du protectionnisme, la volatilité des prix des matières premières, le durcissement des conditions de financement et les conséquences du changement climatique.
Pour le ministre, ces défis imposent un renforcement de la coopération économique entre les États membres de l’organisation. « Dans ce contexte, une conviction s’impose à nous : la coopération entre pays de l’OCI n’est plus seulement une option de solidarité. Elle est une nécessité stratégique », a-t-il déclaré.
Cinq propositions pour faciliter les exportations africaines
Consacrée au développement d’outils efficaces de financement du commerce pour accroître les exportations des pays membres, cette 42ᵉ session constitue, selon le Groupe africain, une occasion de répondre aux difficultés structurelles rencontrées par les entreprises du continent. Aboubacar Kourouma a notamment relevé que de nombreuses entreprises africaines peinent à honorer leurs commandes internationales, non pas faute de débouchés commerciaux, mais en raison d’un accès limité aux ressources financières.
« Car en Afrique, le problème n’est pas l’absence de produits à exporter ni l’absence de marchés. Trop souvent, le problème est l’accès au financement », a-t-il souligné.
Face à cette situation, le Groupe africain a formulé cinq propositions. La première consiste à renforcer les interventions de la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC) et de la Société islamique d’assurance des investissements et des crédits à l’exportation (ICIEC), notamment en faveur des petites et moyennes entreprises exportatrices.
La deuxième proposition porte sur la promotion des instruments de financement islamique adaptés au commerce, notamment le préfinancement des exportations, l’affacturage et le financement des chaînes d’approvisionnement.
Le troisième axe concerne l’accélération de la numérisation du financement commercial, à travers les documents électroniques, les plateformes de financement en ligne et l’interconnexion des systèmes de paiement. À ce titre, le Groupe africain souhaite favoriser des passerelles entre le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) et les initiatives développées au sein de l’OCI.
La quatrième proposition vise le renforcement des capacités des agences de promotion des exportations, des banques et des entreprises afin de leur permettre de mieux exploiter les mécanismes commerciaux existants.
Enfin, le Groupe africain préconise une harmonisation des normes et des procédures de certification entre les États membres, avec l’appui de l’Institut de normalisation et de métrologie pour les pays islamiques (SMIIC).
Transformer les matières premières sur le continent
Au-delà des mécanismes de financement, le ministre guinéen a insisté sur la nécessité pour les pays africains de développer leurs capacités industrielles afin de réduire leur dépendance aux exportations de matières premières brutes.
« L’Afrique ne veut plus être cantonnée au rôle de fournisseur de matières premières brutes. Notre ambition est de transformer nos ressources sur notre sol, de créer des emplois qualifiés pour notre jeunesse et de nous insérer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales », a-t-il affirmé.
Dans cette perspective, Aboubacar Kourouma a présenté la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme une opportunité majeure pour accélérer l’industrialisation du continent.
Le Groupe africain a ainsi invité le COMCEC à soutenir davantage la mise en œuvre de cet espace commercial, notamment à travers le développement des infrastructures, des corridors logistiques et des chaînes de valeur régionales.
Simandou 2040 présenté comme un levier de transformation économique
Profitant de cette tribune internationale, le ministre de l’Industrie et du Commerce a également évoqué les ambitions économiques de la Guinée à travers le programme Simandou 2040.
« Mon propre pays, la Guinée, s’est engagé dans cette voie à travers son programme de transformation Simandou 2040, porté par le Président Mamadi DOUMBOUYA. Ce programme vise à faire de nos ressources naturelles un levier de diversification industrielle et de développement inclusif », a-t-il expliqué.
Cette référence au programme guinéen s’inscrit dans le plaidoyer du Groupe africain pour une économie davantage tournée vers la transformation locale des ressources et la création de valeur ajoutée.
Un appel à soutenir les femmes et les jeunes entrepreneurs
Le ministre a également insisté sur la nécessité d’intégrer les femmes et les jeunes aux politiques de développement commercial. Selon lui, aucune stratégie économique ne saurait produire des résultats durables sans une meilleure prise en compte de ces deux catégories, qui occupent une place importante dans le tissu entrepreneurial africain.
Le Groupe africain a ainsi appelé à la mise en place de programmes spécifiques destinés à faciliter leur accès au financement, à la formation et aux marchés. Aboubacar Kourouma a, par ailleurs, exprimé la solidarité du Groupe africain envers les populations des États membres confrontés aux conflits et aux crises humanitaires.
En conclusion, le ministre guinéen a plaidé pour que les engagements pris dans le cadre du COMCEC débouchent sur des réalisations concrètes, notamment en matière de financement du commerce et d’harmonisation des normes.
« L’Afrique est un continent de plus d’un milliard d’habitants, jeune, dynamique et en pleine transformation. Elle est prête à prendre toute sa place dans l’espace économique de l’OCI : non pas comme bénéficiaire, mais comme partenaire et comme moteur de croissance », a-t-il conclu.
À travers cette déclaration, le Groupe africain entend faire du financement des exportations, de l’industrialisation et de l’intégration commerciale des priorités de sa coopération économique avec les autres membres de l’OCI.
Housainatou BAH

