L’épidémie d’Ebola continue de susciter des inquiétudes en Afrique. Alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à une situation préoccupante, d’autres pays, notamment le Nigeria et le Kenya, ont également signalé des cas. Une évolution qui pousse l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à appeler les États à redoubler de vigilance, à renforcer la surveillance sanitaire et à mieux coordonner leurs efforts pour freiner la propagation du virus.
« Nous sommes confrontés à une situation de flambée plus complexe », a déclaré Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, lors d’une conférence de presse. L’organisation s’inquiète notamment de la circulation du virus au-delà des frontières, dans un contexte marqué par la multiplication des déplacements entre les pays.
Pour la Guinée, cette situation soulève une question importante : les dispositifs de prévention sont-ils suffisamment solides pour faire face à une éventuelle introduction du virus sur le territoire ?
Une propagation qui appelle à la vigilance
Au Nigeria, les autorités ont confirmé un premier cas importé chez une diplomate arrivée à Abuja à bord d’un vol en provenance d’Ouganda. À la suite de cette détection, 44 personnes ayant été en contact avec elle ont été identifiées afin de limiter les risques de transmission.
Le Kenya a, de son côté, signalé neuf cas, dont un décès.
En République démocratique du Congo, où l’épidémie a été signalée en mai dernier, la situation demeure particulièrement préoccupante. Au 20 octobre, les autorités faisaient état de 9 552 cas confirmés et de 4 602 décès signalés. La maladie s’était alors propagée dans huit provinces et 66 zones de santé.
Face à cette évolution, l’OMS insiste sur la nécessité d’agir rapidement. La détection précoce des cas suspects, le suivi des personnes-contacts et le partage d’informations entre les pays restent essentiels pour éviter que de nouveaux foyers ne se développent.
« Le virus Ebola peut traverser les frontières, mais nous savons comment enrayer la transmission lorsque nous agissons rapidement et de manière décisive», a rappelé Mohamed Janabi.
Plusieurs pays ont déjà commencé à renforcer leurs mesures de prévention. Le Ghana, notamment, a annoncé un durcissement des contrôles sanitaires dans les aéroports, ainsi qu’une surveillance accrue des voyageurs en provenance des pays considérés comme à haut risque. Selon les informations disponibles, aucun cas d’Ebola n’y avait été signalé à ce stade.
Dans les zones frontalières de la RDC, des dispositifs de surveillance et de coordination sont également déployés avec le soutien de l’OMS. À Aba, une localité proche de la frontière avec le Soudan du Sud, les autorités et leurs partenaires travaillent à renforcer la coopération transfrontalière pour repérer rapidement tout signe suspect. L’objectif est de limiter les risques de transmission d’un pays à l’autre.
La Guinée face au risque d’une nouvelle introduction
La progression du virus sur le continent interpelle aussi la Guinée. Ces dernières semaines, le pays a accueilli plusieurs délégations étrangères à l’occasion de rencontres internationales, dont le forum WCAF, organisé les 20 et 21 octobre à Conakry, ainsi qu’une récente rencontre à Maputo réunissant des responsables de plusieurs pays africains.
Ces événements ne constituent pas, en eux-mêmes, une indication de risque sanitaire particulier. Ils rappellent toutefois l’importance de disposer de mécanismes de surveillance efficaces dans un contexte où les déplacements internationaux se poursuivent.
Chaque jour, des personnes entrent en Guinée ou en sortent, par voie aérienne comme par les frontières terrestres. Dans ces conditions, la capacité des services sanitaires à repérer rapidement un éventuel cas suspect, à l’isoler et à déclencher une réponse adaptée demeure un enjeu majeur.
D’où plusieurs interrogations : quelles mesures les autorités guinéennes ont-elles prises pour prévenir une éventuelle introduction du virus ? Les contrôles sanitaires ont-ils été renforcés à l’aéroport international de Conakry et aux différents postes-frontières ? Les structures de santé sont-elles suffisamment préparées pour identifier rapidement un cas suspect et éviter une éventuelle transmission ?
Guinee360 a tenté de joindre l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) afin d’obtenir des éclaircissements sur ces questions. Malgré plusieurs tentatives, la rédaction n’a pas pu recueillir de réponses concernant les mesures actuellement mises en œuvre par les autorités sanitaires.
En l’absence de précisions à ce sujet, il reste donc difficile d’évaluer le niveau de préparation actuel du pays face à cette évolution de la situation épidémiologique.
L’expérience guinéenne, un atout à mobiliser
La Guinée dispose néanmoins d’une expérience importante dans la lutte contre Ebola. Le pays a été durement frappé par l’épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) survenue entre 2013 et 2016, qui a fait 3 811 cas confirmés et 2 543 décès, soit un taux de létalité de 67 %.
Cette crise a profondément marqué le système de santé guinéen et mis en évidence les difficultés auxquelles un pays peut être confronté lorsqu’une maladie hautement contagieuse se propage. Elle a également permis de développer des compétences et des mécanismes de réponse qui peuvent aujourd’hui servir à renforcer la préparation sanitaire.
L’expérience du pays ne s’arrête pas à cette première épidémie. Le 14 février 2021, une nouvelle flambée avait été déclarée après l’identification d’un groupe de sept cas suspects dans les sous-préfectures de Gouécké et dans la ville de Nzérékoré, dans la préfecture du même nom.
Entre le 14 février et le 19 juin 2021, 23 cas avaient été recensés, dont 16 confirmés et sept probables, dans quatre sous-préfectures de la préfecture de Nzérékoré. Parmi les personnes touchées, 11 avaient survécu et 12 étaient décédées.
Le 19 juin 2021, le ministère guinéen de la Santé avait officiellement annoncé la fin de cette épidémie.
Ces épisodes constituent un acquis important, mais ils ne dispensent pas le pays de maintenir un niveau élevé de vigilance. La mémoire des précédentes flambées doit surtout permettre de consolider les capacités de surveillance, d’améliorer la rapidité de la réponse et de s’assurer que les dispositifs de prévention restent opérationnels.
« Aucun pays n’est à l’abri »
Face à la progression du virus, l’OMS exhorte les gouvernements à ne pas attendre l’apparition de nouveaux cas pour agir. La surveillance épidémiologique, la détection rapide, la prise en charge des personnes suspectes et la coopération entre les pays doivent rester au cœur de la réponse.
« Je suis fermement convaincue qu’aucun pays n’est à l’abri tant que tous les pays ne sont pas préparés. Nous devons donc désormais nous concentrer sur l’action, la détection précoce, la réponse rapide et la solidarité régionale », a déclaré Mohamed Janabi.
Pour la Guinée, l’enjeu est désormais de s’assurer que les leçons des épidémies passées se traduisent par des mesures concrètes et adaptées à la situation actuelle. Cela suppose notamment une surveillance efficace aux points d’entrée du territoire, une capacité de détection rapide dans les structures sanitaires et une coordination étroite entre les services concernés.
Alors que l’OMS alerte sur la circulation du virus en Afrique, la question n’est donc pas seulement de savoir si la Guinée est exposée à un risque d’introduction d’Ebola, mais aussi de déterminer dans quelle mesure le pays est prêt à y faire face. Une préparation efficace, associée à une réponse rapide et à une coopération régionale renforcée, reste l’un des meilleurs moyens de limiter les risques d’une nouvelle flambée.

