Enlèvement d’un nouveau-né au CMC de Ratoma : le parquet requiert trois ans de prison contre Haby Diallo, verdict attendu ce 31 juillet

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Le procès relatif à l’enlèvement d’un nouveau-né au Centre médical communal (CMC) de Ratoma est entré dans sa phase décisive, ce jeudi 30 juillet 2026, devant le Tribunal de première instance de Dixinn. Après plusieurs semaines de débats ouverts le 2 juillet, les quatre prévenues ont été entendues une dernière fois avant les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des différentes parties. Le jugement est attendu ce vendredi 31 juillet.

Placées sous mandat de dépôt à la Maison centrale de Conakry depuis le 22 octobre 2025, Haby Diallo, Fatoumata Condé, Djenab Diallo et Kadiatou Bangoura sont poursuivies pour enlèvement, complicité, ainsi que faux et usage de faux en écriture, des faits prévus et réprimés par les articles 19, 20, 303 et 587 du Code pénal.

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Haby Diallo renouvelle ses aveux et présente ses excuses

Première appelée à la barre, Haby Diallo a confirmé les déclarations faites à l’ouverture des débats. En larmes, elle a une nouvelle fois demandé pardon à Makalé Soumah, mère du nourrisson, à son époux, à leurs familles ainsi qu’à ses coaccusées.

Revenant sur les circonstances de l’enlèvement, elle a expliqué avoir profité de l’état de faiblesse de la mère après son accouchement.
« Je lui ai demandé ce qu’elle avait. Elle m’a répondu qu’elle souffrait. J’ai demandé à un agent de santé de s’occuper d’elle. J’ai remis 30 000 francs guinéens à Madame Makalé, puis je suis sortie avec le bébé en lui disant que j’allais vérifier s’il n’avait pas deux langues. »

L’accusée a également affirmé qu’elle ignorait l’existence des caméras de surveillance installées au sein du CMC de Ratoma.
« C’est lorsque j’ai vu les vidéos circuler sur Internet que j’ai compris qu’il y avait des caméras. J’ai pensé à ramener l’enfant, mais j’ai eu peur d’être tuée. J’ai même envisagé de me suicider. »

Au cours de son interrogatoire, plusieurs avocats ont relevé des contradictions entre ses déclarations à l’audience et les conclusions de l’enquête, notamment sur une éventuelle préparation de l’enlèvement.

Les trois autres prévenues contestent toute implication

À son tour, Fatoumata Condé a nié toute participation aux faits. Elle a expliqué connaître Haby Diallo de manière indirecte et a affirmé avoir été sollicitée uniquement pour faciliter l’obtention d’un carnet de naissance, sans connaître l’origine de l’enfant.
« Je ne savais pas qu’elle avait enlevé ce bébé. Si je l’avais su, je l’aurais moi-même dénoncée. »
Djenab Diallo, sœur de Haby Diallo, a déclaré avoir cru que sa sœur avait réellement accouché. Elle affirme avoir participé aux préparatifs du baptême et tenté de l’aider à obtenir un acte de naissance après la perte supposée de son carnet de maternité. Selon elle, elle n’a découvert l’enlèvement qu’après son interpellation.

Même ligne de défense pour Kadiatou Bangoura, agente de santé et amie de Djenab Diallo. Elle reconnaît avoir facilité certaines démarches administratives à la demande de cette dernière, tout en assurant ignorer qu’il s’agissait d’un enfant enlevé. Elle explique avoir confié le dossier à une stagiaire avant d’être contactée quelques jours plus tard par les enquêteurs.

Le témoignage émouvant de la mère du nourrisson

Tenant son enfant retrouvé dans ses bras, Makalé Soumah a livré un témoignage particulièrement émouvant devant le tribunal.

Elle a expliqué qu’au moment des faits, encore affaiblie par son accouchement, une femme qu’elle identifie comme Haby Diallo s’était présentée dans la salle en se faisant passer pour une agente de santé.

Profitant d’un moment où les accompagnants avaient été invités à quitter la salle, le nourrisson a disparu.
« Lorsque ma petite sœur est revenue après être allée retirer de l’argent et acheter des médicaments, elle m’a demandé à qui j’avais confié mon enfant. Je lui ai répondu que je ne savais pas, car j’étais souffrante. »

La plaignante a également dénoncé les difficultés rencontrées depuis la récupération de son bébé. Selon elle, l’enfant ne dispose toujours pas d’un extrait de naissance et certains membres du personnel médical auraient refusé de lui assurer des soins.

Interrogée sur les circonstances ayant permis de retrouver le nourrisson, elle a indiqué que les recherches avaient réellement débuté après son refus de quitter l’hôpital sans son enfant.

Des confrontations marquées par des accusations contradictoires

Lors des confrontations, Haby Diallo a affirmé que Fatoumata Condé lui avait indiqué, avant son arrivée au CMC de Ratoma, le service où se rendre ainsi que le lit occupé par la victime.

Ces accusations ont été catégoriquement rejetées par Fatoumata Condé, qui a maintenu n’avoir jamais participé à une quelconque préparation de l’enlèvement.

À l’issue de cette phase, le tribunal a déclaré l’instruction définitivement close.

La partie civile réclame réparation

Dans sa plaidoirie, l’avocat de la partie civile a estimé que les regrets exprimés par les accusées ne sauraient réparer le préjudice subi par Makalé Soumah et sa famille.

Il a également demandé au tribunal d’ordonner des mesures garantissant la prise en charge de l’enfant, sollicitant notamment une astreinte de cinq millions de francs guinéens par jour contre tout médecin ou agent de l’état civil qui refuserait de délivrer un acte de naissance ou d’assurer les soins nécessaires au nourrisson.

La partie civile réclame par ailleurs la condamnation solidaire des accusées au paiement de 150 millions de francs guinéens à titre de dommages et intérêts.

Le ministère public requiert trois ans de prison contre Haby Diallo

Dans ses réquisitions, le procureur de la République a indiqué que l’exploitation des relevés téléphoniques n’avait établi que deux échanges entre Fatoumata Condé et Haby Diallo au cours de l’année 2025.

Le ministère public a requis : trois ans d’emprisonnement contre Haby Diallo ;
la relaxe de Fatoumata Condé, estimant les charges insuffisantes ;
un an d’emprisonnement, dont six mois assortis de sursis, ainsi qu’une amende de deux millions de francs guinéens contre Djenab Diallo et Kadiatou Bangoura pour faux et usage de faux en écriture publique.

Les avocats de Haby Diallo ont plaidé coupable tout en sollicitant de larges circonstances atténuantes, invoquant les regrets exprimés par leur cliente tout au long de la procédure.

La défense de Fatoumata Condé a demandé sa relaxe, soutenant qu’aucun élément produit au cours des débats ne démontrait son implication dans la préparation de l’enlèvement.

Les conseils de Djenab Diallo et de Kadiatou Bangoura ont également sollicité leur relaxe, estimant que les débats avaient mis en évidence leur absence d’implication dans les faits reprochés.

Invitées à prendre la parole une dernière fois avant la clôture des débats, les quatre prévenues ont toutes renouvelé leurs regrets et demandé pardon au tribunal.

Au terme des réquisitions et des plaidoiries, le Tribunal de première instance de Dixinn a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu ce vendredi 31 juillet 2026.