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Zeinab Camara : « Dans notre société, des préjugés défavorables font croire qu’une femme ne peut pas évoluer par son seul mérite »

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Figure de proue de son département, Mme Zeinab CAMARA est l’une des jeunes et brillantes personnalités de l’Administration guinéenne émergente. Bénéficiant d’une formation de qualité et d’une carrière éloquente aussi bien à l’étranger que dans son pays natal, où elle s’est fait connaître dans plusieurs domaines de la vie publique et dans les mouvements associatifs, elle a su très tôt s’imposer comme l’un des cadres incontournables du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique par sa rigueur et son sens aigu de la culture du résultat. Elle a acquis une solide expérience professionnelle et un parcours politique qui plaident pour elle.

 

Dans cette interview qu’elle nous a accordée, elle affiche les grandes réformes entamées dans l’Enseignement supérieur de la Guinée depuis sa prise de fonction comme Cheffe de cabinet et dévoile les grandes ambitions et les orientations futures de son ministère qui a la noble mission de former l’élite guinéenne de demain. Voici donc son interview que nous vous proposons :

Guinee360 : Parlez-nous de votre parcours ?

Zeinab Camara : Je vous remercie de cette interview. Avant de répondre à votre question, j’aimerais avant tout souhaiter une bonne fête à toutes les femmes guinéennes et à travers elles à toutes les femmes du monde.

Pour ce qui est de mon parcours, j’ai obtenu un diplôme de master en Strategic public management (gestion de l’administration publique) de Leicester Business school en Angleterre et je suis candidate au PHD en Mines et Communautés. J’ai accumulé plus de 15 années d’expérience aussi bien en Guinée (dans l’administration publique, le secteur minier et dans les mouvements de promotion des jeunes et l’engagement féminin) qu’à l’étranger, précisément en Angleterre, où j’ai fait mes débuts dans les institutions publiques anglaises comme, notamment, coordinatrice de Programme au National Health Services (Ministère de la Santé).

De retour au pays, j’ai d’abord servi au Ministère de la décentralisation et du développement local où j’ai occupé le poste d’assistante technique du Ministre. Ensuite, j’ai travaillé auprès du Ministre Chef de Cabinet à la Présidence en tant qu’assistante technique où j’ai travaillé à la création et à la mise en place du service civique d’action pour le développement (SCAD), une de mes grandes fiertés. Après cette première expérience de quelques années dans l’administration publique guinéenne, pour acquérir une expérience dans un domaine différent, j’ai intégré la multinationale Rio Tinto pour exercer successivement les fonctions de Conseillère principale Relations gouvernementales et de Directrice des Communautés et la Conformité sociale – Membre du Comité de Direction.

Après cette passerelle dans le secteur privé, je suis revenue dans le secteur public où j’exerce actuellement. Et comme vous le savez, depuis juillet 2016, j’ai été nommée Cheffe de Cabinet du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique par le Président de la République, sur proposition de Monsieur le Ministre Abdoulaye Yéro Baldé.

Guinee360 : Vous êtes pour certains l’une des pionnières des différentes réformes engagées au MESRS, parlez-nous de ces réformes ?

Zeinab Camara : La réussite de toute réforme au sein d’une institution dépend de la volonté de l’autorité de celle-ci ainsi que de l’implication effective de toute l’équipe et des moyens mis à leur disposition.

En ce qui concerne le département de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Monsieur le Ministre a initié un certain nombre de réformes dans le but de qualifier l’Enseignement, la recherche et de maîtriser les dépenses publiques dans notre secteur. Les réformes phares réalisées sont notamment le recensement biométrique des étudiants et du personnel enseignant des Institutions d’Enseignement Supérieur (IES) et des Instituts de Recherche scientifique (IRS). Ce recensement vise à maîtriser les effectifs afin de rationaliser les dépenses publiques et à moderniser les données de l’enseignement supérieur. L’impact tangible de cette réforme a permis de détecter des étudiants fictifs et par conséquent à réorienter les ressources financières dans la construction d’infrastructures et la formation des formateurs.

Dans le souci de qualifier notre système d’enseignement, nous avons entamé, en collaboration avec Polytechnique de Paris et l’Institut national Félix Houphouët Boigny de Yamoussoukro, des réformes devant aboutir à la création d’écoles préparatoires pour accéder aux grandes écoles. Nous poursuivons la réforme relative à la mise en place d’écoles d’excellence telles que l’Institut des Mines de Boké et la Médecine. L’objectif de ces réformes est de former une nouvelle élite guinéenne de demain.

Aussi, une de nos priorités est de mettre un accent particulier sur la recherche. C’est pour cela que nous mettons en place un fonds de recherche scientifique et de l’innovation technologique pour accompagner les chercheurs à participer au développement économique de notre pays.

Pour les réformes qui touchent spécifiquement les femmes, le département œuvre pour le renforcement de l’équité et la promotion du genre dans nos institutions. Cela à travers, notamment, la mise en place d’un fonds pour la formation des filles/femmes relevant des IES/IRS qui a permis l’inscription de 12 femmes en master.

Dans le même sens, nous avons institué le Prix d’Excellence pour les filles/femmes. Trente-six (36) femmes en ont déjà bénéficié depuis 2015. Nous préparons la remise de cette année. Grâce aux efforts du Ministre, de plus en plus de femmes détentrices de doctorat et de masters sont entrain d’être promues à des postes de responsabilité comme vice-rectrices, secrétaires générales dans les IES.

Guinee360 : Certaines femmes de l’administration sont taxées d’être à la solde de leurs patrons. Que répondez-vous à ceux-ci ?

Zeinab Camara : Ceux qui le pensent se trompent. Je ne me sens pas concernée tout simplement parce que cela ne définit pas ma personnalité. Dans une société comme la nôtre, des préjugés défavorables font croire qu’une femme ne peut pas évoluer par son seul mérite, il faut que d’autres facteurs infondés expliquent son évolution professionnelle.

Cependant, il y a bien des femmes dans l’administration qui ont le niveau requis et qui ont confiance en elles. D’ailleurs nous venons de créer un réseau de jeunes femmes leaders dans l’administration qui s’appelle « leadership féminin dans l’administration guinéenne » afin de se donner la main, d’encourager et de changer la perception des gens sur les femmes. Nous voulons surtout encourager les femmes à garder leur valeur et à savoir exactement où elles veulent aller sans pour autant brûler les étapes. Car, la réussite est certes importante mais le parcours doit être digne.

Dans notre ministère, nous avons la chance d’avoir un vrai leader. Le Ministre Abdoulaye Yéro Baldé est un Ministre qui permet à tous ses cadres, y compris les femmes (pour ne pas dire surtout les femmes), de s’exprimer et c’est ainsi que chacun apporte sa pierre à l’édifice parce que c’est un travail d’équipe.

Guinee360 : On vous a vu en action lors de la campagne électorale précédente. Est-ce que vous avez des ambitions politiques?

Zeinab Camara : Personnellement, j’ai plus d’une dizaine d’années d’expérience en politique. Pour moi, la politique, c’est d’abord contribuer à améliorer les conditions de vie de son prochain. Sur cette base, j’ai contribué et participé à des actions, par exemple à la mise en place de la communauté guinéenne de LEICESTER (Royaume-Uni) et au niveau africain au mouvement de jeunes engagés Africa 2.0 à travers lequel nous avons organisé la campagne ‘’Zéro Ebola n’tondi’’.

En 2014, avec d’autres femmes, nous avons mis en place Women in mining, une association de femmes dans l’industrie extractive en République de Guinée qui a pour objectifs principaux la promotion des femmes à des postes de responsabilités, la bonne gouvernance dans le secteur, l’éducation et la formation, la promotion de l’entreprenariat féminin, la promotion de politiques publiques favorables aux femmes dans le secteur minier. Nous travaillons à la mise en place d’un outil de suivi appelé WIM index Africa qui permettra de suivre l’évolution des conditions des femmes dans les mines. C’est grâce à toutes ces activités dans les mines que j’ai été nommée parmi les 100 femmes les plus inspirantes au monde en 2016 par l’International Women in Mining UK.

Comme je l’ai déjà dit, c’est une autre façon de faire de la politique. C’est un engagement personnel en vue de contribuer au développement des communautés.

Parlant de la dernière campagne, oui, c’était la première fois que je fasse campagne pour un parti politique, mais il faut souligner que je menais déjà des activités à Boffa où j’avais organisé entre autres un tournoi préfectoral de football pour détecter des talents dans la perspective de mettre en place un club privé.

Toutes ces actions m’ont permis de créer une véritable relation de proximité avec la jeunesse de cette localité qui me considère comme une figure représentative. C’est pourquoi, lors de la dernière élection communale, j’ai été en campagne pour soutenir les candidats du RPG Arc-en-ciel de la préfecture de Boffa. Cette première expérience m’a permis de mieux comprendre les préoccupations réelles des populations à la base. Ce qui m’a donné la hargne de m’engager davantage pour changer la vie de ces populations et favoriser l’accès au service sociaux de base.

Guinee360 : De nos jours, les VBG ont pris un terrain considérable en Guinée, en tant que femme comment vous vivez tout cela.

Zeinab Camara : Je suis indignée bien entendu mais dans notre société la pesanteur de la famille, de la tradition et de la religion est très lourde. Ce qui réduit certaines femmes au silence. En revanche, pour d’autres femmes, c’est aussi dû au manque de revenu. C’est pourquoi il est impératif pour les femmes d’avoir leur indépendance financière.

Ceci dit, je crois qu’il faut que les femmes puissent s’exprimer quand les violences commencent dans le foyer avant qu’il ne soit trop tard. Il est alors nécessaire de créer un cadre de confiance pour qu’elles puissent s’exprimer et connaître leurs droits. Lorsque le dialogue n’empêche pas les violences faites aux femmes, elles doivent être en capacité d’engager des actions judiciaires. Dans le cadre spécifique du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, les informations relatives aux VBG sont prises très au sérieux par le Cabinet. Nous avons entamé une étude en vue de mettre en place une cellule d’écoute pour permettre aux filles/femmes de s’exprimer dans les IES et faire face aux violences basées sur le genre, le harcèlement sexuel, etc.

L’université doit être un environnement sain et sécurisé pour tous, surtout pour les filles/femmes.

Guinee360 : Que pensez-vous de l’utilisation des réseaux sociaux en Guinée, avec cette question de sextape qui prend de l’ampleur?

Zeinab Camara : Personnellement, je suis très présente sur les réseaux sociaux parce que je tiens à garder une relation de proximité avec les jeunes. Les réseaux sociaux, particulièrement facebook, sont un canal efficace pour atteindre la jeunesse souvent en manque d’interlocuteur au niveau des décideurs. Facebook, twitter me permettent de communiquer avec la jeunesse.

Je pense aussi que les réseaux sociaux doivent être un outil permettant de favoriser un climat social apaisé et de renforcer la cohésion, le tissu social dans notre pays. Les jeunes ont la responsabilité de faire passer sur les réseaux sociaux des messages de paix, de tolérance, de fraternité et d’unité nationale. D’où le projet de mise en place du service civique pour les étudiants en fin de cycle.

Les appels à la violence qui circulent malheureusement ces derniers temps sur les réseaux sociaux sont très graves et représentent un véritable danger pour la paix et la quiétude sociale. Il faut que ceux qui en sont les auteurs réfléchissent aux conséquences que leurs propos peuvent engendrer. J’en appelle à un usage rationnel et responsable des réseaux sociaux. Notre pays s’est récemment doté d’une législation qui encadre l’utilisation des réseaux sociaux et qui permet de punir les infractions qui pourraient être commises par les utilisateurs. C’est tout le sens de la loi sur la cybercriminalité et les données personnelles.

Les sextapes font l’objet d’un encadrement juridique répressif. Tout comme la loi sur la cybercriminalité, le code pénal de notre pays punit les atteintes à la dignité et les outrages aux bonnes mœurs. En vertu de la loi pénale, est constitutif d’infraction le fait pour toute personne de se livrer à des publications de sextapes.

Guinee360 : Quels conseils pouvez-vous donner aux femmes et aux filles qui désirent emboîter vos pas?

Zeinab Camara : Elles doivent donner un sens à leur vie. L’éducation (la formation) est tout aussi importante, mais il faut rester humble quel que soit votre bagage intellectuel ou votre expérience professionnelle. Il faut savoir rester humble. J’insiste sur l’humilité, ensuite l’humilité et enfin l’humilité.

Je conseille également aux filles et aux femmes de se fixer un objectif et d’établir pour elles-mêmes un plan de carrière, un plan personnel et social. Lorsqu’elles seront de vraies professionnelles dans l’administration publique ou dans le privé, qu’elles s’assurent de prendre leur travail au sérieux sans pour autant se (sa personne) prendre au sérieux.

Dans une société comme la nôtre, toutes les femmes doivent cultiver l’entraide et la solidarité autour d’elles. Car, c’est en tirant son prochain vers le haut que nous parviendrons à nous élever. En outre, il faudrait qu’elles se préparent à garder l’équilibre entre la femme professionnelle active dans l’administration ou l’entreprise et l’épouse, mère de famille qui rentre le soir et qui fait face à ses obligations conjugales. Il convient de rappeler que malgré tous ces conseils, il n’est certes pas facile d’aboutir à un équilibre parfait, mais elles ne doivent pas baisser les bras. Elles doivent considérer les échecs comme des opportunités et se dire ceci que c’est la somme des échecs qui permet une réussite parfaite.

Pour finir, j’aimerais souhaiter encore une fois une bonne fête à toutes les femmes et rappeler que la femme occupe une place centrale dans la construction de notre jeune nation. L’appel à un leadership féminin est plus qu’une nécessité, il est vital.

Je vous remercie.

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