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Alpha Oumar Taran de l’ADR: “Nous soupçonnons le gouvernement de vouloir entraîner un glissement électoral pour 2020”

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Dans une interview accordée à notre rédaction, Alpha Oumar Taran Diallo président de l’Alliance démocratique pour le renouveau (ADR) a parlé entre autre, de la prorogation du mandat des députés, du récent discours polémique de l’ambassadeur Russe en Guinée, des préparatifs de son parti pour les prochaines élections législatives, de la présidentielle en RDC.

 

Guinee360.com: le président Alpha Condé a prorogé récemment le mandat des députés. Quelle est votre réaction ?

Alpha Oumar Taran Diallo: C’est une question un peu compliquée du fait que le président a le droit, selon les prérogatives de la constitution à proroger le mandat des institutions. Mais, c’est un peu gênant parce que cette assemblée est illégitime à partir de maintenant là. À partir du moment qu’on savait que le mandat du parlement est de cinq (5) ans, le gouvernement aurait pu avoir la volonté d’organiser les élections à date. Souvent, le débat est un peu biaisé parce qu’avec ce décret, les citoyens s’attaquent beaucoup plus aux députés, au lieu de s’attaquer au gouvernement qui a l’obligation d’organiser les élections à date parce que la constitution est claire. Il y a un cycle établi. Nous connaissons les différentes dates prévues pour l’organisation des élections dans notre pays. Mais, malheureusement, le gouvernement n’a pas eu la volonté nécessaire pour les organiser. Ce n’est pas tellement étonnant puisque depuis 2010 pratiquement nous vivons la même situation. Les élections communales se sont déroulées depuis un an mais jusqu’à présent on arrive pas à terminer le processus d’installation des exécutifs communaux. C’est la même fuite en avant qui est observée. Nous, nous soupçonnons le gouvernement de vouloir entraîner un glissement électoral pour 2020 pour leur permettre de se maintenir au cas où leur histoire de troisième mandat ne passerait pas. Donc, le président de la République est en train de jouer sur ça. Malheureusement, nous sommes en train de nous attaquer aux députés au lieu de s’attaquer au gouvernement. C’est ce gouvernement qui devrait être chassé pour n’avoir pas organisé les élections à date.

Une récente sortie médiatique de l’ambassadeur de la Russie en Guinée qui serait favorable à un troisième mandat du président Condé irrite la colère des organisations de la société civile guinéenne et l’opposition. Un sit-in de protestation a été violemment dispersé par les forces de l’ordre devant l’ambassade de la Russie. Quelle lecture faites-vous de ce sujet ?

Dans un premier temps, c’est de dire que l’ambassadeur n’est pas dans son registre. Il a outrepassé ses prérogatives. Il n’a pas à s’immiscer dans les affaires internes de la Guinée. Si le débat politique guinéen l’intéresse, il n’a qu’à changer de nationalité. Deuxièmement, si les forces de l’ordre ont empêché que des citoyens guinéens expriment leur mécontentement par rapport à l’attitude qui n’est pas du tout diplomatique de l’ambassadeur de la Russie, c’est qu’il n’a fait que transmettre un message que les gouvernants auraient voulu qu’il transmette. Si non le gouvernement aurait dénoncé, les mauvais agissements d’un ambassadeur qui est là simplement pour représenter son pays mais qui outrepasse ses droits en se mêlant des affaires internes de la Guinée. Dans d’autres pays, c’est le président de la République qui l’aurait rappelé à l’ordre, et même s’il faut, l’expulser de la Guinée. Malheureusement, nous avons le gouvernement qui agit au gré de ses intérêts et non aux intérêts de la Guinée. L’ambassadeur là devait se retrouver dans son pays et on aurait pu demander à la Russie de nous amener un autre si elle veut continuer la coopération avec la Guinée. Toujours est-il que cette histoire de modification de la Constitution préoccupe le gouvernement depuis très longtemps. Le président de la République avait dit que normalement en Afrique, on devait laisser les chefs d’État rester au pouvoir tant qu’ils voudraient. Cela démontre que le gouvernement n’est pas en train de travailler pour l’intérêt de la Guinée, pour le développement ou pour l’avancée démocratique si non, au lieu de cautionner cela, il aurait dû organiser des élections pour que l’Assemblée nationale soit une assemblée légitime et légale.

Ce discours polémique de l’ambassadeur russe a été célébré à l’assemblée générale hebdomadaire du RPG Arc-en-ciel. Il a été lu et traduit intégralement en langues nationales.

C’est juste pour démontrer que cet ambassadeur n’est qu’un membre du RPG Arc-en-ciel. C’est un discours du RPG qu’il est en train de prôner. Si on était dans un pays normal, cet ambassadeur allait se retrouver à l’extérieur du pays. Mais s’il est en mission du parti au pouvoir et le gouvernement, il n’a rien à craindre. C’est là que la population devait se lever pour dénoncer cet ambassadeur et s’attaquer s’il le faut aux intérêts qu’il est en train de défendre. Le gouvernement ne défend plus les intérêts du pays. Les russes devaient continuer à ramasser la bauxite et transporter.

Plusieurs généraux de l’armée guinéenne ont été nommés ambassadeurs par le président Alpha Condé. Votre point de vue sur cet acte du chef de l’État ?

C’est son droit de nommer qui il veut et l’envoyer où il veut. Mais, quand il s’agit de généraux et de hauts responsables de l’armée, ça amène des soupçons. Est-ce qu’on ne décapite pas l’armée pour la museler davantage parce que nous avons des diplomates de carrière notamment au ministère des affaires étrangères qu’on pouvait nommer. Ces généraux auraient pu apporter quelque chose à l’armée. Je me dis que c’est pour pouvoir maîtriser l’armée pour la soumettre à une mission qui pourrait être occulte. Mais comme ils ont annoncé un recrutement dans les mois à venir, nous verrons si la procédure sera respectée ou bien s’il s’agit d’un recrutement occulte.

Votre formation politique participera-t-elle aux prochaines élections législatives ?

Nous comptons bien y aller. Nous venons de prendre un nouveau siège. Nous sommes en train d’implanter le parti à travers tout le pays. Il y a déjà une mission qui est lancée pour les cinq communes de Conakry et les sept capitales régionales où on va mettre des bureaux régionaux qui vont implanter le parti, dans les préfectures et sous-préfectures. Nous voulons vraiment participer aux législatives. Nous sommes en train de voir si on va présenter des candidats uninominaux ou une liste nationale ou en alliance avec d’autres.

De quel œil avez-vous observé l’élection présidentielle qui a amené l’alternance à la République démocratique du Congo ?

Nous africains, on est en train d’être à la base de la ridiculisation de l’Afrique. Si non, je ne comprends pas pourquoi on ne pourrait pas organiser des élections et proclamer les résultats issus des urnes? Ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui, c’est que la CENI et le gouvernement congolais qui ont ridiculisé notre continent en le traînant dans la boue. Tout le monde a compris que c’est Martin Fayoulou qui a gagné l’élection. Félix Tchicekedi s’est retiré de l’accord de Genève parce que peut-être il avait un deal avec le pouvoir en place. Sinon, comment est-ce que le candidat de la mouvance présidentielle peut perdre la présidentielle et la même mouvance gagne ⅔ des sièges à l’Assemblée nationale ?

Qu’est-ce que vous avez à ajouter pour clôturer cet entretien ?

C’est de dire aux citoyens guinéens que le combat pour 2020 commence dès maintenant là parce que si les élections législatives ne sont pas organisées comme il se doit et à date, il va y avoir un impact sur l’élection présidentielle de 2020. Nous devrions pas accepter cela. C’est une question de volonté. Si le gouvernement le veut, il va organiser des élections libres transparentes et crédibles à date. C’est bien possible. Au mois de mars, on peut si on le veut. Pour l’assainissement du fichier électoral, les préalables sont déjà faits. Il a été audité et les experts qui l’ont fait ont déposé le rapport à qui de droit. Qu’est ce qui nous empêche de dérouler le processus permettant de mettre en place les recommandations qui se trouvent dans ce rapport. Du moment que la CENI est déjà en place, je ne vois pas d’obstacles qui nous empêcheraient d’aller vers ces élections. On peut nous dire que dans trois mois ce n’est pas possible, mais dans quatre mois c’est bien possible d’organiser les législatives qui permettront d’avoir une Assemblée nationale crédible, légitime et légale afin que l’élection présidentielle puisse se dérouler comme le prévoient nos lois en 2020.

Propos recueillis par Mamadou Aliou Barry pour guinee360.com

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