Depuis la prise du pouvoir par le CNRD, le 5 septembre 2021, la composition des gouvernements successifs en Guinée a connu une évolution notable. Cette dynamique est marquée par une augmentation progressive du nombre de départements ministériels, relançant le débat sur la maîtrise des dépenses publiques et l’efficacité de l’action gouvernementale.
Le premier gouvernement de la transition, dirigé par Mohamed Béavogui, comptait 25 départements ministériels et deux secrétariats généraux, avec sept femmes, soit 27 membres au total. Cette architecture a été reconduite sous le gouvernement de Bernard Goumou, sans modification majeure.
Un tournant s’est opéré avec l’arrivée de Bah Oury à la Primature. Son premier gouvernement regroupait 27 départements ministériels et deux secrétariats généraux portant l’effectif à 29 membres dont 6 femmes. La dernière équipe gouvernementale formée sous son autorité a franchi un nouveau seuil, avec 32 départements ministériels et deux secrétariats généraux, soit 34 membres, dont sept femmes.
Ces chiffres traduisent une hausse continue du nombre de portefeuilles ministériels depuis 2021. Une tendance qui suscite de nombreuses interrogations, notamment dans un contexte où l’État est appelé à rationaliser ses dépenses et à concentrer son action sur des priorités clairement identifiées.
À la suite de l’élection de Mamadi Doumbouya, la question du format du prochain gouvernement se pose avec acuité. Le chef de l’État maintiendra-t-il cette dynamique d’élargissement ou fera-t-il le choix d’une équipe plus resserrée, fondée sur la compétence et l’efficacité plutôt que sur le nombre ?
L’exemple du gouvernement de Lansana Kouyaté, en 2007, reste une référence pour de nombreux observateurs. À l’époque, il avait opté pour une équipe réduite, composée de 19 départements ministériels et trois secrétariats, soit 22 membres, avec pour objectif de limiter les dépenses et d’améliorer la coordination de l’action publique.
Pour certains analystes, la recherche d’efficacité passe nécessairement par une rationalisation de l’appareil gouvernemental. Cela pourrait se traduire par le regroupement de ministères aux missions similaires, plutôt que par leur multiplication. Dans le secteur de l’éducation, par exemple, les ministères de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Enseignement technique pourraient être réunis au sein d’un seul ministère de l’Éducation nationale. Une telle réforme favoriserait une meilleure cohérence des politiques publiques et une réduction des coûts.
Le même principe pourrait s’appliquer à d’autres secteurs stratégiques, notamment la jeunesse et les sports, ou encore l’agriculture, l’élevage, le commerce, l’industrie et les PME, dont les missions pourraient être réorganisées pour renforcer l’impact de l’action publique. La culture, l’hôtellerie et le tourisme figurent également parmi les départements susceptibles d’être fusionnés.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est celui d’un État plus efficace, misant sur la qualité de l’action publique plutôt que sur la prolifération des structures administratives.
Le prochain gouvernement de Mamadi Doumbouya est donc très attendu. Il devra répondre à une double exigence : garantir l’efficacité de l’action publique tout en maîtrisant les coûts, dans un contexte marqué par de fortes attentes sociales.


