Alors que près de 90 % des médicaments consommés en Guinée proviennent de l’étranger, les autorités sanitaires accélèrent la refonte de la loi pharmaceutique pour poser les bases d’une souveraineté sanitaire durable. Entre promotion de la production locale, renforcement de la régulation et lutte contre les circuits informels, cette réforme stratégique entend garantir aux populations un accès élargi à des médicaments sûrs, traçables et abordables. Guinee360 a interrogé Dr Mamadi Mariame Camara, Directeur national de la pharmacie et des médicaments.
Guinee360 : Pourquoi le Ministère de la Santé a-t-il jugé nécessaire d’engager aujourd’hui une révision de la loi pharmaceutique en Guinée ?
Mamadi Mariame Camara : Cette révision s’inscrit dans la vision stratégique de Son Excellence le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, qui a érigé la santé et le bien-être en piliers centraux de la Vision SIMANDOU 2040, et elle opérationnalise l’engagement constitutionnel de l’article 22 garantissant le droit à la santé et la Couverture Santé Universelle pour tous les Guinéens, tout en traduisant la détermination de Madame Khaité Sall, Ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, à faire de l’accès au médicament de qualité une priorité absolue, car le cadre juridique de 2018, bien qu’utile à son époque, ne permettait plus d’aligner la Guinée sur les standards internationaux les plus récents recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé, la CEDEAO et l’Union Africaine, et les évolutions technologiques, l’émergence de nouveaux défis comme l’antibiorésistance, la digitalisation, les fonctions réglementaires, les exigences accrues de traçabilité et de transparence, ainsi que la nécessité de renforcer notre souveraineté sanitaire, imposaient une refonte structurelle.
Quels sont les objectifs majeurs visés à travers cet atelier national de concertation ?
L’objectif de cet atelier national intersectoriel tenu les 14 et 15 mai 2026 à Conakry est de rendre l’exercice du métier de pharmacien plus fiable, plus sécurisé et plus compétitif sur l’ensemble du territoire national, au niveau de la sous-région et au niveau international, car la refonte de la loi pharmaceutique arrive à un moment où le médicament occupe une place importante dans la prise en charge des pathologies sur l’ensemble du territoire national, et la disponibilité et l’accessibilité aux médicaments représentent un pan essentiel du système de santé, tout en permettant de fédérer les acteurs et de recueillir les contributions des professionnels de santé, des institutions publiques, de la société civile et des partenaires techniques et financiers pour aboutir à un texte consensuel et opérationnel.
En quoi cette nouvelle loi pourrait-elle améliorer l’accès des populations à des médicaments de qualité sur l’ensemble du territoire national ?
Aujourd’hui, près de 90 % de la disponibilité des médicaments en Guinée est liée aux importations, et nous sommes dans la dynamique de promotion de la fabrication locale, de réglementation renforcée du secteur pharmaceutique et de migration de la Direction nationale de la pharmacie et du médicament vers l’Agence de régulation pharmaceutique, autant d’ambitions qui répondent à un besoin international et sous-régional d’alignement sur les orientations de l’OMS et les directives de l’Agence de Régulation de la CEDEAO, tout en introduisant des mesures concrètes comme les stocks de sécurité obligatoires pour prévenir les ruptures, la prescription en Dénomination Commune Internationale pour favoriser l’usage des génériques et alléger le coût des traitements, et des mesures incitatives dans les marchés publics pour encourager la production locale.
Comment cette réforme, à travers cet atelier, permettra-t-elle de renforcer le contrôle et la traçabilité des médicaments sur le marché guinéen ?
Un tel atelier organisé sur le plan national consiste à recueillir l’avis de tous les professionnels du domaine de la santé, mais aussi des autres départements sectoriels qui accompagnent le ministère de la Santé et l’Hygiène Publique dans la mise en œuvre de ces activités, et faire la refonte de la loi pharmaceutique, c’est donner une garantie aux médicaments, aux circuits de distribution, à la traçabilité du médicament et à l’exercice de la profession de pharmacien, tout en consolidant le rôle du Laboratoire National de Contrôle de Qualité des Médicaments comme structure de référence, en instaurant des mécanismes de suivi du médicament de la production à la dispensation pour lutter contre la falsification et les circuits informels, et en renforçant l’encadrement professionnel avec des exigences de formation continue et de déontologie.
Quelles sont les clés de réussite de l’élaboration de cette loi ?
Sous le pilotage de la DNPM, cette réforme se distingue par une démarche inédite fondée sur une approche inclusive et participative avec huit ateliers régionaux ayant permis de consulter les acteurs de terrain dans toutes les régions administratives du pays, Conakry, Boké, Kindia, Mamou, Labé, Faranah, Kankan et Nzérékoré, et sur l’intersectorialité érigée en principe fondamental de gouvernance car le médicament implique de multiples secteurs, ce qui a conduit à prévoir un cadre de coordination renforcé entre les ministères de la santé, de l’industrie, du commerce, des finances et de la justice pour assurer la cohérence des politiques, une utilisation optimale des ressources et une meilleure crédibilité internationale, et Cette réforme bénéficie de l’appui technique et financier du Programme PASSGUI, financé par l’Union Européenne et la France, mis en œuvre par Expertise France, pour lequel le Ministère exprime sa vive gratitude, et c’est en étroite collaboration avec les équipes pluridisciplinaires du Ministère que des consultants nationaux et des experts internationaux ont été mobilisés pour élaborer l’avant-projet de loi, leur expertise technique combinée à la connaissance approfondie du contexte guinéen par les acteurs locaux ayant permis de produire un texte équilibré, juridiquement robuste, parfaitement adapté aux réalités socio-économiques et sanitaires de la Guinée et conforme aux standards internationaux les plus exigeants.

