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Culture: Zoom sur Binta Laaly Sow, la diva de la musique pastorale

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A l’occasion du mois de mars dédié à la femme, guinee360.com est allé à la rencontre de Binta Laaly Sow. En parlant d’elle-même, la musicienne n’y va pas par deux chemins: «Il y a des gens qui ne m’ont jamais vue, mais il n’y en a pas un seul qui ne connait pas mon nom». A 78 ans, Binta Laaly Sow est une des plus vieilles artistes guinéennes avec 10 albums dans les bacs.

 

Binta Laaly Sow de son vrai nom Fatoumata Binta Laaly Sow, est née à Lélouma et a grandi à Télémélé Hôré Weliya, sous-préfecture de Bourouwal Sounkin, district Kansanghui, village Woulou. Elle n’a pas hérité sa musique, c’est un don avec lequel elle a grandi. Dès sa tendre enfance, elle avait développé sa capacité. Sur la route du marigot, dans la brousse à la recherche du bois de chauffe ou encore dans les veillées nocturnes au clair de lune, la petite Binta fredonnait toujours une chanson. Ce qui fit d’elle, la chouchoute des enfants de sa génération. «Toute petite, confie-t-elle, je chantais avec mes copines au clair de lune pendant des veillées nocturnes. Un peu plus tard, quand je suis devenue un peu grande, j’ai commencé à chanter pendant les travaux champêtres. A l’époque, c’était sous la colonisation française. Je n’avais pas d’instruments, ce n’était que ma voix et les gens aimaient m’entendre chanter».

Le refus de ses parents

Vers l’âge de 13 ans, Binta est devenue la coqueluche de tout le village. Elle était adulée et sollicitée dans les cérémonies de mariage, de baptême ou encore dans les travaux champêtres. «Un jour, explique-t-elle, un vieil homme nommé Sâdjo Kabi est venu chez mes parents pour leur dire qu’il voulait m’apprendre à chanter. Mes parents se sont opposés. Convaincu que j’étais destinée à devenir musicienne, l’homme dit à mes parents: ‘’vous ne savez pas ce qu’il y a dans la tête de votre fille Binta. Un jour, elle sera d’une grande renommée comme les chefs d’Etat. Le conseil que vous pouvez lui prodiguer c’est de ne pas insulter les gens, de ne pas boire de l’alcool et de fumer la cigarette. En plus, encouragez-la à s’acquitter des 5 prières musulmanes obligatoires. Le reste, vous aurez des résultats si vous êtes vivants’’».

Les arguments du vieux Sâdjo Kabi finirent par convaincre le père de Binta Laaly qui, enfin, accepta que sa fille épouse la musique. «L’année de la mort de Diallo Yacine (1954, ndlr), les Blancs sont venus nous chercher pour nous amener à Labé. On a fait des prestations des chants et des danses. Nous avons reçu beaucoup de cadeaux, des habits, des draps, des voiles. A mon retour, j’ai offert à mon père et à ma mère des draps et à mes oncles paternels aussi», rappelle la diva de la musique pastorale.

Après l’accession de Sékou Touré au pouvoir en 1958, Binta Laaly part à Dakar où elle séjourne pendant 4 mois avant de revenir. Ce n’est que quelques années plus tard, qu’elle se rend à Kissidougou chez Bela Manta Diallo. C’est ce dernier qui l’aidera à composer son premier album éponyme. Quelques années après, elle fait la connaissance de Mahmoudou Maz Diallo qui reste depuis son manager.

«Nous sommes partis à Abidjan pour préparer l’album « Bhouloun Ndjoûri » dont la sortie officielle a eu lieu au Palais du peuple. Je ne crois pas qu’il y en aura un spectacle plus que la dédicace de « Bhouloun Ndjoûri » tellement il y avait du monde. C’était une réussite totale».

Le palmarès

À son actif, la musicienne a 10 albums dont 5 ont été réalisés par la RTG et les autres par la maison de production Super sélection. C’est notamment, Walliyabhé Fouta, Bhouloun Ndjoûri qui ont été vendus comme de petits pains sur le marché du disque et qui restent gravés dans les annales de l’histoire de la musique guinéenne. Son dernier album Foulani, chanté avec Baba Maal du Sénégal dans le titre Union sacrée, a connu un grand succès aussi.

Pour Binta Laaly, la Guinée regorge des musiciens talentueux. Le seul véritable problème, selon elle, c’est le manque de soutien du gouvernement aux artistes guinéens : «Même les droits d’auteur qui nous reviennent normalement, eux, ils divisent ça en deux pour nous donner la moitié. Qu’est-ce que le gouvernement fait pour les artistes? Rien du tout. Aujourd’hui, si l’Etat est incapable de me donner une voiture à plus forte raison un toit, c’est vraiment dommage».

Chanter pour l’émancipation de la femme

Même si elle dit n’avoir jamais, dans sa carrière, rencontré des problèmes parce qu’elle est femme, mais reconnait que la situation de ses consœurs n’est pas aussi rose comme on peut le croire : «Le cœur de la femme ne sera jamais en paix. Elles sont plus courageuses que les hommes quand il s’agit de s’occuper de la famille, des enfants. Ma musique est faite pour inspirer les femmes, les magnifier et à les aider à s’émanciper. Grâce à mes chansons, Fatou Linsan que Dieu ait son âme, Lega Bah, Djiwoun Barry et beaucoup d’autres jeunes filles font de la musique aujourd’hui».

Sans enfants, puisqu’elle n’en a jamais eu qui ont survécu, la chanteuse ambitionne de laisser un héritage inoubliable à son pays. Avant de mettre fin à sa carrière musicale, Binta Laaly Sow a à cœur de faire un seul, et ce sera son dernier album et aller à la Mecque pour implorer le pardon d’Allah. «Je demande au gouvernement de m’assister pour que je puisse réaliser cet album. Ce sera un album dont on se souviendra à jamais. J’ai fini de tout préparer c’est l’argent qui manque», a-t-il conclu.

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