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Héritage de Mamady Kébé : vingt ans de bataille judiciaire autour d’une fortune disputée

Par Mamadou Saidou Diallo
13 janvier 2026 à 13:15
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Depuis près de vingt ans, un conflit d’héritage déchire la famille Kébé, l’une des lignées les plus connues de l’histoire économique guinéenne. Malgré plusieurs décisions de justice rendues à différents niveaux, le litige reste entier. Les héritiers directs de Mamady Kébé, décédé en 2005, affirment être privés de l’héritage de leur père et dénoncent une situation qu’ils jugent injuste et intenable. Aujourd’hui, ils ont choisi de sortir de l’ombre et de porter l’affaire sur la place publique.

Au cœur de ce dossier se trouve Mamady Kébé, entrepreneur guinéen de premier plan, dont l’ascension remonte aux années 1950. C’est à Abidjan, entre 1952 et 1958, qu’il bâtit l’essentiel de sa fortune.

En 1959, répondant à l’appel du président Ahmed Sékou Touré, Mamady Kébé rapatrie l’intégralité de ses avoirs en Guinée. Il met sa fortune au service de l’État et investit massivement dans l’immobilier, acquérant de vastes domaines et construisant de nombreux immeubles. Pionnier du secteur industriel, il crée une société de dragage des fonds marins et fonde, dans les années 1960, la Société de commerce industriel de Guinée (SCIG).

À son décès, le 12 mars 2005, Mamady Kébé laisse derrière lui un patrimoine considérable. Pourtant, selon ses enfants, cet héritage ne leur a jamais réellement profité. « Depuis la mort de notre père, nous ne jouissons d’aucun de ses biens », déplore Serrah Kébé, l’une des héritières, qui affirme que la situation s’est rapidement détériorée après les obsèques.

Elle rappelle que son père entretenait une relation étroite et fraternelle avec son frère aîné, Daye Kébé. À son retour de Côte d’Ivoire, Mamady Kébé aurait constaté que ce dernier vivait dans une grande précarité et aurait immédiatement pris en charge l’ensemble de sa famille. « Il s’occupait de lui et de ses quatre épouses. Il ne manquait de rien », témoigne-t-elle, insistant sur le respect et l’affection qui liaient les deux frères.

Après le décès, un partage provisoire des biens aurait été accepté, « par concession », selon les héritiers directs. Mais très vite, ces derniers affirment avoir été exclus. « Dès 2006, nous ne recevions plus rien. En 2007 et 2008, nous avons demandé des comptes, sans succès. Tout allait de l’autre côté », affirme Serrah Kébé.

Face à ce qu’ils considèrent comme une spoliation, les héritiers engagent une procédure judiciaire à la fin de l’année 2008. Commence alors un long bras de fer judiciaire, toujours en cours près de deux décennies plus tard. La famille affirme avoir obtenu gain de cause à plusieurs reprises, notamment en appel et devant la Cour suprême. Une décision datée du 25 juillet 2023 est brandie comme preuve supplémentaire de leurs droits.
« En première instance, la décision avait été influencée par des pressions internes. Mais en appel, puis à la Cour suprême, la justice nous a donné raison », soutient Serrah Kébé, tout en dénonçant des manœuvres qu’elle qualifie de « non légales » ayant empêché l’exécution effective des jugements.

Les biens au cœur du litige sont nombreux : domaines à Coléah, Bonfi, Dubréka et Kankan, propriétés à Conakry, dont la Villa Kébé, ainsi que des immeubles en Côte d’Ivoire et un domaine à Monrovia. Selon les héritiers, ce patrimoine serait aujourd’hui dans un état de délabrement avancé. « Les biens ne sont pas entretenus, certains ne sont même pas assurés. Le nom de notre père a été effacé », déplore-t-elle.

Au fil des années, la famille affirme avoir subi des pressions, des menaces, des tentatives de corruption et même des agressions physiques. « Nous avons été insultés, diffamés, attaqués. On a voulu nous acheter », confie Serrah Kébé, évoquant également des divisions internes nourries par ce conflit prolongé.

Face à l’impasse, elle lance un appel direct aux plus hautes autorités du pays, notamment au président de la République et au ministre de la Justice. « Cette affaire pose de sérieuses questions sur le respect de l’État de droit, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice en Guinée », estime-t-elle.

Au-delà du combat juridique, les héritiers soulignent l’impact humain et financier de cette situation. « Nous avons des maisons, mais nous vivons en location ou à l’hôtel, à nos propres frais, pendant que notre héritage est bloqué », confie Serrah Kébé. « Chaque fois que nous parlons, il y a des représailles. »

Après vingt années de procédures, la famille Kébé espère que la médiatisation de ce dossier permettra enfin de faire appliquer les décisions de justice et de clore un contentieux qu’elle considère comme emblématique des dysfonctionnements de la justice successorale en Guinée. « Nous ne demandons pas une faveur, mais l’application du droit », insiste-t-elle, rappelant que de nombreuses familles vivent des situations similaires, souvent dans le silence.

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