La dissolution de plusieurs formations politiques par le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation continue de provoquer débats et interrogations sur l’avenir du pluralisme politique en Guinée. Interrogé par Guinee360, l’économiste et ancien porte-parole du Parti de l’Espoir pour le Développement National (PEDN), Mohamed Cissé, livre une analyse critique de la situation. Il évoque notamment les responsabilités internes des partis, les exigences réglementaires imposées par l’évaluation des formations politiques et les leçons que cette crise devrait inspirer à la classe politique.
Selon lui, les partis ayant accepté de se soumettre au processus d’évaluation doivent en assumer les conséquences, y compris lorsque des insuffisances sont relevées. « Quand une autorité demande à évaluer, vous avez accepté d’aller à l’évaluation, vous assumez le processus. Si vous avez reproché un certain nombre de points. Vous-même, vous vous êtes félicité de votre efficacité à l’exception des points qui vous ont été reprochés. Donc, vous avez promis de régler ces points. Et au même moment, vous portez plainte contre quelqu’un, ce qui est déjà en contentieux avec vous. Je parle du cas spécifique de l’UFDG. Donc, indépendamment de la décision, ce sont des facteurs de risque qui méritaient d’être évités. Et finalement, on vous dit non, vous ne pouvez pas aller au congrès parce que vous avez un conflit interne. Donc cela a énormément impacté », explique-t-il.
Pour Mohamed Cissé, les partis politiques doivent avant tout être capables de gérer leurs divergences internes afin de préserver leur cohésion et leur crédibilité. « Le parti UFDG devrait avoir la capacité de discuter à l’interne des divergences et de trouver une solution. Ce n’est pas de la faiblesse, ça ne veut pas dire que vous avez donné de la valeur à l’autre, mais ça veut dire tout simplement que ce que le parti représente, le parti interne et ce que le parti envisage de faire de bien pour le pays est beaucoup plus important que vos querelles individuelles. Mais malheureusement, beaucoup de partis n’ont pas su transcender cela », déplore-t-il.
L’ancien porte-parole du PEDN estime également que l’absence de certification de certains partis lors de l’évaluation traduit simplement le non-respect de certains critères exigés par la réglementation. « Et au lieu de se donner de l’énergie à taper sur le pouvoir et à dire combien il veut nuire au parti politique, il fallait mettre l’énergie dans la résolution de ces problèmes et observer le pouvoir s’ils vont dissoudre après avoir rempli ces conditions », affirme-t-il.
Mohamed Cissé regrette néanmoins la disparition de certaines formations politiques historiques qui ont marqué la vie politique du pays. « C’est malheureux parce qu’il y a des partis qui ne sont pas que des partis politiques, mais ces partis représentent tout un symbole. C’est le cas du PDG-RDA. Quand un parti préside un pays pendant des dizaines d’années, partir comme ça, c’est regrettable, c’est valable pour le PUP, c’est valable même pour le RPG. Mais ça doit être aussi une leçon d’avenir pour nous autres, pour dire que quel que soit le parcours élogieux d’un parti politique, s’il ne met pas l’esprit du parti, la vision du parti et l’intérêt du pays au-dessus des divergences internes, le parti sera forcément appelé à disparaître », soutient-il.
Selon lui, les règles en vigueur s’imposent à toutes les formations politiques sans exception. « Je crois que face aux règles, si il y a autre chose, je l’ignore. Mais face aux règles, ce qui n’a pas épargné le PDG, le RPG, l’UFDG, l’UFR, n’épargnera aucun autre parti politique. Donc les partis ont intérêt à travailler, à réunir leurs conditions », indique-t-il.
Mohamed Cissé regrette le manque d’anticipation des acteurs politiques lors de l’élaboration de la loi encadrant le fonctionnement des partis. « Et ce qui est aussi dramatique, on s’occupe trop des faits divers dans ce pays. Au moment où la loi a été en débat au niveau de l’Assemblée nationale, aucun parti politique ne s’est levé pour dire attention, il y a tel élément d’appréciation », conclut-il.

