Le Premier ministre Bah Oury a appelé à une rupture nette avec le modèle économique fondé sur la rente, estimant que les importantes recettes attendues de l’exploitation du mégaprojet minier Simandou doivent permettre de transformer durablement l’économie guinéenne, plutôt que de renforcer une dépendance persistante aux ressources naturelles.
Il s’exprimait lors de la cérémonie de lancement officiel de la plateforme pédagogique numérique « Mon Espace CFFP », un outil destiné à moderniser la formation des agents publics et à renforcer les compétences de l’administration guinéenne. Cette plateforme est ici présentée comme un levier de réforme et de modernisation de l’action publique.
Selon le chef du gouvernement, la Guinée traverse « un tournant majeur » de son histoire avec la concrétisation progressive du projet Simandou. S’il représente une opportunité économique historique en raison des revenus attendus, il soulève également une question centrale : celle de leur bonne utilisation.
« Le projet minier Simandou a pu être réalisé. C’était une prouesse (…). À partir de ce moment-là, la question s’est posée : qu’est-ce qu’il faut faire de tout cela ? Est-ce qu’il faut aller dans le sens habituel, développer une économie de rente en disant : “On a ce qu’on voulait, maintenant on peut se coucher” ? », s’est interrogé Bah Oury.
Dans un contexte où l’économie guinéenne repose encore largement sur l’exploitation des ressources naturelles et d’autres revenus dits « faciles », au détriment de la production de biens, de services et de l’innovation, le Premier ministre a clairement affiché la position de l’exécutif.
Il a ainsi souligné la volonté des autorités, sous l’impulsion du président Mamadi Doumbouya, de transformer structurellement l’économie nationale grâce aux retombées de Simandou. « Heureusement, la vision et la volonté du président Doumbouya, c’est de transformer ce pays, transformer son économie dans tous les domaines possibles et imaginables. D’où la nécessité absolue d’en finir avec l’économie de rente », a-t-il déclaré.
Bah Oury a toutefois mis en garde contre les effets pervers de la rente, qui ne se limitent pas à l’économie. Selon lui, elle influence également les comportements administratifs et sociaux : « Malheureusement, l’économie de rente génère une culture de rente », a-t-il affirmé, dénonçant des pratiques de distribution des ressources publiques sans création suffisante de richesse.
Pour le Premier ministre, la refondation de l’État ne saurait se réduire à la seule construction d’infrastructures. Elle implique, selon lui, une transformation en profondeur des mentalités. « La refondation, ce n’est pas simplement des murs, des routes ou des infrastructures. C’est la mentalité, c’est l’esprit. Il faut s’attaquer à l’essentiel : ce que nous avons dans la tête, notre culture et nos habitudes », a-t-il soutenu.
Il a enfin exhorté les responsables publics à adopter une culture de la performance, de la planification et de la création de valeur, estimant que les ressources issues de Simandou doivent constituer un levier de développement durable et non une source de dépendance. « Nous devons créer de la valeur, nous devons créer de la richesse. C’est à cela que nous sommes attendus », a-t-il insisté.
Bah Oury a rappelé que la réussite de cette transformation dépendra de la capacité de l’administration à rompre avec les anciennes pratiques et à s’inscrire dans une logique de résultats, afin de faire de Simandou un moteur de diversification économique plutôt qu’un simple pourvoyeur de revenus miniers.

