Au lendemain d’une assemblée générale extraordinaire tenue le lundi 21 septembre 2026 à Conakry, les leaders de l’intersyndicale de l’éducation (FSPE-SLECG-SNE) ont enchaîné les démarches institutionnelles. Ce jeudi 24 septembre, les représentants syndicaux ont entamé une double concertation, d’abord au sommet du gouvernement, puis au ministère de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique.
La matinée a débuté par un entretien de deux heures à la Primature, de 10h à 12h. À leur sortie du Palais du gouvernement, les syndicalistes ont marché pacifiquement en direction du ministère de la Fonction publique, en passant par le rond-point de la BCRG. Arrivés sur place, l’accès à la cour leur a d’abord été momentanément refusé avant qu’ils ne puissent rejoindre la salle de réunion pour un échange d’une heure avec les cadres du département.
À la fin de ce marathon d’échanges, Michel Pépé Balamou, secrétaire général du SNE et porte-parole de circonstance de l’intersyndicale, est revenu sur l’objectif de ces démarches : “L’intersyndicale de l’éducation, FSPE, SNE et SLECG, a eu une double rencontre : à la Primature, mais aussi au Ministère de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction Publique, sur un seul point inscrit à l’ordre du jour : le respect du protocole d’accord en date du samedi 3 janvier 2026, signé entre l’intersyndicale de l’éducation et le gouvernement. Nous sommes à deux semaines de l’ouverture des classes, que nous voulons réussie et apaisée. Et cela ne peut être possible que lorsque les engagements librement consentis dans ce protocole d’accord sont respectés dans leur esprit et lettre. C’est pourquoi, l’intersyndicale de l’éducation, en tant que force sociale de veille, d’alerte, d’interpellation, de proposition, de construction, s’est inscrite dans une démarche de co-construction alliant dialogue social et réclamations corporatiste à l’effet de trouver un point d’entente.”
D’après le porte-parole, la rencontre avec le Premier ministre s’est montrée plutôt rassurante, ce dernier ayant invité les départements concernés à poursuivre le dialogue. “Heureusement, Monsieur le Premier ministre a été réceptif à nos préoccupations en tant que garant moral du dialogue social en République de Guinée. Il a donné des instructions aux départements sectoriels concernés par l’application des points en souffrance dans le protocole d’accord du 3 janvier 2026, à l’effet de nous rencontrer dans les jours à venir pour que nous puissions ensemble rapprocher les positions. Parce que dans son analyse, que nous avons approuvée, il n’y a pas de logique de confrontation entre nous, il y a une logique d’interprétation des points inscrits dans ce protocole. Donc il y a un problème de sémantique, d’interprétation sémantique des mots et des expressions. Et donc cela ne peut pas nous permettre de remettre en cause tout ce qui a été fait d’ici là. C’est la raison pour laquelle nous allons nous asseoir, discuter de tous les points.”
Concernant la seconde étape au ministère de la Fonction publique, Michel Pépé Balamou a précisé qu’elle s’inscrivait dans la suite d’une demande d’audience formelle : “Par la suite, nous avons reçu une correspondance de Monsieur le ministre Faya François Bourouno nous invitant à venir à une rencontre d’échange, suite à une lettre d’audience que nous avons déposée à son niveau. Et comme il n’était pas là, il était de notre devoir de venir au moins répondre à l’appel. Et heureusement, vous l’avez constaté, tous ses techniciens étaient à nos côtés, et ils étaient aussi présents à la rencontre du Premier ministre.”
Sur place, les syndicalistes ont profité des échanges pour soulever des dossiers plus spécifiques à la vie matérielle et administrative des enseignants du pays : “Mais il y avait d’autres points qui n’avaient pas été évoqués à la Primature, notamment la situation des 10 000 enseignants des collectivités locales engagés en 2024 à la fonction publique qui ont encore 9 mois d’arriérés de salaire et des primes d’incitation qui ne correspondent pas à leurs zones d’affectation. Et il y a les quatre échelons que le Président de la République a accordés à tous les fonctionnaires lors de son discours d’adresse à la nation le 31 décembre 2025, et que les autres là ne bénéficient pas.”
Poursuivant sur la nécessité de décentraliser la gestion des dossiers pour éviter le calvaire des déplacements vers Conakry, il a martelé : “C’est au regard de la régularisation administrative de la situation des enseignants que nous avons fait le devoir d’être là, pour leur dire que la modernisation de l’administration signifie le rapprochement de l’administration vers les administrés. On ne peut pas parler de service public de qualité si un enseignant doit quitter Woundou, Guéckédou, Yendé-Millimou, Kankan, Nzérékoré pour venir régler un problème de prime d’incitation. Voilà la raison pour laquelle nous sommes là.”
Vers une médiation décisive dès lundi
Une nouvelle étape doit s’ouvrir très rapidement pour essayer d’aplanir les divergences d’ici le début de l’année scolaire. “Je pense que lundi, si tout va bien, sous la médiation du Président du Conseil National du Dialogue Social, des discussions vont s’ouvrir sur les points d’achoppement. Et je pense que, nous espérons ainsi que pour qu’il y ait une ouverture réussie et apaisée, tous ces points vont être satisfaits avant le lundi 5 octobre 2026.”
Les négociations portent notamment sur :
La revalorisation de diverses primes métiers ainsi que la prise en compte des indemnités de logement et de préparation.
Le statut des enseignants contractuels communaux non retenus après l’évaluation en pratique de classe et les modalités de leur prise en charge.
La situation des cadres du secteur éducatif, au regard du décret octroyant des primes de fonction aux hauts cadres de l’État.
Selon les responsables syndicaux, trois commissions techniques ont déjà été chargées d’étudier les dossiers en suspens et leurs présidents rédigent actuellement des synthèses de leurs travaux. L’intersyndicale insiste tout particulièrement pour que les enseignants contractuels ayant obtenu la moyenne lors des évaluations soient intégrés conformément aux textes négociés.
Pour conclure, Michel Pépé Balamou a rappelé la fermeté mais aussi la volonté de dialogue du corps enseignant : “Je pense que cette situation, on me est en train de la gérer intelligemment. C’est un problème d’interprétation sémantique erronée que nous allons redresser en tant qu’enseignants. Nous sommes des enseignants, nous enseignons la grammaire, la conjugaison, l’orthographe. Nous savons ce que ça veut dire « prioritaire à l’engagement . C’est différent de prioritaire à l’enregistrement ou à un concours. Donc le français est précis, concis, clair.”
La reprise des négociations le lundi 28 septembre sous l’égide du Conseil national du dialogue social permettra de savoir si la rentrée prévue le 5 octobre pourra se dérouler dans un climat d’apaisement.

