Le Yémen fait face au risque le plus sérieux de replonger dans un conflit généralisé depuis la trêve de 2022. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, les diplomates ont tiré la sonnette d’alarme face à l’escalade militaire et à une crise humanitaire qui frôle la famine.
« Quatre années de calme peuvent être perdues en quelques semaines d’escalade », a prévenu Hans Grundberg, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Yémen. Selon lui, la reprise des hostilités menace directement les fragiles acquis politiques obtenus ces dernières années.
Front militaire et tensions régionales
Sur le terrain, les signaux d’alerte se multiplient. Les combats se sont intensifiés le long des lignes de front, notamment à Marib, dans l’Hadramaout et à Mokha, faisant de nombreuses victimes civiles et militaires.
Parallèlement, les rebelles houthis (le mouvement Ansar Allah), qui contrôlent la capitale Sanaa ainsi que le nord et l’ouest du pays, ont intensifié leurs opérations maritimes :
Attaques en mer Rouge : Reprise des frappes contre les navires commerciaux dans la mer Rouge et le golfe d’Aden, incluant une attaque de missile meurtrière contre un navire marchand.
Engrenage régional : L’émissaire de l’ONU craint que le Yémen ne soit aspiré dans une confrontation régionale plus large, alors que le commerce mondial et les flux énergétiques subissent déjà les contrecoups des tensions dans le détroit d’Ormuz.
Face à ce péril, Hans Grundberg exhorte les parties à revenir « à la table des négociations ». Il appelle à une désescalade immédiate, à un cessez-le-feu solide, à l’arrêt des attaques maritimes et à la réactivation du mécanisme de coordination militaire de l’ONU.
« La médiation ne peut pas se substituer à la volonté politique », a martelé l’envoyé spécial.
L’économie comme nouvelle ligne de front
Au-delà des armes, la guerre se joue désormais sur le terrain financier. Hans Grundberg souligne que l’économie yéménite est devenue politisée, impactant directement les salaires, la monnaie et le commerce.
Pour stabiliser le pays, l’ONU préconise des mesures d’urgence :
La reprise immédiate des exportations de pétrole.
La réouverture des vols commerciaux depuis et vers l’aéroport de Sanaa.
Le maintien des accès maritimes aux ports vitaux du pays.
Un accord durable sur le paiement des fonctionnaires et le rétablissement des services de base.
Urgence humanitaire : la faim et l’effondrement sanitaire
Le tableau dépeint par le Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Tom Fletcher, est dramatique : « La faim augmente, les services de santé s’effondrent et les familles ont épuisé leurs derniers mécanismes d’adaptation. »
Le calvaire des femmes et des filles
Le système de santé, en ruine, frappe de plein fouet les populations les plus vulnérables. Près de 11 millions de femmes et de filles ont un besoin urgent d’aide humanitaire, parmi lesquelles 750 000 femmes enceintes.
L’accès aux soins est devenu un luxe :
Seul 1 établissement de santé sur 5 est aujourd’hui en mesure d’assurer des soins maternels.
80 % des femmes n’ont aucun accès aux services essentiels de santé reproductive.
Pour l’ONU, cette situation n’est pas sans conséquence. Selon l’organisation, cela fait que trois femmes meurent chaque jour au Yémen de complications liées à la grossesse qui auraient pourtant pu être évitées.

