L’organisation du baccalauréat unique, session 2026, a été entachée par plusieurs cas de fraude signalés dans différentes localités du pays. Des enseignants ont été interpellés en flagrant délit, tandis que des candidats et plusieurs téléphones ont également été saisis.
Lors d’un point de presse tenu ce lundi 13 juillet 2026, le Syndicat National de l’Éducation (SNE) a affiché une position ferme face à ces pratiques qualifiées d’« antivaleurs ». Son secrétaire général, Michel Pépé Balamou, a dénoncé l’implication de certains enseignants dans ces actes qu’il juge incompatibles avec leur mission. « Je ne peux pas imaginer qu’il y ait un enseignant qui passe neuf mois à donner des cours intensifs à ses élèves, puis l’on soit associé à la commission des mêmes fraudes au profit de ces élèves qu’on a passé neuf mois à former. », s’est-il indigné.
Selon les chiffres avancés par le responsable syndical, 187 enseignants seraient actuellement impliqués dans des procédures liées à des cas de fraude sur l’ensemble du territoire national. « Au regard des statistiques que nous avons, il y a aujourd’hui 187 enseignants arrêtés sur toute l’étendue du territoire national, qui sont dans le lien de la culpabilité. Nous pensons qu’à ce niveau, nous avons une grande responsabilité. Et nous avons reçu des appels de nos représentants. Nous avons dit aux gens de rester à l’écart de ces antivaleurs, de ces pratiques déviantes. »
Pour Michel Pépé Balamou, ces comportements portent atteinte à l’image du corps enseignant et affaiblissent les revendications défendues par les organisations syndicales de l’éducation auprès des autorités. « Nous ne pouvons pas défendre des gens qui n’honorent pas la corporation, qui humilient la corporation. Parce que, quand nous sommes dans les négociations, on nous dit : Vous réclamez, vous réclamez. Mais voilà, le niveau des enfants ne fait que baisser. Voilà que vos camarades sont toujours là en train de créer des groupes, des comités de rédaction, des stratégies de main à main pour contribuer à ternir l’image de la corporation enseignante, à ternir la crédibilité des examens. Ça, c’est un élément important. », a-t-il souligné.
Le responsable du SNE s’est également dit surpris par le fait que le nombre d’enseignants impliqués dans les fraudes soit supérieur à celui des candidats concernés. « Parce que, quand vous prenez le nombre d’élèves fraudeurs sur toute l’étendue du territoire national, il est de 145. Donc le nombre d’enseignants impliqués dans la fraude est largement supérieur au nombre d’élèves fraudeurs. Ce qui est paradoxal. Je pense que c’est le nombre d’élèves fraudeurs qui devrait dépasser le nombre d’enseignants renvoyés ou arrêtés. Ça veut dire que c’est l’inversion des valeurs. Pourtant, nous avons fait des déclarations. Nous avons demandé à nos camarades de s’assainir. »
Tout en refusant d’apporter un soutien syndical aux enseignants pris en flagrant délit de fraude, Michel Pépé Balamou estime toutefois que les personnes concernées doivent bénéficier des garanties judiciaires prévues par la loi. « Donc nous, on n’est pas prêts à défendre quelqu’un pris dans cette fraude. Mais nous sommes quand même pour qu’ils aient accès à un procès équitable dans le respect de leurs droits. Si chaque fois, il faut aller libérer les gens des prisons et que chaque année il y a la récidive, ça ne nous honore pas. Ça nous affaiblit davantage. Donc je pense que cela va servir de leçon cette année et que l’année prochaine, on évitera désormais d’aller composer à la place de nos élèves. »
Le syndicaliste s’est interrogé sur les failles du dispositif de surveillance dans les centres d’examen, notamment après la découverte de copies dont certaines productions auraient été réalisées à l’aide de l’intelligence artificielle. « Sinon, comment comprendre que deux surveillants soient dans une salle avec 30 élèves et qu’on puisse voir des copies ou des productions traitées par l’intelligence artificielle ? Ça veut dire que, vraiment, il n’y a pas la volonté de les surveiller. C’est ça la vérité. », a-t-il conclu.

