CRIEF : Françis Kova Zoumanigui passe le flambeau à Mamadou Saliou Diakité

12 min de lecture

La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) change de président. La cérémonie de passation de service entre Françis Kova Zoumanigui et son successeur, Mamadou Saliou Diakité, s’est tenue ce mercredi 28 octobre 2026. L’occasion pour le président sortant de revenir sur son bilan, mais aussi de rappeler les chantiers qui restent ouverts. De son côté, le nouveau patron de la juridiction a promis de consolider les acquis et de faire de la modernisation, de la transparence et du respect des droits des justiciables des priorités.

Après plus de deux ans à la tête de la CRIEF, Françis Kova Zoumanigui quitte ses fonctions en laissant derrière lui des réalisations, mais aussi plusieurs dossiers à poursuivre. Nommé le 17 janvier 2024, le magistrat a profité de cette cérémonie pour remercier les autorités du pays, notamment le président Mamadi Doumbouya, le ministre de la Justice ainsi que les membres du Conseil supérieur de la magistrature.

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Sans chercher à présenter un bilan entièrement abouti, il a reconnu que certains objectifs n’avaient pas encore été atteints. « Je ne prétends pas avoir tout réalisé. Des attentes demeurent et certains projets n’ont pas encore atteint le stade de leur concrétisation », a-t-il admis.

Le président sortant estime néanmoins avoir contribué au renforcement des capacités de la Cour, tant sur le plan institutionnel
que matériel et professionnel.

Parmi les initiatives qu’il a mises en avant figure l’ordonnance N° 008 du 20 avril 2026, portant feuille de route institutionnelle de la CRIEF. Cette démarche vise notamment à améliorer le fonctionnement de la juridiction, à mieux organiser le travail et à renforcer le suivi des actions engagées.

La formation du personnel a également occupé une place importante dans son intervention. Face à la complexité croissante des infractions économiques et financières, Françis Kova Zoumanigui a évoqué plusieurs démarches menées auprès de partenaires techniques et financiers pour renforcer les compétences des magistrats et
des autres acteurs judiciaires.

Les formations envisagées portent notamment sur les investigations financières et patrimoniales, la criminalité numérique, l’entraide pénale internationale, le renseignement financier et les enquêtes liées aux cryptomonnaies.

Il a cité, entre autres, le projet FORCE d’Expertise France et le Projet d’appui à la modernisation de la gestion économique et financière (PAMGEF), financé par la Banque africaine de développement.

Plusieurs propositions ont été retenues, notamment en matière de formation, d’équipements informatiques, de gestion électronique des documents et d’élaboration d’un manuel de procédures administratives et financières.

Autre dossier évoqué : la coopération avec Interpol. Le président sortant a indiqué avoir sollicité l’organisation d’une mission d’immersion au siège de l’institution, envisagée pour décembre 2026. L’initiative doit permettre aux acteurs de la CRIEF de mieux maîtriser les mécanismes de coopération policière internationale, les outils de recherche et les dispositifs de traçage des avoirs.
Cette demande reste toutefois en attente de réponse, a-t-il précisé, invitant son successeur à en assurer le suivi.

Des décisions judiciaires et des chantiers encore ouverts

Au-delà des réformes et des projets de modernisation, Françis Kova Zoumanigui a également évoqué les résultats obtenus dans certaines procédures judiciaires, notamment les condamnations assorties d’amendes, de restitutions et de confiscations de biens.

Il a notamment cité une affaire jugée en mai 2025, qui aurait abouti à une peine de cinq ans d’emprisonnement, une amende de cinq milliards de francs guinéens, la restitution de 10 005 000 dollars américains et la confiscation de biens immobiliers à Conakry et à l’intérieur du pays. Selon son intervention, les condamnations et les confiscations ont été confirmées en appel.

Le magistrat a également évoqué les procédures relatives au commerce illicite de produits pharmaceutiques, notamment celles liées au marché de Madina. Il a présenté ces affaires comme un exemple de l’intervention de la justice face à des pratiques susceptibles de menacer la santé publique et de porter atteinte à l’ordre économique.

Mais tout n’a pas avancé au rythme souhaité. Parmi les regrets exprimés par le président sortant figure l’absence d’audiences foraines en 2026, alors que des démarches avaient été entreprises pour obtenir les crédits nécessaires à leur organisation.

Il a appelé la nouvelle direction à faire le point sur les ressources disponibles et à mieux programmer ces audiences pour les prochains exercices budgétaires.

D’autres priorités attendent également Mamadou Saliou Diakité. Il s’agit notamment de renforcer la sécurité des locaux et des données du parquet, de poursuivre la digitalisation de la Cour et d’aménager un espace adapté à l’accueil des avocats.

Sur le plan des infrastructures, Françis Kova Zoumanigui a salué la réhabilitation des locaux de la CRIEF, menée entre 2024 et le premier semestre 2025, avec l’appui de partenaires institutionnels, dont la Banque mondiale et l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES).

Mamadou Saliou Diakité veut consolider les acquis

Prenant la parole après son prédécesseur, Mamadou Saliou Diakité a d’abord exprimé sa reconnaissance au président de la République et aux membres du Conseil supérieur de la magistrature pour la confiance placée en lui.

Il a ensuite rendu hommage à Françis Kova Zoumanigui, saluant le travail accompli à la tête de la juridiction ainsi que la contribution des magistrats et du personnel à son fonctionnement. « Les hommes passent, les institutions demeurent. L’essentiel est de passer le flambeau avec la certitude que la flamme continuera de briller », a-t-il déclaré.

Un message qui résume sa volonté de s’inscrire dans la continuité, sans perdre de vue les attentes des citoyens envers la justice.

Le nouveau président entend notamment faire de la qualité du service judiciaire une priorité. Il a annoncé son ambition de garantir aux justiciables une justice plus moderne, transparente et équitable, dans le respect des délais raisonnables. « Nous entendons particulièrement garantir aux justiciables de cette institution une justice moderne, transparente, équitable et rendue dans le strict respect du délai raisonnable », a-t-il affirmé.

Mamadou Saliou Diakité a également insisté sur la nécessité de concilier la lutte contre les infractions économiques et financières avec le respect des garanties fondamentales du procès pénal. Pour lui, la fermeté dans la répression ne doit jamais se faire au détriment des droits des parties.

Évoquant les conséquences de la corruption sur l’économie nationale, il a utilisé une image parlante pour illustrer les difficultés auxquelles un État peut être confronté lorsque ses ressources sont détournées. Il a ainsi comparé un budget public affecté par la corruption à « un tamis fortement troué qu’on a ambition de remplir d’eau ».

À travers cette comparaison, le nouveau président a rappelé que la lutte contre la corruption constitue, à ses yeux, une condition essentielle à la réalisation des ambitions de développement du pays.

Conscient que les objectifs annoncés ne pourront être atteints sans l’implication de l’ensemble des acteurs concernés, Mamadou Saliou Diakité a tendu la main aux magistrats du siège et du parquet, aux greffiers, au personnel d’appui ainsi qu’aux auxiliaires de justice.

Il a également évoqué sa future collaboration avec le procureur spécial près la CRIEF, Alhassane Charles Wright, absent du pays au moment de la cérémonie.

Le nouveau président a assuré que cette collaboration se ferait dans le respect des responsabilités propres à chacun, mais avec des objectifs communs définis par les lois de la République.

Il compte aussi sur l’accompagnement des partenaires nationaux et internationaux pour renforcer les compétences du personnel et améliorer les conditions de travail au sein de la Cour.

L’enjeu est désormais de transformer les orientations annoncées en actions concrètes, avec l’appui de tous les acteurs de la chaîne judiciaire.

Le personnel rend hommage au président sortant

La cérémonie a également été marquée par l’intervention du magistrat Mamadou Dian Diallo, porte-parole du personnel de la CRIEF. Au nom de ses collègues, il a salué le travail accompli par Françis Kova Zoumanigui et lui a exprimé sa reconnaissance à l’occasion de la fin de ses fonctions.

Rappelant les exigences liées à la direction d’une juridiction spécialisée, il a notamment insisté sur la rigueur, le discernement et le sens des responsabilités nécessaires à l’exercice de telles fonctions. « Votre passage à la tête de la CRIEF aura constitué une étape dans la vie de cette institution dont la mission demeure essentielle pour la protection des deniers publics et la lutte contre les infractions économiques et financières », a-t-il souligné.

Le porte-parole a également salué la contribution des différentes équipes qui ont participé au fonctionnement de la Cour depuis sa création, avant de souhaiter plein succès au président sortant dans la suite de son parcours.

À Mamadou Saliou Diakité, le personnel a adressé ses vœux de réussite, tout en réaffirmant sa disponibilité à travailler avec la nouvelle direction dans le respect des obligations professionnelles et statutaires.

Avec l’arrivée de Mamadou Saliou Diakité, la CRIEF entame une nouvelle phase de son fonctionnement. Plusieurs dossiers restent à faire avancer : la modernisation des outils de travail, le renforcement des compétences, l’amélioration des conditions d’exercice de la justice et la concrétisation des projets encore en attente.

Le nouveau président devra également répondre aux attentes liées à la mission particulière de cette juridiction, dont l’action porte notamment sur les infractions économiques et financières et la protection des ressources publiques.

Entre continuité et nouvelles ambitions, le défi sera de faire avancer les chantiers engagés tout en veillant au respect des droits des justiciables et des exigences d’une justice impartiale.

Le passage de témoin entre Françis Kova Zoumanigui et Mamadou Saliou Diakité ouvre ainsi une nouvelle séquence pour la CRIEF, avec une question centrale : comment transformer les acquis et les engagements annoncés en résultats concrets et durables pour la justice guinéenne ?