Huit ans après la signature d’un accord migratoire entre Conakry et Berlin, le dossier ressurgit et provoque une vive réaction des autorités guinéennes. Paraphé en 2018 sous l’ancien régime, le protocole encadre la coopération en matière de migration légale et irrégulière, notamment les procédures de rapatriement des ressortissants guinéens en situation irrégulière en Allemagne.
Après quatre années de suspension décidée par les nouvelles autorités, Berlin a relancé l’exécution de l’accord. En réponse, le ministre des Affaires étrangères et des Guinéens établis à l’étranger, Morissanda Kouyaté, a convoqué un responsable de l’ambassade d’Allemagne pour demander des explications et solliciter une pause.
D’emblée, le chef de la diplomatie guinéenne a rappelé la nature de l’engagement liant les deux États. « C’est un protocole d’accord entre la République de Guinée et le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne relatif à la coopération en matière de migration légale et illégale. Et ce que le Président Mamadi Doumbouya a fait, en veillant aux responsabilités, c’est de ne pas appliquer son intégrité. Pourquoi ? Parce que nous avons dit qu’il fallait respecter la dignité de nos compatriotes. Nous respectons chaque pays, nous respectons la dignité de tous les pays et nous voulons aussi que nos compatriotes bénéficient du respect de leur dignité. C’est pourquoi pendant ces quatre années, malgré toute la pression du gouvernement allemand et de l’Union européenne, nous avons résisté à appliquer cet accord qui est signé. »
S’il reconnaît le principe de continuité de l’État, Morissanda Kouyaté assume néanmoins les réserves des autorités actuelles : « Parce que c’est signé par un gouvernement qui était avant nous. C’est la continuité. Mais si nous, nous étions là, on ne l’aurait pas signé. Oui, ça a été signé en 2018. Avant nous, nous endossons les conséquences. »
Au cœur des préoccupations du gouvernement guinéen figure la question des conditions de retour. « Nous tenons à ce que la dignité des guinéens soit respectée. Aujourd’hui, nous avons une réaction de nos compatriotes qui viennent et qui nous donnent des informations selon lesquelles ils sont très malades. Nous tenons à la partie positive de notre coopération. Et ensemble, nous devons nous battre pour que la partie toxique de notre coopération soit totalement élevée, pour que cette coopération continue avec nous. C’est dans ce cadre-là que je vous ai invités à venir. Et comme ça, nous allons travailler ensemble, faire cette enquête et tirer la leçon. »
Concrètement, le ministre propose deux mesures : la suspension immédiate des opérations de rapatriement en cours et la mise en place d’une commission d’enquête conjointe Guinée–Allemagne. Cette structure devra examiner les conditions de retour des migrants et passer en revue l’ensemble du dispositif.
De son côté, la partie allemande affirme vouloir agir dans le strict respect de la loi et se dit disposée à collaborer avec Conakry, notamment à travers la commission envisagée.
La position de la diplomatie guinéenne se veut désormais sans ambiguïté : la coopération avec l’Allemagne doit se poursuivre, mais elle devra s’inscrire dans le strict respect de la dignité des citoyens guinéens.

