En Guinée, partir à l’étranger a longtemps été perçu comme une étape presque naturelle du parcours de nombreux jeunes. Mais ces dernières années, la migration irrégulière prend une ampleur préoccupante, alimentée par les rêves d’ailleurs, les difficultés économiques et parfois une méconnaissance des risques.
Pour mieux comprendre ce phénomène, une étude anthropologique a été lancée dans le cadre du projet AMIS (Accompagnement, Mobilité, Insertion et Sensibilisation). Mis en œuvre par Enabel et Expertise France avec l’appui de l’Union européenne et du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, ce projet veut dépasser les approches classiques de sensibilisation. L’idée c’es d’analyser en profondeur les représentations sociales et les imaginaires qui entourent la migration irrégulière en Guinée.
Une enquête au plus près des communautés
L’étude, réalisée par le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD), s’est appuyée sur des enquêtes menées dans 18 préfectures et sous-préfectures du pays. Objectif : écouter les jeunes, les familles et les acteurs locaux pour comprendre pourquoi, malgré les dangers, certains continuent de tenter l’aventure clandestine.

Les premiers résultats sont actuellement partagés à travers des ateliers régionaux organisés notamment à Forécariah, Boké, Kindia, Koundara, Labé, Mamou, Kankan et N’Zérékoré. Dans les salles de rencontre, autorités locales, leaders communautaires, organisations de la société civile, migrants de retour et simples citoyens échangent sans filtre sur les réalités du terrain.
Comprendre avant de sensibiliser
Au-delà du partage des conclusions de l’étude, ces ateliers visent à ouvrir un espace de dialogue avec les communautés. L’objectif affiché est d’adapter les messages de sensibilisation aux réalités locales et aux expériences vécues par les populations concernées.
Pour plusieurs participants, la migration ne se résume pas à une fuite, mais à une quête de reconnaissance sociale ou économique. D’où la nécessité, selon les organisateurs, de repenser les messages de prévention pour qu’ils soient plus crédibles et mieux adaptés aux réalités locales.
Au fil des échanges, une même conviction se dégage : lutter contre la migration irrégulière ne peut pas se limiter à rappeler les dangers du voyage. Il faut aussi comprendre les motivations profondes et offrir des alternatives concrètes.
À travers cette étude, les acteurs du projet AMIS espèrent ainsi contribuer à une meilleure lecture du phénomène migratoire en Guinée. Un travail de fond qui pourrait, à terme, influencer les politiques publiques et les stratégies de sensibilisation destinées aux jeunes, au moment où la question migratoire reste au cœur des préoccupations sociales dans plusieurs régions du pays.


