Alors que la Guinée tourne progressivement la page de la transition avec la mise en place de l’Assemblée nationale, la question des institutions prévues par le cadre démocratique revient dans le débat politique. Parmi les sujets soulevés figure notamment le statut du chef de file de l’opposition. Le président de l’UPAG Les Patriotes, Cheick Oumar Traoré, appelle à une réflexion sur la mise en place de cette institution et sur les critères permettant d’en déterminer le titulaire.
Lors d’un point de presse animé ce week-end à Conakry, le candidat malheureux aux dernières élections législatives a invité les parlementaires et les autorités compétentes à se pencher sur la question lors de la prochaine rentrée parlementaire.
Cheick Traoré rappelle que le statut du chef de file de l’opposition est consacré par la loi. Il souhaite toutefois que le dispositif soit réactualisé afin de tenir compte du nouveau contexte politique. « Lorsque vous regardez la loi 036 du 23 décembre 2014 portant statut des partis d’opposition en Guinée, vous verrez purement et simplement que le statut du chef de file de l’opposition est non seulement reconnu avec un rang protocolaire spécifique donné à la personne qui sera la tête de cette institution. Nous, ça nous motive davantage pour demander aux autorités compétentes de réactualiser cela pour qu’il y ait un certain équilibre institutionnel au sein de notre entité », a-t-il déclaré.
Pour le leader de l’UPAG Les Patriotes, l’existence d’une opposition institutionnelle est nécessaire au fonctionnement démocratique du pays. Il estime que la contradiction permet d’enrichir les décisions publiques et de faire émerger d’autres propositions. « Si nous devons avoir seulement des personnes autour des institutions, autour du président, qui ne soutiennent que ce qui a déjà été fait ou ce qu’il y a en tête du président de réaliser, on n’avancera pas. Il faut qu’il y ait encore d’autres entités qui peuvent voir différemment les choses et qui font des propositions permettant au pays de faire un pas vers l’avant », a-t-il soutenu.
Il précise toutefois que sa démarche ne vise pas à réclamer ce statut pour son propre parti. Il plaide plutôt pour la définition de critères clairs, objectifs et liés notamment aux résultats électoraux. « Nous ne demandons plus que ce statut nous revienne mais nous demandons à ce que les critères clairs et objectifs puissent être mis en place pour qu’on puisse savoir qui mérite exactement ce statut », a-t-il expliqué.
Et de préciser : « Quand je parle du statut de chef de file de l’opposition, je ne parle pas d’une personne, d’un leader politique ou d’un groupe de personnes, je parle d’une institution. Donc, cela peut être notre famille politique, ça peut être n’importe quelle autre famille politique ou ça peut être n’importe quel autre acteur politique guinéen mais à condition que cela soit fait sur la base des critères objectifs et des critères qui déterminent les missions et les objectifs assignés à cette institution ».
Cheick Traoré insiste également sur la nature de l’opposition qu’il souhaite voir émerger dans le nouveau paysage politique guinéen. Pour lui, celle-ci doit être constructive et tournée vers l’intérêt général. » Ce n’est pas une exigence, nous voulons spécifiquement une opposition dans la République, au service de la République mais contrôlée par le peuple guinéen. C’est une plaidoirie que nous faisons pour que notre pays puisse quand même s’en sortir », a-t-il affirmé.
Le président de l’UPAG Les Patriotes distingue enfin cette opposition institutionnelle des formes de contestation qu’il juge incompatibles avec cette démarche. « Quand je parle de l’opposition, je ne parle pas de ceux qui ont déjà fait mal au pays de façon avérée, qui doivent répondre de leurs actes. Je ne parle pas également de ceux qui insultent, je ne parle pas de ceux qui brûlent les pneus, je ne parle pas de ceux qui bloquent le système économique. Je parle d’une position constructive, responsable, qui a envie de faire des propositions idoines pour permettre à notre nation d’aller de l’avant », a-t-il conclu.

