En Guinée, la détention préventive prolongée contribue fortement à la surpopulation carcérale. Dans une étude présentée ce jeudi 14 mai 2026 à la Maison de la presse, l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) dénonce des cas de détentions irrégulières pouvant durer plusieurs années sans jugement, ainsi que les difficultés d’accès à une défense pour les détenus les plus démunis.
L’étude, menée par Mamadou Malal Diallo, juriste et consultant, dresse un constat alarmant de la détention préventive et de ses conséquences sur les établissements pénitentiaires guinéens.
Au cours de son intervention, il a souligné que la Maison centrale de Conakry, conçue pour accueillir environ 1 000 détenus, est aujourd’hui largement occupée par des prévenus.
« La Maison centrale est passée à 1 000 places. Et si nous prenons les chiffres de la détention préventive, nous sommes pratiquement à 99 %. Cela signifie qu’il y a au moins plus de 900 prévenus pour les trois juridictions réunies. Ces 900 prévenus occupent déjà presque les 1 000 places, sans compter les condamnés en matière correctionnelle et criminelle. Vous voyez donc les difficultés auxquelles nous sommes confrontés », a-t-il expliqué.
Parmi les cas évoqués, l’OGDH a cité plusieurs exemples de détentions prolongées jugées irrégulières.
« Un individu arrêté le 12 mai 1991 pour meurtre a été détenu jusqu’au 13 octobre 2008, soit 16 ans de détention, avant d’être libéré sur instruction du procureur général près la Cour d’appel de Conakry de l’époque. Il n’a jamais été présenté à un juge d’instruction, encore moins jugé », a indiqué Mamadou Malal Diallo.
Le juriste a également évoqué un cas plus récent : « Le 8 janvier 2026, au tribunal de Dixinn, certaines personnes placées sous mandat de dépôt depuis le 17 août 2016 pour vol à main armée ont comparu pour la première fois. Cela représente dix ans de détention provisoire », a-t-il dénoncé.
Poursuivant son exposé, Mamadou Malal Diallo a cité le cas d’un détenu dont le pourvoi en cassation n’a été transmis à la Cour suprême que trois ans après sa condamnation en appel.
« Trois ans après, son pourvoi a finalement été transmis à la Cour suprême. Jusqu’à présent, il n’a toujours pas été examiné », a-t-il déclaré.
Selon lui, plusieurs détenus affirment également avoir multiplié les demandes de liberté conditionnelle sans jamais obtenir de réponse.
L’OGDH dénonce par ailleurs les difficultés d’accès à une défense efficace pour les détenus les plus démunis.
« La loi sur l’aide juridictionnelle existe, mais il n’y a pas de fonds. Par conséquent, la commission d’avocats d’office reste très difficile pour les détenus les plus pauvres », a regretté le juriste.
Face à cette situation, l’organisation recommande notamment le renforcement des audiences criminelles, l’amélioration du suivi des dossiers judiciaires, le financement effectif de l’aide juridictionnelle ainsi que le développement de mesures alternatives à la détention.

