Le Tribunal de première instance de Dixinn a poursuivi, ce jeudi 11 juin 2026, l’examen de l’affaire portant sur des faits présumés de viol, de séquestration, de violences et de coups volontaires reprochés à Lancinet Camara et à Mamady Condé, actuellement en fuite.
Détenu à la maison centrale de Conakry depuis le 4 mai 2021, Lancinet Camara sera fixé sur son sort le 18 juin prochain. L’audience de ce jeudi était consacrée aux réquisitions du ministère public et aux plaidoiries de la défense.
L’affaire fait suite à une plainte déposée par Maimouna Samoura, commerçante, qui ne s’est toutefois jamais présentée devant le tribunal depuis l’ouverture des débats le 23 avril 2026.
À la barre, Lancinet Camara, qui exerçait comme chauffeur au service d’un secrétaire général de département ministériel au moment des faits, a une nouvelle fois rejeté les accusations portées contre lui.
Dans ses réquisitions, le procureur Fanka Oularé a relevé plusieurs contradictions entre les déclarations du prévenu devant le tribunal et les conclusions de l’enquête préliminaire.
Selon le rapport versé au dossier, Maimouna Samoura, commerçante au marché Madina, cherchait un véhicule pour regagner son domicile après sa journée de travail lorsqu’elle aurait été abordée par Lancinet Camara et Mamady Condé. Les deux hommes lui auraient proposé de la transporter à bord d’un véhicule appartenant à un haut responsable de l’administration.
Le même rapport indique qu’une fois arrivée à Entag, la plaignante aurait demandé à descendre du véhicule. Une requête qui lui aurait été refusée après qu’elle eut repoussé les avances des deux occupants. Elle aurait ensuite été conduite dans un bas-fond de Tombolia où elle aurait subi un viol avant d’être menacée de mort pour l’empêcher de dénoncer les faits.
L’enquête rapporte également que les cris de la victime auraient alerté des conducteurs de mototaxis ainsi que des riverains. Avec l’appui d’agents postés à un barrage, ces derniers auraient poursuivi le véhicule. Lancinet Camara aurait alors été interpellé, tandis que Mamady Condé serait parvenu à prendre la fuite.
Devant le tribunal, Lancinet Camara a présenté une version totalement différente des faits. Selon lui, le dossier trouverait son origine dans une relation extraconjugale entre Mamady Condé et Fatoumata Samoura, une affaire qui aurait mal tourné.
Au cours de son intervention, le procureur Fanka Oularé a rappelé les efforts déployés par les autorités judiciaires dans la lutte contre les violences sexuelles en Guinée.
Pour le magistrat, les éléments du dossier permettent d’établir la matérialité des faits. « Elle devait rentrer chez elle via la route le prince, elle s’est vue obligée d’aller jusqu’à Entag pour remonter, malheureusement, on l’a empêché de descendre du véhicule à l’endroit où elle voulait », a-t-il déclaré.
Selon le représentant du ministère public, les accusés auraient profité de la vulnérabilité de la victime.
Rappelant les dispositions de l’article 268 du Code pénal, qui définit le viol comme tout acte de pénétration sexuelle, quelle qu’en soit la nature, et le punit d’une peine de cinq à dix ans de réclusion criminelle, le procureur a demandé au tribunal de déclarer les deux accusés coupables.
Au terme de ses réquisitions, le parquet a sollicité une peine de dix ans de réclusion criminelle contre Mamady Condé, jugé par défaut en raison de sa fuite, et cinq ans de réclusion criminelle contre Lancinet Camara.
La défense a, de son côté, vigoureusement contesté ces réquisitions. L’un des avocats de Lancinet Camara s’est dit surpris par l’attitude du ministère public, qu’il accuse d’avoir changé de position au cours de la procédure.
Selon lui, les accusations visant son client sont sans fondement et reposeraient sur une manœuvre destinée à extorquer de l’argent ainsi qu’un téléphone portable à Mamady Condé.
Les avocats ont également mis en avant l’absence répétée de la plaignante à toutes les audiences tenues depuis l’ouverture du procès.
Estimant que les charges ne sont pas suffisamment établies, la défense a demandé au tribunal de faire application de l’article 544 du Code de procédure pénale et de prononcer l’acquittement de son client. « En le faisant, vous aurez rendu un grand service à la nation et vous aurez donné la liberté à un pauvre citoyen en détresse », a plaidé l’avocat.
Invité à prendre la parole une dernière fois avant la clôture des débats, Lancinet Camara a exprimé ses regrets concernant les faits qui lui sont reprochés et a sollicité la clémence du tribunal.
Après avoir entendu les différentes parties, le président de la juridiction, Mohamed Sangaré, a déclaré les réquisitions et les plaidoiries closes.
L’affaire a été mise en délibéré. Le jugement est attendu le 18 juin 2026, date à laquelle le tribunal se prononcera sur la culpabilité ou non de Lancinet Camara et de son coaccusé en fuite.

