L’ancien gouverneur de la BCRG, Lounceny Nabé, a comparu ce mercredi 4 novembre 2026 devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Poursuivi dans le dossier du présumé détournement de 3,139 tonnes d’or, il a rejeté en bloc les accusations et défendu les opérations réalisées sous sa gestion.
À la tête de la BCRG de 2010 au 5 septembre 2021, Lounceny Nabé est resté ferme sur sa position face aux magistrats : il ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. « Je ne reconnais pas les faits. Je suis ici parce que j’ai été gouverneur de la BCRG à un moment donné. Je suis quelqu’un qui a toujours respecté la loi », a-t-il déclaré à la barre.
Concernant les 3,139 tonnes d’or au centre des poursuites, l’ancien responsable assure qu’il n’y a jamais eu de détournement. Selon ses explications, le stock avait été confié à la société belge Affinor dans le cadre d’un partenariat avec la Banque centrale, notamment pour des opérations de monétisation.
Il a également contesté l’authenticité d’un document versé au dossier, affirmant ne jamais l’avoir signé. Une pièce qu’il considère comme un élément à charge dépourvu de fondement. « Dans une procédure farfelue, les gens sont partis jusqu’à me montrer un papier que je n’ai pas signé. J’avoue qu’il n’est pas bon d’être à certains niveaux. C’est Affinor qui détient les trois tonnes d’or. Je n’ai aucun lien personnel avec eux. Cela me blesse que les gens pensent que j’ai détourné trois tonnes d’or », a-t-il déploré.
Lounceny Nabé a par ailleurs insisté sur le contentieux judiciaire qui oppose l’État guinéen à la société Affinor. À ses yeux, l’issue favorable à la Guinée dans cette procédure devrait être prise en compte dans l’examen des accusations de détournement portées contre lui. « D’ailleurs, il y a eu une bataille de procédure dans cette affaire entre la Guinée et Affinor, et la Guinée l’a remportée. Par conséquent, je pense qu’on ne peut plus parler de détournement », a-t-il estimé.
Son salaire et son patrimoine au cœur des débats
Au-delà du dossier de l’or, les magistrats ont également voulu en savoir davantage sur les revenus et les biens de l’ancien gouverneur.
À ce sujet, Lounceny Nabé a déclaré qu’il touchait environ 30 millions de francs guinéens par mois lorsqu’il était à la tête de la BCRG. Il bénéficiait également de certaines primes, notamment à l’occasion des fêtes.
Interrogé sur son patrimoine immobilier, il a cité plusieurs acquisitions réalisées au fil des années : une maison à Entag, achetée en 1994, une autre à Matam, acquise en 2001, ainsi qu’une maison familiale au village. Il a aussi mentionné des terrains situés à Sonfonia, Kiroty, Manéah et Kagbélen.
Sur le volet bancaire, l’ancien gouverneur a fait état d’un compte ouvert à la BCRG en 1993, alors qu’il occupait les fonctions de directeur général, et d’un compte d’épargne à la Bicigui, ouvert dans les années 1990.
Le retour des réserves d’or
La question des réserves d’or conservées en Belgique a également donné lieu à des échanges entre les différentes parties.
La partie civile a notamment cherché à savoir si Lounceny Nabé pouvait contribuer à faciliter leur restitution à l’État guinéen. D’après les éléments évoqués à l’audience, Affinor aurait refusé de restituer le stock et continuerait de considérer l’ancien gouverneur comme son seul interlocuteur.
Mis face à cette situation, Lounceny Nabé a reconnu ne pas être en mesure de débloquer le dossier. Sa réponse, teintée d’amertume, a été sans détour : « Si je pouvais, je l’aurais fait, avec toute l’humiliation qu’on m’a fait subir », a-t-il répondu.
Un différend qui remonte à 2015
L’affaire trouve son origine dans les relations contractuelles établies à partir de 2015 entre la BCRG et Affinor SPRL, une société belge spécialisée dans le raffinage de l’or.
En vertu de plusieurs contrats successifs, dont le dernier aurait été signé en avril 2021, la Banque centrale envoyait de l’or brut en Belgique pour y être raffiné, puis conservé sur un compte métal.
Une partie de cet or aurait ensuite été commercialisée au profit de la BCRG. Mais un reliquat estimé à 3,139 tonnes serait resté en Belgique, dans un contexte marqué par le changement de régime du 5 septembre 2021 et des désaccords autour du transfert des réserves.
C’est précisément sur ce différend que Lounceny Nabé fonde une partie de sa défense. Pour lui, le contentieux entre l’État guinéen et Affinor est étroitement lié aux poursuites dont il fait aujourd’hui l’objet. Il estime que son issue doit être prise en considération par la CRIEF avant toute appréciation de sa responsabilité.
Inculpé puis placé sous mandat de dépôt avant de bénéficier d’une mise en liberté sous caution en août 2022, l’ancien gouverneur continue de clamer son innocence. À l’audience de ce mercredi, il a maintenu sa ligne de défense. Le procès se poursuit avec les questions de la défense.

